Audi R8 vs Aprilia RSV4: Concerto pour moteurs en V

Quatre roues, 10 cylindres et deux portes. Ou deux roues, quatre cylindres et pas de portes?

Au volant de la Audi R8, les lambineux deviennent particulièrement énervants... Ils bloquent les petites routes, ils encombrent la voie de gauche sur l’autoroute. Nous, on a 525 chevaux à faire galoper, et eux sont de véritables obstacles... Alors on ira rouler sur des routes plus éloignées, mais désertes. Mais n’allez pas croire que c’est la vitesse qui nous intéresse. Non, c’est le son! Nous voulons comparer la musique du V10 de la Audi à une musique que nous connaissons déjà, celle du merveilleux moteur V4 de la Aprilia RSV4. Et tant qu’à avoir une Audi entre les mains, nous allons voir si l’ensemble du concerto mécanique de l’Allemande est aussi enivrant que celui de l’Italienne.

Pour sélectionner la Audi, nous avons demandé à un chroniqueur automobile quel était, à son avis, le modèle de voiture moderne avec le plus beau son d’échappement et de mécanique. Il a immédiatement répondu la Audi R8. « Mais il faut absolument que vous choisissiez le modèle à moteur V10 », a-t-il ajouté. Prix de détail : 193 495 $. Ne restait plus qu’à en trouver une...

Une Lamborghini aurait aussi pu faire l’affaire, puisqu’on y retrouve le même V10 de 5,2 litres (Lamborghini et Audi appartiennent toutes deux à Volkswagen). Mais l’importateur de Lamborghini n’a pas retourné nos appels... Heureusement, grâce à l’aide de notre ami chroniqueur, nous avons pu mettre la main sur une magnifique Audi R8 blanche. Au fond, c’était mieux ainsi. C’est presque gênant de rouler dans une Lamborghini ou une Ferrari tellement elles sont tape-à-l’oeil. C’est comme si on criait (en tirant la langue) : « Je suis très riche, j’ai un char rouge, et pas vous! » De son côté, la Audi ne manque pas de présence, mais elle est tout de même plus réservée, fidèle à la tradition allemande. Avec elle, c’est comme si on disait gentiment : « Évidemment, je suis plus riche que vous, mais voyez-vous, ça me permet de rouler dans ce super véhicule, et c’est cool... ».  Nous avons d’ailleurs pu tester l’attrait de la Audi en faisant le plein dans une station-service. Une très jolie femme d’une quarantaine d’années a dévisagé notre pilote d’essai avec un beau sourire pendant un bon moment. Elle avait l’air de se dire qu’il devait nécessairement être brillant, intelligent et riche. Ce qui n’est pas le cas, bien sûr.

Bref, après avoir signé quelques papiers sans trop les avoir lus — parce qu’ils voulaient probablement dire qu’il fallait payer si nous emboutissions la Audi —, nous prenons possession de la bête à quatre roues. Avant de démarrer, nous prenons le temps d’examiner le revêtement intérieur du toit, en alcantara, un tissu high tech qui ajoute un p’tit 2000 $ au coût de la R8. À ce prix-là, ça vaut la peine de prendre quelques secondes pour y passer nos doigts et apprécier sa douceur et sa grande finesse. Les sièges de cuir spéciaux aussi méritent qu’on s’y attarde : ils ajoutent un autre 4000 $ à la facture. Les sièges de base sont déjà en cuir, alors nous essayons de comprendre ce que ceux-ci offrent de plus pour quatre mille billets de banque supplémentaires. L’habitacle est compact sans être à l’étroit, la finition intérieure respire l’opulence tout en demeurant de bon goût. Et surtout, nous remarquons que notre R8 est munie d’une transmission manuelle classique avec un vrai embrayage au plancher — pas de petits leviers à commande semi-automatique. Ouais!

En démarrant le V10, on remarque tout de suite qu’il a un côté rugueux, une très forte présence, et qu’on l’entend clairement. Normal, c’est un moteur central et il est donc très près du conducteur, tout juste 30 cm derrière. Nous remarquons aussi que ses vibrations se transmettent dans toute la carrosserie. D’après un jeune trippeux d’auto que nous connaissons et à qui nous avons fait le plaisir d’une promenade, c’est parce qu’il est monté de façon rigide (en non sur des blocs d’absorption en caoutchouc). Cette hypothèse nous paraît sensée.

Sur la route, la Audi R8 se révèle une fabuleuse machine à distiller l’adrénaline et le plaisir, doublée d’une mécanique sophistiquée. Quand on écrase l’accélérateur, elle bondit férocement vers l’avant. Mais, grâce à son système de traction intégrale quattro, elle accélère de manière particulièrement efficace, même sur pavé mouillé. Et le son! La zone rouge de la R8 débute à 8500 tr/min, un régime très élevé pour un gros moteur d’auto. Jusqu’à 5000 tr/min environ, le moulin sonne un peu comme un gros V8 américain, ce qui est déjà intéressant. Mais à plus haut régime, il sort les griffes et la musique grave se transforme graduellement en un rugissement animal déchaîné. Difficile de ne pas se mettre à rugir soi-même...

