ComicCon de Montréal: conférence de Wil Wheaton

Acteur, scénariste et nerd extraordinaire, Wil Wheaton est connu pour ses rôles célèbres dans Stand by me, Star Trek : La nouvelle génération, et plus récemment The Big Bang Theory et Eureka. En plus de prêter sa voix à plusieurs personnages de jeux vidéo à succès (Fallout New Vegas, Grand Theft Auto IV), ce joueur invétéré produit aussi TableTop, une émission web consacrée aux jeux de table. Ztélé était présent à sa conférence lors du ComicCon de Montréal, dont voici un large extrait.

Wil Wheaton : Merci? Bonjour (en français)! C’est les seuls mots de français que je connaisse (rires). J’ai eu la bonne idée d’aller sur Google Translate hier soir pour essayer d’apprendre comment vous parler en français. Je ne comprends ni ne parle cette langue, mais par respect pour votre culture, je voulais mettre tous les efforts nécessaires pour vous présenter un hologramme rempli d’anguilles (rires), puis vous raconter la fois où j’ai placé un tigre dans mes pantalons pour éteindre un incendie (rire général).

Mais j’ai eu peur de ne pas être en mesure de communiquer avec vous, même en utilisant Google Translate, parce que le français est une langue très difficile à maîtriser. J’ai pensé « Ça sera peut-être drôle, ou ça va insulter la province au complet» (rire général). Je n’ai aucun problème à insulter une population entière, mais je préfère ne pas le faire quand les agents d’immigration du pays peuvent encore m’incarcérer (rire général et applaudissement). Je suis désolé d’être unilingue, et j’apprécie votre indulgence.

Je veux vous parler des jeux, et de TableTop. J’aimerais vous expliquer pourquoi je fais cette émission. Je suis un nerd (applaudissements). Vous voyez, c’est ça qui est merveilleux des conventions. On s’y rend pour célébrer la chose qu’on aime le plus, peu importe que ce soit les jeux vidéo, Firefly, Star Trek, Buffy, Game of Thrones, ou les bandes-dessinées japonaises. On va dans ces conventions pour manifester notre enthousiasme envers une chose qu’on aime vraiment, et on est entouré de gens qui aiment ça autant que nous.

Il n’y a aucun endroit au monde où la foule crie « MOI AUSSI! » quand tu avoues être un nerd (rire général). Mon ami Chris Hardwick a déjà dit qu’être un nerd n’est pas vraiment une question de ce que tu aimes, mais plutôt de la façon dont tu l’aimes, et mon Dieu, Montréal compte vraiment beaucoup de nerds sexy (applaudissements et cris de joie). Je me sens chez moi.

Donc, la raison pour laquelle je fais TableTop est que je suis un nerd. Parmi toutes les choses qui font de moi un nerd, rien n’est plus important, rien ne m’apporte autant de joie que les jeux. À l’âge de dix ans, mon grand-oncle m’a offert le coffret original rouge de Donjons et Dragons pour Noël (applaudissements). Si vous mettez la main là-dessus, ça a très bien vieilli. Pour les parents qui veulent initier leurs enfants aux jeux de rôles, c’est une bonne façon de débuter. Si vous voulez leur apprendre les lois de la mortalité et le côté éphémère de la vie aussi (rires).

J’ai été déçu quand j’ai reçu ce cadeau. J’ai dit « Qu’est-ce que c’est que ça? Ce n’est pas un jeu, c’est un livre. On dirait un devoir d’école. C’est de la merde (rires)! Mes cousins ont tous reçus des jeux vidéo, mon frère a eu des Lego, et c’est ça qu’on me donne? ». Ma grande tante a répliqué : « C’est un jeu qui te demande d’utiliser ton imagination, et la tienne est débordante. Je sais que tu aimes inventer des histoires et que tu adores Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux. J’ai entendu dire que c’est parfait pour les enfants comme toi ». J’étais sceptique, mais j’ai décidé d’au moins lancer les dés, parce que c’était une forme d’activité (rires).

J’étais un enfant maladroit, et je suis devenu un adulte maladroit (rires). Je n’ai pas augmenté les points de dextérité dans mes statistiques (rire général). J’ai commencé à lire ce truc, et je me suis aperçu que ça permettait de créer des mondes en utilisant mon imagination, de donner vie à des personnages, de fabriquer des casse-têtes et de mettre mes amis au défi de les résoudre. Ça m’a donné la chance de sortir de l’univers de la cour d’école du primaire, divisée entre les enfants cools et tous les autres. Et je me suis mis à adorer ce jeu. C’était comme s’il avait été conçu pour moi.

