ComicCon de Montréal: entrevue exclusive avec Mike Mignola

par Patrick Robert le 19 septembre 2012

Parmi les nombreux invités de marque du ComicCon de Montréal cette année, on remarquait la présence de Mike Mignola, le talentueux artiste derrière plusieurs bandes-dessinées cultes, dont The Amazing Screw-On Head, B.P.R.D., et évidemment Hellboy, qui a été adapté à l’écran deux fois plutôt qu’une par Guillermo del Toro. Ztélé a eu l’immense honneur de s’entretenir avec ce dessinateur au style visuel unique, qui compte une œuvre imposante s’étalant sur plus de trente ans.

 

Qu’est-ce qui vous a originalement donné le goût de faire de la bande-dessinée?

Mike Mignola : D’aussi loin que je me souvienne, la seule chose pour laquelle j’étais doué, c’est le dessin. Est venu un moment où je me suis dit « Tout ce que je sais faire, c’est gribouiller des monstres. Comment puis-je gagner ma vie de cette façon? ». Il n’y a pas beaucoup de boulots où on nous paye pour ça, donc, la bande-dessinée semblait un choix naturel.

 

Vous possédez un style unique, à la fois expressionniste et victorien. Quelles sont vos influences graphiques?

Mike Mignola : Depuis ma jeunesse, l’un de mes artistes préférés est Frank Frazetta. Même si c’est un peintre, il possède un sens inné de la composition en noir et blanc, et un style graphique puissant. Une autre de mes influences est Bernie Wrightson, un artiste qui utilise aussi beaucoup les contrastes. Je voulais devenir comme eux. J’ai passé trente ans à essayer de les imiter, tout en étant influencé par un million d’autres créateurs. Au final, c’est trente années d’évolution, trente années d’essais et d’erreurs, qui ont donné ce style.

 

Comment vous est venue l’idée du personnage de Hellboy?

Mike Mignola : Je dessinais ce monstre simplement pour m’amuser. Lorsque j’allais dans des conventions, les gens me demandaient de griffonner quelque chose pour le plaisir, et avec le temps, j’ai défini un peu plus le personnage. Je n’avais aucune intention de créer ma propre bande-dessinée à l’époque. Je l’ai dessiné à quelques reprises, puis un jour, j’ai écrit « Hellboy » sur le dessin à la blague. Ça m’est resté en tête. Quelques années plus tard, quand je me suis lassé de travailler pour Marvel et DC, je me suis dit que j’aimais bien dessiner ce monstre, que son nom me plaisait, et je suis parti de là.

 

Vous n’aviez pas encore imaginé l’univers dans lequel il allait évoluer, seulement le personnage?

Mike Mignola : Non. Je savais seulement quels genres d’intrigues je voulais écrire. Je cherchais une figure amusante à dessiner, afin de raconter des histoires de monstres. Mais dès que j’ai commencé à rédiger le premier récit, l’origine de ce personnage est devenue si intéressante qu’il a pris le devant de la bande-dessinée. Mon idée de départ était d’avoir une équipe complète de personnages, mais Hellboy s’est rapidement imposé comme le héros principal.

Mike Mignola

 

Après 18 années de publication, vous avez tué Hellboy l’an dernier.

Mike Mignola : Oui.

 

Était-ce planifié depuis longtemps?

Mike Mignola : Ça faisait un petit bout de temps que j’avais pris la décision de le faire mourir, principalement parce que j’avais envie de créer une série mettant en vedette un personnage qui erre en enfer. Je savais que j’allais éventuellement le tuer, et quand tous les éléments se sont mis en place, j’ai emprunté cette voie.

 

Le premier numéro de Hellboy in Hell paraîtra le 5 décembre prochain. À quoi les fans doivent-ils s’attendre de ce nouvel univers?

Mike Mignola : C’est différent, dans le sens qu’il s’agit d’un nouvel emplacement, mais la sensibilité reste la même… Il y aura plusieurs courtes histoires dans lesquelles Hellboy explore les limbes et rencontre quelques damnés. Il y aura encore des batailles contre des monstres, de la mythologie et du folklore. D’une certaine façon, ce n’est pas terriblement différent de ce que je faisais auparavant, sauf que l’endroit où ça se déroule n’est plus le même.

 

Situer l’action en enfer doit permettre de créer des histoires encore plus extravagantes?

Mike Mignola : J’écrivais déjà des choses assez extravagantes, mais la différence pour moi en tant qu’artiste, c’est que je peux dessiner un monde qui n’est plus lié à la réalité. Je veux encore raconter des histoires qui se déroulent dans des décors asiatiques ou russes, mais avant, si je déplaçais Hellboy au Japon, je devais dessiner le Japon. Maintenant, je peux le dessiner dans une version infernale du Japon. Je n’ai pas besoin de me documenter pour voir à quoi le pays ressemble. Je peux simplement évoquer une région vaguement japonaise de l’enfer.

Mike Mignola

 

Votre vision de l’enfer s’apparente à celle de Dante, avec différentes régions distinctes... Il ne s’agit donc pas d’un lieu homogène?

Mike Mignola : Exactement. Ma blague récurrente avec Hellboy, c’est de le faire voyager à travers le monde. Je continuerai d’exploiter ce même gag, sauf que ce monde sera maintenant l’enfer. Ça ne m’empêche pas de créer une région moyen-orientale des limbes, ou un secteur norvégien.

 

Quand est venu le temps, a t’il été difficile de trouver la façon de faire mourir Hellboy? Est-ce que ça vous a procuré un certain plaisir?

Mike Mignola : Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai trouvé l’expérience plaisante. C’est une chose de décider qu’on va tuer son personnage, mais quand vient le temps de passer à l’acte, on se demande « Suis-je vraiment en train de faire ça? ». Je suis par contre très satisfait de la façon dont nous l’avons mis à mort. Je ne panique pas en pensant que je viens de perdre mon gagne-pain. Je suis excité par ce nouveau projet, et d’une certaine façon, en tuant Hellboy, il m’est revenu.