Chevrolet Volt : pari réussi pour General Motors?

Lors du Salon de l’auto de Detroit de janvier 2007, General Motors dévoilait un concept aussi audacieux visuellement que techniquement, la Chevrolet Volt Electric Concept.

Premier véhicule basé sur la plateforme E-Flex, auparavant dévoilée, la Volt Concept avait recours à des solutions techniques pour le moins inédites. Ni purement électrique, ni entièrement hybride, cette Volt Concept était plutôt une voiture électrique à autonomie prolongée. Selon les prévisions de General Motors, la version de production pouvait parcourir environ 65 kilomètres en mode électrique uniquement. Si le trajet était plus long, le moteur à essence entrait en fonction, non pas pour faire tourner les roues directement mais pour recharger la batterie qui, elle, alimentait le moteur électrique qui faisait tourner les roues. À la maison, on a juste à brancher la voiture pour la recharge de la batterie et ainsi pouvoir rouler en mode électrique. Génial. 
 
Dans l’air du temps
 
Le principe de la batterie rechargée par un moteur à essence − quand ce n’était pas par une prise domiciliaire − était connu depuis longtemps, mais c’était la première fois qu’il était appliqué à une voiture produite en masse. À cette époque très lointaine (2007), la vague verte commençait à déferler sur la boule. Pour être dans le coup, il ne fallait plus être vu au volant d’un Hummer. Une Toyota Prius, ça, c’était in! Les salons de l’automobile reflétaient cette tendance et sauf quelques exceptions notoires, tous les constructeurs y allaient de leur vision de ce que devait être la voiture du futur. General Motors, pour sa part, avait seize modèles fonctionnant à l’essence E85 (85 % d’éthanol et 15 % d’essence) et s’apprêtait à dévoiler plusieurs véhicules hybrides (Saturn Aura et Vue, Chevrolet Malibu, Tahoe, Silverado, GMC Yukon, Cadillac Escalade). Mais pour se démarquer de la masse, il fallait autre chose de plus consistant et la plateforme E-Flex, développée depuis déjà quelque temps, représentait la solution idéale.
 
Aujourd’hui, la Chevrolet Volt n’est plus un projet et est très fidèle au concept, du moins au niveau technique. Elle roule depuis plusieurs mois et on en voit de plus en plus sur nos routes. Bien qu’il ait perdu de la superbe du concept, le design de la Volt actuelle est tout à fait au goût du jour, sans crier au monde entier ses prétentions vertes, comme la Honda Insight, par exemple. Après avoir parcouru plusieurs centaines de kilomètres au volant de différentes Volt dans des conditions très variées, un seul constat s’impose : oui, le système développé par General Motors, malgré sa complexité technique, fonctionne. Et très bien à part ça.
 
Techniquement réussie
 
Votre humble journaliste automobile préféré habite à bien plus de 65 km de son lieu de travail et, à la maison, ne possède pas de prise de courant suffisamment près de la voiture pour la brancher la nuit. C’est donc dire qu’il a roulé, l’hiver dernier, une semaine entière avec une batterie qui n’a jamais été rechargée via une prise de courant. Donc, le moteur à essence a toujours été en fonction. Malgré tout, la consommation d’essence moyenne de la Volt n’a été que de 6,5 litres/100 km, ce qui est excellent étant donné que la voiture pèse plus de 1 700 kilos.
 
Sur ce point, le pari est parfaitement réussi pour General Motors. Le véritable pari est ailleurs. General Motors est un constructeur automobile. Et comme toutes les entreprises privées, il ne fait pas dans la philanthropie. L’investissement de 1,2 milliard de beaux dollars, à un moment où General Motors était sur la loi de la protection de la faillite, a assurément fait l’objet d’intenses discussions entre les dirigeants du géant de Detroit, les banques et le gouvernement américain. Pourtant, General Motors a gardé le cap et il faut saluer bien bas cette détermination.
 
L’agence Reuters rapportait récemment que GM perdait environ 49 000 $ sur chaque Volt construite. Selon le communiqué, ce chiffre est avancé par des analystes et des experts manufacturiers. Dans un autre communiqué, GM déclarait que ce chiffre était grossièrement faux (grossly wrong).
 
Un « char à batteries » qui fonctionne!
 
Il est normal qu’une nouvelle voiture coûte plus chère à produire que son prix de vente. Mais, au fur et à mesure que la production augmente, les coûts de développement et de production diminuent. Arrive un jour où l’on rencontre le point d’équilibre (le break even, en bon français), c'est-à-dire que le prix de vente de chaque voiture égale son coût total. Ensuite, on parle de profits. S’il faut croire Reuters, le point d’équilibre de la Volt est encore loin! Cette voiture, aussi avancée technologiquement soit-elle, n’est pas plus grosse qu’une Chevrolet Cruze, ne compte que quatre places et son prix au Canada, plus de 40 000 $, n’est pas à la portée de toutes les bourses. D’ailleurs, pour mousser les ventes aux États-Unis, des incitatifs assez importants sont offerts aux consommateurs. Il ne faut pas non plus oublier les craintes du public envers les voitures « à batteries ».
 
D’après General Motors, il ne faut pas voir le nombre de Volt vendues jusqu’à présent. Il faut regarder l’ensemble du projet. La Volt actuelle a encore, selon mon avis, au moins deux ou trois années de vie avant un changement majeur, ce qui représente un cycle de vie normal pour une voiture.
 
Là où General Motors risque de remporter son pari, c’est dans l’élaboration d’autres véhicules adoptant la technologie de la Volt. Selon un ingénieur que j’avais interrogé il y a quelques années lors de l’essai d’une Volt dans le cadre du Salon de Los Angeles, le système e-Flex peut, avec quelques modifications, être adapté à un VUS ou même à une camionnette et, pourquoi pas, à un camion plus gros. 
 
La Volt, certes, a englouti des sommes colossales durant une période où l’argent ne coulait pas à flot chez GM et elle ne fait toujours pas ses frais. Mais j’ai de plus en plus l’impression qu’il s’agit d’une vaste expérience publique visant à faire connaitre cette technologie électrique et, surtout, à démontrer la maitrise de General Motors en matière de voitures électriques. On ne peut pas dire que la survie de GM dépend de la Volt, mais admettons que cet ambitieux programme aura des répercussions positives ou négatives, selon sa réussite ou non.
 
Jusqu’à présent, c’est réussi. L’avenir aussi, souhaitons-le. On s’en reparle!