J’ai joué à D&D tout le reste de mon enfance. Au secondaire, j’ai fréquenté une école publique pour la première fois de ma vie. C’était juste après la sortie de Stand by me, qui connaissait une grande popularité. J’étais maladroit, réservé, et j’avais peur des autres. Je ne parlais à personne à cause de ma grande timidité. Mais les élèves de la polyvalente ont décidé que je me pensais meilleur qu’eux, même si j’étais l’exemple parfait du jeune complexé (rires). Ils étaient d’une méchanceté incroyable à mon égard, ça a été la pire année de ma vie. J’y ai toutefois rencontré quelques personnes avec qui je suis toujours ami, vingt ans plus tard. Et c’est le jeu qui a été le ciment et la fondation de notre amitié.

Quand Felicia Day m’a demandé si je voulais faire une émission sur Geek & Sundry, j’ai répondu : « Oui, bien sûr, tout ce que tu fais est formidable, ça va être agréable de travailler ensemble ». Je lui ai demandé ce qu’elle avait en tête, et elle m’a dit « Pourquoi pas quelque chose sur les jeux? Tu es incapable d’arrêter de nous en parler (rires). On pourrait faire une émission où tu évaluerais des jeux? ».

J’ai ajouté : « Oui! On va inviter nos amis célèbres et jouer avec eux!  Ça sera comme Celebrity Poker, mais sans poker, avec les jeux de tables que nous apprécions tant (rires)! Un peu comme l’émission de Jon Favreau, Dinner For Five, nous serons assis et nous discuterons de notre amour des jeux, nous aurons tellement de plaisir à jouer que les gens vont se précipiter pour acheter ces jeux, il y aura de plus en plus de joueurs, nous pourrons tous jouer ensemble, ça va être fantastique! » (rires et applaudissements).

Le concept complet de l’émission s’est dessiné en quelques minutes à peine. J’ai immédiatement dressé une liste de jeux que j’aimais et que nous pourrions évaluer. Ça nous a pris davantage de temps à trouver le titre de l’émission que le concept. Je suis heureux d’annoncer que TableTop est déjà à la moitié de sa première saison, et je pense avoir atteint mon but, celui de montrer que les joueurs ne sont pas des gens bizarres, incapables de vous regarder dans les yeux (applaudissements).

Ça a même inspiré certaines personnes à organiser des soirées en famille. Un homme m’a confié que pendant des années, après le souper, ses enfants jouaient à World of Warcraft ou Minecraft, tandis que sa femme s’adonnait à Dancing With The Stars-craft (rires), et il se retrouvait seul à se demander où sa famille était passée. Ils ont écouté TableTop, ils nous ont vu avoir du plaisir, et ses enfants lui ont demandé d’organiser une soirée familiale de jeu. Il m’a raconté que maintenant, au lieu que chaque membre de la famille parte chacun de son côté après le repas, ils se réunissent autour d’un jeu de table, ce qui a les rapprochés.

Donc, si vous écoutez TableTop, surtout si vous êtes abonné à notre canal YouTube, manifestez votre amour pour l’émission, parce que nous voudrions énormément faire une deuxième saison. Je vous remercie pour votre soutien. Et si vous ne regardez pas l’émission… c’est quoi votre problème (rire général)?

Ça doit bien faire une demi-heure que je parle… Wow, tu as vraiment une grande gueule, Wheaton (rires)! Je suppose que je devrais cesser de discuter de ce qui m’intéresse, et parler plutôt de ce qui vous intéresse, en vous laissant poser des questions.

Personne du public : Comment était-ce de travailler avec Corey Feldman, Jerry O’Connell et River Phoenix sur Stand by me?

Wil Wheaton : Ça fait presque trente ans que Stand by me est sorti, et les gens qui le visionne pour la première fois aujourd’hui s’y identifient encore, d’une façon ou d’une autre. Rob Reiner racontait cette anecdote d’un homme qui l’a abordé en 1987, pour lui dire qu’il venait juste de voir le film et qu’il avait l’impression que ça racontait sa propre jeunesse. Rob lui a demandé : « Tu as grandi en campagne? », et l’autre lui a répondu « Non, à Manhattan » (rires).

