10 choses à retenir du E3 2014

par François Dominic Laramée le 10 juin 2014

La grande kermesse du jeu vidéo, le Electronic Entertainment Expo, ouvre ses portes aujourd’hui à Los Angeles, mais Sony, Microsoft, EA et Ubisoft ont déjà dévoilé leurs cartes lors de la journée des conférences de presse qui avait lieu hier. (Nintendo n’organise plus d’événement formel lors de la journée des conférences depuis l’an dernier, préférant tenir une sorte de Nintendo Direct géant le mardi juste avant l’ouverture du Salon.)

Que retenir de ces quelque six heures de bandes-annonces, de clinquant, de chiffres et de démonstrations au rythme effréné? Voici quelques-unes de mes impressions.

 

Libérez tout de suite votre calendrier pour 2015

 

L’année 2015 (ou 2016, selon les retards) sera extraordinairement exigeante pour les comptes bancaires et les emplois du temps des gamers. Nous aurons notamment droit à Halo 5, Uncharted 4, Rise of the Tomb Raider, The Division, probablement Far Cry 4 et Tom Clancy’s Rainbow Six: Siege, The Order 1886

Mais surtout: Star Wars Battlefront, dont nous ne savons toujours pas grand chose hormis le fait que les développeurs d’EA ont numérisé les maquettes utilisées par les films de la trilogie originale et qu’ils ont visité certains des lieux de tournage pour s’assurer de les recréer à la perfection. J’ai comme l’impression que la pression est énorme.

 

 

 

L’industrie du jeu vidéo est de plus en plus «écologique»...

 

… en ce sens qu’elle recycle et réutilise beaucoup son vieux matériel. C’est le constat qui circulait sur la geekosphère québécoise hier alors que se multipliaient les annonces de remake, de versions HD et autres résurrections de franchises obscures surgies d’un lointain passé où on les croyait oubliées à jamais.

Dans certains cas, les retours sont bienvenus; à peu près tout le monde se réjouit du fait que Double Fine amènera le mythique Grim Fandango sur les plateformes Sony, et peut-être sur d’autres plateformes par la suite s’il faut se fier aux tweets de Tim Schafer. The Last of Us mérite aussi amplement une version revampée pour la PS4, et la Master Chief Collection qui regroupera sur un seul disque les 4 principaux titres de la série Halo fera sans aucun doute le bonheur des fans à Noël.

On peut cependant se questionner sur la pertinence de ramener à l’avant-plan certaines séries qui n’ont pas laissé un souvenir impérissable plutôt que de créer de nouvelles propriétés intellectuelles. Oui, créer, c’est risqué, mais un jeu que tout le monde avait oublié depuis 10 ans n’est pas forcément un choix plus sûr…

 

2014 sera l’année des jeux multiplateformes

 

Tant chez Sony que chez Microsoft — et à plus forte raison chez les éditeurs de tierces parties — les exclusivités se font rares et ce sont des jeux qui seront disponibles sur les deux consoles qui ont tenu le haut du pavé lors de la journée d’hier.

The Witcher 3: Wild Hunt pourrait être le Skyrim de cette génération. Battlefield Hardline exagère un tantinet le niveau de violence acceptable dans une bataille entre flics et voleurs — la démo d’hier mettait en vedette un char d’assaut, une explosion d’hélicoptère et une grue qui s’effondre dans un gratte-ciel — mais la jouabilité semble solide. L’animation de UFC, avec Bruce Lee en combattant jouable, est absolument phénoménale.


 

Les véritables exclusivités se faisant rares, Sony a ajouté des bêtas réservés à l’arsenal compétitif qui incluait déjà les contenus téléchargeables uniques à une plateforme et les lancements privilégiés avec périodes sans compétition.

 

La Wii U ressemble de plus en plus à un système fermé

 

Le fait que presque tous les jeux se retrouvent à la fois sur Xbox One et sur PlayStation 4 n’est pas très étonnant: les deux platesformes ont sensiblement les mêmes capacités et des architectures très semblables. Ce n’est pas le cas de la Wii U, qui semble bien délaissée par les grands éditeurs de tierces parties.