En fait, c’est comme si vous dirigiez un orchestre avec le pied droit : une petite pression et les basses jouent une sonate ronde et puissante. Puis, on peut faire entrer les cordes, les guitares électriques et terminer avec un groupe punk shooté aux amphétamines (ça c’est aux environs de 8000 tr/min).

On dit que la R8 est plus luxueuse que la moyenne dans sa catégorie. C’est sans doute vrai, mais il n’en demeure pas moins que c’est une auto au tempérament très typé. La suspension est très ferme, même en mode Normal. En mode Sport, elle ressemble à l’image qu’on se fait du comportement d’une auto de course (même si nous n’en avons jamais essayée...). En matière de freinage, par contre, nous pouvons parler en connaissance de cause : une petite pression du pied et la R8 ralentit avec autant de fougue qu’elle accélère, comme les motos supersport modernes qui freinent si bien avec un seul doigt sur le levier. Nous n’avions jamais vu une telle puissance de freinage sur une auto.

La transmission nous a surpris. D’abord parce que le levier se déplace dans une plaque-guide en métal. Notre chroniqueur auto nous a dit que c’était probablement pour reprendre une tradition propre aux autos supersport exotiques, notamment les Italiennes. À l’usage, toutefois, il nous a fallu un certain temps avant de réussir à la maîtriser. Peut-être à cause de la plaque-guide ou parce qu’il faut une transmission très costaude pour gérer les 525 chevaux disponibles, nous avions l’impression de manier une boîte de vitesse de camion. Cela peut sembler un désavantage, mais nous avons beaucoup aimé l’expérience... En effet, quand on peut apprendre une nouvelle tâche en quelques minutes, où est l’intérêt? Quand nous avons enfin trouvé la technique parfaite, la satisfaction n’en était que plus grande. Il faut appliquer une pression ferme mais pas trop, viser juste, puis on peut passer les rapports en douceur et sentir chaque fois la nouvelle poussée du moteur. Super.

Voici la Aprilia

Et la Aprilia? Première observation : il faut la conduire en douceur parce que le mercure est sous la barre des 10 degrés en cette journée d’automne. Avec des pneus froids sur l’asphalte froid parfois recouvert de gravier, mieux vaut être prudent. Par rapport à la Audi et ses sièges très bas, la RSV4 semble haut perchée. En réalité, même si elle peut accueillir facilement les grands pilotes, la Aprilia est une moto très petite. Elle a été conçue spécifiquement en fonction d’un Italien de petite taille, mais très rapide : Max Biaggi.

Cela dit, le temps froid ne nous a pas empêché de faire jouer l’orchestre à quatre pistons de la RSV4. Et quelle musique! Le niveau sonore est étonnamment élevé pour un silencieux d’origine. Mais c’est très bien comme ça. Ce serait péché d’étouffer pareil concert. Même si elle a quelques paires de cylindre en V de moins, la Aprilia produit un son tout aussi satisfaisant. Elle vibre peu et quand on fait monter le régime, on sent que le moteur devient de plus en plus excité. Sur un deux roues, comme on n’est pas à l’abri dans un habitacle, et comme c’est le corps en entier qui conduit, tout semble plus intense.

Quand des motocyclistes comparent des autos à des motos, ils concluent souvent que la moto donne des sensations plus viscérales. Il y a bien sûr du vrai dans cette affirmation, mais nous ne voulons pas blâmer la Audi juste parce qu’elle a deux roues de plus, ou parce qu’elle coûte une fortune. Disons que c’est une auto qui fait de très gros efforts pour ressembler à une moto (et nous l’en félicitons!). C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que son moteur est bien visible. Il est derrière une baie vitrée, comme dans un musée, et pour le mettre encore plus en valeur, il est entouré de panneaux de fibre de carbone d’une valeur de 4500 $. En plus, il est éclairé, ce qui fait qu’en refermant la portière, vous le voyez encore pendant quelques secondes, baigné par une douce lumière... Pour entendre le son des deux machines, voyez la vidéo de Derreck Roemer sur cyclecanadaweb.com (en anglais seulement).

En conclusion, réjouissons-nous que la Aprilia RSV4 puisse nous procurer tant de sensations et de plaisir pour seulement 19 945$, soit moins que le prix des taxes pour la Audi. Même le modèle d’usine à suspension spéciale que nous avons testé (25 495 $) semble super accessible en comparaison. Moins de portes, moins de cylindres, mais autant de musique, et plus d’argent dans vos poches.