Audi S8 2013, V8 ou V4...

Pampelune, Espagne


Élaborée sur la plate-forme de la Audi A8 à empattement régulier, la nouvelle S8 se présente comme une grande berline de luxe à laquelle on a greffé un moteur d’enfer. On parle ici d’un V8 bi-turbo de 4,0 litres qui développe 520 chevaux, soit 70 chevaux de plus que le moteur V10 de « l’ancienne » S8, et qui livre une poussée phénoménale chiffrée à 479 livres-pied entre 1700 et 5500 tours/minute. Développé à grands frais, ce moteur fabuleux se retrouvera prochainement sous le capot de la Bentley Continental GT de deuxième génération ainsi que dans la prochaine Audi RS6 ou RS7…

Sur le plan technique, ce nouveau V8 bi-turbo se démarque par la localisation particulière des turbocompresseurs, et leur refroidisseur commun d’air de suralimentation, ainsi que des échappements qui se retrouvent tous à l’intérieur du « V » de 90 degrés. De plus, le V8 bi-turbo adopte la technologie de désactivation des cylindres qui transforme le V8 en V4, afin de diminuer la consommation, lorsque la pleine puissance n’est pas requise. En effet, les ingénieurs de Audi ont mis au point ce nouveau système qui ferme dans les deux rangées les soupapes d'admission et d'échappement des cylindres 2, 3, 5 et 8. Le V8 est ainsi transformé en V4 tout en conservant un ordre d'allumage régulier et ne procède donc qu’à deux allumages au lieu de quatre par rotation du vilebrequin. Pour que le système de désactivation des cylindres entre en fonction, certaines conditions doivent être réunies : le liquide de refroidissement doit avoir atteint une température supérieure à 30 degrés, la troisième vitesse ou une vitesse plus élevée doit être engagée et le régime doit être situé entre 960 et 3500 tour/minutes, donc au-delà du ralenti. Grâce à ce dispositif, la consommation moyenne a été réduite de 23 pour cent par rapport à celle du moteur V10 qui équipait la génération précédente de la S8.

Des vibrations qui ne vibrent pas
Afin de pallier aux vibrations et à la sonorité plus rauque d’un moteur à quatre cylindres, les ingénieurs de Audi ont mis au point un système avec des paliers de moteur actifs qui compensent les vibrations de second ordre produites lors d’un fonctionnement à quatre cylindres. Pour y parvenir, ces paliers génèrent des oscillations en opposition de phase, de même qu’un système de contrôle actif du bruit qui dissipe les bruits parasites. La technologie adoptée est simple puisqu’elle fait appel au principe de l’interférence destructive : lorsque deux ondes de même fréquence se superposent, leur amplitude – qui détermine la pression sonore - se neutralise mutuellement. C’est essentiellement le même principe que celui qui est utilisé par les écouteurs avec technologie anti-bruit que Bose a développé pour les audiophiles qui prennent l’avion. L’effet combiné de ces deux systèmes signifie qu’il est presque impossible de déterminer quand le moteur fonctionne sur 4 ou 8 cylindres, à moins de consulter les indications relatives à cet effet au tableau de bord.

Au volant de la S8, le comportement routier est souverain et les performances sont au rendez-vous. Sur les autoroutes « billard » et les routes secondaires bien entretenues de la région de Pampelune en Espagne, la S8 a conjugué souplesse, agilité et puissance avec brio. Nous n’avons noté aucun délai de réaction des turbocompresseurs, le couple était toujours abondant et presque sans réserve.  Ce qui signifie que, peu importe le rythme adopté, il suffisait d’appuyer sur l’accélérateur pour sentir cette poussée phénoménale vers l’avant, accompagnée d’un défilement toujours plus rapide du paysage, alors que la sonorité du moteur devenait plus évocatrice mais jamais trop forte ou trop soutenue. De la puissance avec de la prestance, voilà ce que livre la S8. Toutes les S8 essayées lors du lancement international du modèle étaient équipées de freins à composite de céramique, dont la performance sur routes balisées était sans faille, et du système Audi Drive Select qui permet, entre autres fonctions, de calibrer la fermeté des suspensions et de la direction selon la préférence du conducteur. Sur la route, la S8 s’est avérée exceptionnelle à tous points de vue, mais pas sur le circuit…

Oups...
Je me demande encore pourquoi, mais les responsables du lancement ont choisi d’ajouter un volet « circuit » à la présentation de la S8, ce qui s’est avéré une erreur puisque l’épreuve de la piste a mis en lumière les limites de la S8 dans cet environnement sans pitié. En quelques mots, la S8 a beau faire un usage étendu d’aluminium, comme en témoigne sa structure monocoque en alu, elle pèse tout de même 1975 kilos ce qui s’avère un handicap de taille pour la conduite sur piste. Ainsi, sur le Circuito de Navarra, la S8 ne s’est pas montrée sous son meilleur jour. Malgré la présence de freins à composite de céramique, les distances de freinage étaient longues et la course de la pédale de frein est elle aussi devenue très longue après seulement trois tours. Dès l’entrée en virages, la S8 faisait preuve d’un sous-virage et d’un roulis prononcé, malgré l’intervention du différentiel sport qui n’arrivait tout simplement pas à corriger la situation, surtout dans les virages lents. Vous aurez donc compris que la S8 ne sera pas dans son élément sur circuit, ce qui est cependant loin d’être la vocation première d’une voiture de cette catégorie.

Côté style, la S8 de démarque de la A8 par l’adoption de roues en alliage de 20 pouces de série ou de 21 pouces en option, ainsi que par un restylage de sa partie avant et l’adoption de rétroviseurs extérieurs de couleur aluminium et de quatre tubulures d’échappement. À l’intérieur, le luxe suprême est à l’ordre du jour et la S8 impressionne par sa qualité d’assemblage et sa finition hyper-soignée. De ce côté, la S8 est nettement supérieure à la Mercedes-Benz S63 AMG, la BMW B7 Alpina ou encore la Jaguar XJ Supersport. En prime, il est possible d’opter pour la chaîne Advanced Sound System de Bang & Olufsen qui est exceptionnelle avec ses deux amplificateurs présentant une puissance totale de plus de 1400 watts qui commandent 19 haut-parleurs par 19 canaux. Tout simplement sublime…

Encore presque un an d'attente...
La S8 arrivera sur nos routes vers la fin de l’été 2012 en tant que modèle 2013. Son prix n’a pas encore été fixé, mais comme la S8 précédente se vendait 127 000 dollars, il y a fort à parier que la nouvelle commandera un prix similaire. Somme toute, la S8 est une grande routière qui permet d’enfiler les kilomètres à des vitesses élevées dans un confort souverain mais, exception faite des performances livrées par son fabuleux moteur, son côté sportif n’est pas aussi affirmé que celui d’une Porsche Panamera Turbo ou d’une BMW Alpina B7.