Bilan de l’entrée de Facebook à la Bourse

Du point de vue de Facebook, l’entrée en Bourse de vendredi dernier a constitué un grand succès. Du point de vue des spéculateurs qui espéraient faire fortune en quelques jours en manipulant le cours de l’action, c’est beaucoup moins drôle!

Officiellement inscrite en Bourse depuis vendredi, Facebook a profité de son émission d’actions pour engranger 16,4 milliards de dollars américains, ce qui fait de l’opération le deuxième plus important appel à l’épargne de l’histoire - derrière Visa en 2008, mais devant General Motors et AT&T Wireless. 
 
Qu’est-ce que la compagnie fera avec cet argent (et avec les quelque 3 milliards$ qu’elle avait déjà en caisse)? Le prospectus de l’émission d’actions mentionnait une amélioration de la présence de Facebook sur les appareils mobiles et une tentative d’installation en Chine, où les réseaux sociaux occidentaux sont bloqués par les autorités. Mais bon: pas besoin de milliards pour accomplir ces deux objectifs somme toute modestes... La véritable raison de l’entrée en Bourse de l’entreprise, selon moi, consiste tout simplement à créer de la liquidité pour le capital de Facebook. En effet, tant qu’une entreprise demeure privée, il n’est pas facile du tout pour l’un de ses actionnaires de céder une partie de son investissement; si Mark Zuckerberg ou Elevation Partners (la compagnie de capital de risque à laquelle appartient notamment Bono!) désirait vendre une partie de son portefeuille, il faudrait trouver des investisseurs «à la pièce». Tandis qu’une fois l’action transigée en Bourse, il devient beaucoup plus facile d’écouler quelques millions de titres pour diversifier son portefeuille, au cas où...
 
Ce qui n’est pas une mauvaise idée, d’ailleurs, parce que rien ne garantit que Facebook gardera sa position dominante. Un sondage mené pour le compte du réseau de télévision CNBC et de l’Associated Press démontre d’ailleurs que près de la moitié de la population américaine considère que Facebook constituera une mode passagère.  Plus inquiétant pour l’entreprise: General Motors a décidé d’arrêter sa publicité sur le réseau social, estimant que le rendement n’était pas au rendez-vous. (Notons que GM a aussi renoncé à annoncer pendant le Super Bowl, dont les coûts sont astronomiques!) Enfin, il faut aussi noter que le prix initial de l’action, soit 38$, assignait à la compagnie une valeur 100 fois supérieure à ses profits annuels - ce qui en fait un investissement hautement spéculatif.
 
Pour en revenir aux spéculateurs, qui espéraient que le cours de l’action s’envole dans les jours suivant l’émission initiale, ils seront sans doute déçus. Au moment d’écrire ces lignes, l’action de Facebook se transigeait à 31,61$,  soit environ 20% sous le prix d’inscription. Ce qui suggère deux conclusions: Facebook a obtenu le maximum de son appel public à l’épargne (contrairement à Google qui avait fortement sous-estimé la demande), et les spéculateurs se retirent rapidement du marché pour limiter les dégâts. Lorsqu’ils auront cédé une bonne partie de leurs investissements, le cours de l’action devrait se stabiliser.