Je pense qu’une des raisons qui explique le succès du film est que Rob a choisi quatre jeunes dont la personnalité ressemblait à celle des personnages qu’on leur demandait de jouer. J’étais timide, maladroit, et hypersensible. River était incroyablement cool, et tout le monde voulait lui ressembler. Corey était un cauchemar (rires). C’est triste! Un jour, j’ai demandé à Rob pourquoi il l’avait engagé, et il m’a répondu qu’il n’avait vu aucun autre acteur avec autant de colère en lui, à l’image du personnage de Teddy. Et Jerry était super drôle.

Si vous regardez la fin du film d’ailleurs, c’est étrange… Gordie devient écrivain, et j’écris quand je ne suis pas en train de jouer. Chris meurt beaucoup trop jeune, tout comme River. Teddy finit par vivre de petits boulots entre deux séjours de prison, et Corey a passé sa vie à combattre sa dépendance aux drogues, encore aujourd’hui. Vern trouve une pièce de monnaie sur la rue et s’exclame « J’ai trouvé une pièce de monnaie, j’ai gagné! ». Et maintenant, il est marié à Becca Romjin (rire général et applaudissements)!

Personne du public : J’ai vu le dernier épisode de Big Bang Theory. Est-ce que c’était une mise en situation pour la prochaine saison?

Wil Wheaton : Je ne sais pas du tout ce les auteurs vont faire pour la suite, mais j’aimerais vous raconter une anecdote sur Big Bang Theory qui se déroule au Canada. J’ai passé les deux dernières années à Vancouver pour travailler sur une émission nommée Eureka (applaudissements). Merci. Je suis très fier de cette émission et du travail que j’y ai fait. Je trouve la décision de retirer la série des ondes stupide (applaudissements). Donc, je devais être à Vancouver pour seulement 24 heures, mais les horaires de production ont changé, et j’ai dû y séjourner pendant quatre jours. Je n’avais apporté que le nécessaire pour une seule journée, et il a fallu que j’achète des vêtements.

Je suis donc parti au… au Canada (rires). Vous connaissez l’endroit (rires). J’achète les vêtements, et je rapporte le tout à mon appartement pour me rendre compte que ça ne me fait pas du tout. Vraiment, pourquoi est-ce que les États-Unis n’utilisent pas le système métrique comme le reste de la planète (applaudissements)? Ah, je sais, c’est parce que la devise de États-Unis est : « Nous sommes Américains, et on vous emmerde! » (rire général).

Bref, les pantalons sont trop petits, je dois les retourner au magasin de la Baie d’Hudson où je les ai achetés. Je marche vers le magasin, mais il fait vraiment froid à Vancouver (rires). Il devait bien faire 5 degrés (rires). Je viens quand même du sud de la Californie (rires)! Nous ne sortons même pas à l’extérieur quand c’est nuageux, parce que nous avons peur (rires)!

Je marche en direction du magasin, et comme il fait froid, je décide de passer par le Sears. Dès que j’entre, l’alarme se met à sonner. Non seulement les pantalons sont trop petits, mais on a oublié de désactiver le système antivol attaché à la hanche. J’ai maintenant l’air d’un voleur à l’étalage (rires). Tout le monde me regarde pendant que je crie : « Non, j’ai la facture ici, j’ai payé, ce n’est pas ma faute! ». La foule me jette des regards étranges. Le gardien de sécurité regarde ma facture, et me laisse repartir. Je traverse le magasin, mais peu importe où je vais, les gens me dévisagent, même ceux qui n’ont pas été témoin de la scène à l’entrée (rires). Je commence à devenir paranoïaque. Je sors du commerce, et l’alarme sonne encore une fois. Je me dis « Non, non, je viens juste de jouer cette scène ». Je sors les pantalons et la facture à nouveau. Je traverse la rue et pénètre dans La Baie, et les gens continuent de me dévisager. Même ceux qui n’ont pas mis les pieds au Sears (rires). Je me demande alors si je suis devenu le criminel le plus recherché du Canada (rires).

Je réussis finalement à retourner les pantalons, et alors que je quitte le magasin, une personne s’approche et me dit : « Je t’ai vu dans l’épisode de Big Bang Theory hier soir, tu étais très drôle ». Je m’aperçois subitement que si tout le monde me lance des regards, ce n’est pas parce qu’ils pensent que je suis un horrible voleur de culottes, mais parce que j’étais à la télévision hier soir, et que je suis célèbre (rires)! Mais comme on est au Canada, vous êtes bien trop polis pour m’aborder et me parler directement (rires). Non, vous aimez mieux me dévisager et me rendre paranoïaque (rire général et applaudissements)!