Chère essence…

S’il est un sujet chaud au Québec par les temps qui courent, c’est bien le prix de l’essence. Il est vrai qu’à 1,41 $ en moyenne au Québec avec une pointe à 1,49 $ à Varennes (au moment d’écrire ces lignes), le précieux liquide n’est pas donné.

Si cela peut vous consoler, ce n’est pas d’hier que le prix de l’essence fait jaser. Je me souviens de feu mon beau-père qui s’enflammait dès qu’il était question du prix de l’essence et qui proclamait à qui voulait bien l’entendre (il aurait été difficile de ne pas l’entendre, remarquez) qu’un jour, le « prix du gaz va monter au-dessus de 80 cents le litre! Ça va être l’anarchie, je vous le dis! » L’anarchie prédite ne s’est jamais réalisée et si aujourd’hui le prix de l’essence se retrouvait à 80 cents le litre, ce sont plutôt les fêtes dans les rues qui causeraient des perturbations.

Expliquer les raisons des prix actuels de l’essence revient à expliquer le mystère de la Sainte Trinité. Et même là, je m’aventurerais plus volontiers dans la théologie que dans le marché du pétrole! Mais si vous lisez ces lignes, l’essence fait sans doute partie de vos priorités et préoccupations.

Pompe à essence

Le prix du baril de brut est pointé du doigt, mais on sait tous que le prix du baril n’est pas toujours lié à celui à la pompe puisque lorsqu’il diminue, l’effet ne se fait pratiquement pas sentir pour le consommateur. Ou du moins, pas tout de suite. En passant, quand on parle de barils, n’allez pas croire que l’essence est placée dans des barils. Il s’agit simplement d’une unité de mesure (un baril équivaut à 35 gallons impériaux ou 159,1 litres), un peu comme le cheval-vapeur détermine la puissance d’un moteur. On sait tous qu’il n’y a pas de cheval dans un moteur!

Mais au fait, de quel baril parle-t-on? Du brent ou du light sweet crude? Selon Sonia Marcotte, présidente-directrice générale de l’Association québécoise des indépendants du pétrole, le Québec utiliserait davantage le brent (à 115,40 $ le baril le 11 septembre dernier) qui est plus dispendieux que le light sweet crude (WTI) (à 97,17 $). Pourtant, une bonne partie du Canada utilise plutôt ce dernier. Question - idiote sans doute - : ne pourrait-on pas prendre du light sweet crude à la place?

Les pétrolières parlent aussi de l’influence des tensions géopolitiques mondiales pour justifier ces hausses. Certes, si certains pays producteurs de pétrole décidaient de fermer les vannes et que les réserves mondiales baissaient au-delà d’un niveau acceptable, les conséquences mondiales pourraient être désastreuses. En augmentant les prix, la consommation diminue et les stocks reviennent à un niveau plus acceptable. Ça, tout le monde le comprend. Sauf qu’en tant que consommateur, on a parfois l’impression que l’humeur matinale d’un haut dirigeant a également une grande influence…

On chuchote aussi que les raffineries s’approprieraient une large partie des faramineux profits de l’essence. Le fait est qu’il y a de moins en moins de raffineries et que celles qui restent fonctionnent à plein rendement (quoique j’aie lu récemment que certaines auraient ralenti leur production). Un arrêt de production, même court, entraine une baisse des stocks, donc une augmentation des prix, bla, bla, bla...

Il y a aussi la marge des détaillants qui serait en cause. Cette marge semble aussi volatile que le prix même de l’essence car elle varierait de 0 % à 5 ou 6 %. J’imagine qu’après avoir connu quelques semaines de vaches maigres, les détaillants se reprennent… Il faudrait toutefois savoir ce qu’est un détaillant. On imagine facilement un particulier gagnant tant bien que mal sa croûte, ce qui est quelquefois vrai, et cette personne a le droit de gagner sa vie décemment. Mais quand on parle d’une immense chaine de détaillants, chaine qui appartient à une pétrolière, on a l’émotion moins à fleur de peau.

Comment ne pas aborder le sujet des taxes? Les taxes fixes ajoutent, selon caaquebec.com, 28,2 cents le litre (plus 3 cents à Montréal) alors que les taxes habituelles – TPS et TVQ viennent gratter un peu plus les fonds de poches. On parle de 4,3 % pour la première et de 8,7 pour la seconde (www.rncan.gc.ca). Ben oui, les taxes sont taxées!

Il y a aussi d’autres facteurs à considérer, comme le transport. Quoique dans ce cas, comment expliquer que l’essence soit parfois moins chère dans une ville située plus loin des grands centres qu’une autre?

Bref, l’essence coûte cher. Loin de vouloir prendre la défense des pauvres pétrolières, il faut cependant admettre que produire de l’essence coûte aussi très cher. La recherche de nouveaux gisements est souvent difficile et implique des débours à en donner des nausées à Bill Gates. Une fois trouvée, il faut aller la chercher, cette essence. Encore là, les sommes investies pour la construction des puits et des plateformes de forage se calculent en milliards de dollars. Créer des raffineries ne fait pas non plus partie du domaine philanthropique. Et c’est sans compter les fortunes investies en recherche, en entretien et, quoiqu’on en dise ou en pense, en sécurité autant pour les travailleurs que pour la nature. Certes, quand une catastrophe survient, les dommages sont inestimables mais compte tenu du nombre de puits (on parle d’environ 3 500 nouveaux puits – essence et gaz naturel –, depuis 1990… au Canada seulement!), il semble y avoir très peu d’incidents.

Vous vous y connaissez en matière de prix de l’essence? N’hésitez pas à nous donner vos explications…

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