Nintendo a donc besoin de créer ses propres succès à l’interne. En théorie, ce n’est pas un problème insurmontable: la plupart des grands succès de Nintendo ont toujours été issus de ses propres studios, ou à la rigueur de développeurs associés (second party), comme ce fut notamment le cas de Goldeneye 007 développé par Rare pour Nintendo 64. La Wii a peut-être constitué une exception à cette règle mais jusqu’ici, la recette de la Wii n’a visiblement pas fonctionné pour la Wii U. Il sera donc intéressant de voir, d’ici la fin de l’été, si Mario Kart 8 aura réussi à vendre assez de consoles pour rendre la Wii U viable jusqu’à l’arrivée du prochain Legend of Zelda que tout le monde attend.

 

La 3DS a le champ (presque) libre

 

La PS Vita a à peine été mentionnée lors de la conférence de Sony. C’est à croire qu’elle n’est guère plus, dans la stratégie de la compagnie japonaise, qu’une sorte de gamepad Wii U pour la PlayStation 4 tellement les produits qui lui sont destinés sont balayés sous le tapis.

Nintendo a donc le champ libre dans le domaine de la console portative. Enfin, presque: ses rivaux sont davantage iOS et Android que Sony.

 

Deux grands thèmes: l’émotion… et l’humour juvénile

 

Si la journée d’hier a été riche en jeux de tir et en explosions, nous avons aussi eu droit à un nombre non négligeable de produits qui ont plus en commun avec Journey ou avec Limbo qu’avec Grand Theft Auto. Ce fut notamment le cas de Inside, le nouvel opus des créateurs de Limbo; d’Abzû, conçu par certains des créateurs de Journey; du très poétique Ori and the Blind Forest; et d’Entwined, une expérience artistique dans laquelle deux âmes (que l’on contrôle en même temps, chacune avec un bâtonnet analogique) tentent de se rejoindre au long de neuf existences parallèles.


 

À l’autre bout du spectre, on nous a servi plusieurs belles grosses portions d’humour cave qui nous donne un peu honte de rigoler autant. En voici deux exemples: Sunset Overdrive, une exclusivité Xbox One, et Dead Island 2:




 

Si ce genre d’humour fonctionne parfois à merveille, comme ce fut le cas avec Borderlands 2, il est cependant facile d’exagérer la dose, ce qui peut devenir agaçant. S’il faut se fier à la piètre qualité des dialogues entre personnages entendus hier, j’ai l’impression que Fable Legends, par exemple, risque de tomber dans l’excès et de rebuter bien du monde.

 

Personne ne crée des bandes-annonces comme Ubisoft

 

Regardez-moi ces oeuvres d’art réalisées pour Tom Clancy’s The Division et pour Assassin’s Creed: Unity. Je n’ai pas de mots pour les décrire.

 

 

 

 

Si jamais je rencontre les responsables, je leur paie une bière. Ils l’auront bien mérité.

 

Personne ne crée des vilains comme Ubisoft non plus

 

Vous pensiez que vous aviez tout vu avec Far Cry 3? On dirait bien que Far Cry 4 plongera dans des profondeurs d’insanité encore plus troublantes. Faites la connaissance de Pagan Min, et dépêchez-vous ensuite d’aller serrer vos enfants dans vos bras:


 

La Kinect est portée disparue

 

Pas une seule image de Fantasia, le magnum opus de Harmonix dans lequel on jouera le rôle d’un apprenti sorcier, lors de la conférence de Xbox. Je ne crois même pas que le mot «Kinect» y ait été prononcé. Comme si le sujet était devenu tabou.

En fait, le seul jeu requérant visiblement Kinect qui ait été montré hier était Shape Up, un jeu d’exercice signé Ubisoft dans lequel de vrais mouvements d’exercices seront utilisés pour contrôler des minis-jeux, histoire d’inciter les gamers à bouger.

Dire qu'il y a un an, Kinect 2.0 devait être une révolution.

 

Le talent québécois fait encore la manchette

 

Pas moins de quatre titres développés au Québec ont été présentés chez Ubisoft hier, dont la révélation finale: Tom Clancy’s Rainbow Six: Siege. Pas une nouvelle propriété comme Watch Dogs en 2012 ou The Division l’an passé, mais tout de même un retour bienvenu.


 

On a aussi eu droit à un bref avant-goût du nouveau Mass Effect développé chez BioWare Montréal — un segment qui a eu droit à un accueil très chaleureux de la part de la foule dans la salle chez EA.

 

Et bien sûr, il y en aura bien d’autres sur le plancher au cours de la semaine. Il est bien loin le temps où nous n’étions qu’une poignée d’irréductibles à tenter de développer des jeux vidéo dans ce qui était alors une région bien éloignée des grands centres de l’industrie.

Espérons que ce succès dure encore longtemps!