ComicCon de Montréal : Questions et réponses avec Christopher Lloyd

Christopher Lloyd en pleine signature d'une DeLorean modèle réduit.
Christopher Lloyd a plus de 150 films à son actif. Malgré cette très prolifique carrière, il demeurera associé à jamais au personnage de Doc Brown dans la trilogie Back to the Future. Il était de passage au ComicCon de Montréal pour répondre aux questions du public; voici un large extrait de l’événement.
 
Christopher Llyod
 
C'est comment de travailler avec Michael J. Fox?
 
Christopher Lloyd : Michael est l’une des personnes les plus extraordinaires que je connaisse. Il a été frappé par le Parkinson à un jeune âge, mais il ne s’est pas laissé abattre pour autant. Il participe à des conventions, il va à Washington pour essayer de conscientiser les gens à la maladie, promouvoir la recherche et solliciter du financement afin de trouver un remède. En même temps, il a conservé tout son sens de l’humour. Il est incroyablement courageux. C’est un être humain exceptionnel. Michael a été invité à l’émission Curb Your Enthusiasm. Il jouait son propre rôle. Son corps est secoué de mouvements qu’il ne peut pas contrôler, et Larry lui demande pourquoi il hoche la tête en signe de désapprobation lors d’une conversation animée (rires). Michael répond : « C’est le Parkinson », mais un peu plus tard, Michael va lui chercher une canette de soda dans le frigidaire, et quand Larry l’ouvre, elle lui gicle au visage. Il est fâché, et crie : « Je gage que tu as fait exprès! », et Michael le regarde et réplique : « C’est le Parkinson ». J’adore son sens de l’autodérision. J’ai donc beaucoup d’affection et d’admiration pour lui (applaudissements).
 
Pourquoi pensez-vous que Back to the Future a traversé l’épreuve du temps?
 
Christopher Lloyd : Je pense que c’est dû en grande partie au génie de l’écriture. On retrouve une relation classique en un vieil homme et Marty, un jeune qui sort à peine de l’adolescence. Doc est un genre de mentor. Il ouvre les yeux de Marty sur les innombrables possibilités qui existent dans le monde. Il veut que ce jeune voie des choses impossibles, afin qu’il n’ait pas peur de faire des rêves impossibles. De voir le futur, si vous voulez (rires). Et puis il y a ce scientifique un peu fou… Tout le monde aime les scientifiques fous (rires)! On trouve en plus une histoire de voyage dans le temps, un sujet qui intrigue les gens depuis toujours, qu’on remonte dans le passé ou qu’on se projette dans le futur. 
 
Christopher Llyod
 
Il y a beaucoup de choses dans ce film auxquelles tout le monde peut s’identifier. Ce n’est pas une histoire d’horreur; il y a quelques moments plus sombres, mais c’est un long-métrage amusant. On suit une aventure avec Doc et son jeune ami. Et c’est futuriste. Il y a l’Hoverboard, la DeLorean (applaudissements)... C’est un mélange de science-fiction et d’autres éléments qui créent ce classique pour toute la famille. C’est incroyable, de faire partie d’une oeuvre qui possède une telle longévité. Le premier volet est paru en 1985. Les enfants qui l’ont vu au cinéma sont des parents aujourd’hui, et leurs enfants regardent le film à leur tour. C’est un long-métrage intergénérationnel. De temps en temps, je rencontre des personnes qui sont devenues ingénieurs ou pilotes, parce que le long-métrage les a inspiré quand ils avaient six ans. C’est fantastique d’avoir une telle influence positive.
 
Christopher Llyod
 
Quand vous tourniez Back to the Future, vous doutiez-vous que le film deviendrait un tel classique?
 
Christopher Lloyd : Pas vraiment (rires). Mon rôle était très demandant, et j’étais surtout préoccupé de jouer mes scènes le mieux possible. À l’époque, il y avait beaucoup d’incertitude et d’insécurité autour de Back to the Future. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais c’est Eric Stoltz, un excellent acteur, qui interprétait Marty à l’origine. Je pensais que tout allait bien, mais six semaines après le début du tournage, la production a fait venir toute l’équipe un beau matin pour une annonce spéciale. On nous a lors expliqué qu’Eric Stoltz serait remplacé par Michael J. Fox. Ça m’a attristé, parce que c’est dur pour un acteur qui a travaillé pendant six semaines sur un long-métrage de se faire éjecter comme ça… En bout de ligne, je ne pense pas que personne, ni les producteurs, ni les acteurs, n’anticipaient que le film ait un tel impact. J’étais assez sûr qu’on remplirait les salles lors de sa sortie, mais je pense que le succès a été au-delà de ce que quiconque pouvait imaginer. 
 
Quelle est la plus grande différence entre tourner un film dans les années ’80 et tourner un film aujourd’hui?
 
Christopher Lloyd : Je lis souvent comment les choses ont changé au cinéma, avec les avancées technologiques, les nouvelles caméras, les effets spéciaux et tout le reste, mais à la base, c’est encore un acteur qui joue un personnage provenant d’un scénario, comme ça a toujours été. J’ai participé à quelques films en 3D, qui utilisent des caméras spéciales pour rendre l’effet de troisième dimension. On m’a demandé comment était l’expérience. Tout ce que je peux en dire, c’est que je suis là, le réalisateur crie « Action! », et je livre ma performance (rires). Ensuite, j’entends « Coupez! ». C’est tout ce que je connais. En ce qui me concerne, rien n’a changé. 
 
Christopher Llyod
 
Comment avez-vous approché le rôle de Judge Doom dans Who Framed Roger Rabbit?
 
Christopher Lloyd : Ce qui est merveilleux avec les personnages de vilains, spécialement Judge Doom, ou celui que je jouais dans le film de Star Trek, c’est qu’ils sont incorrigibles. Ils n’ont aucune notion du bien ou du mal, ils font simplement ce qu’ils ont envie de faire. Peu importe le niveau de destruction que ça implique, ou qui sera déchiqueté en mille morceaux, ça n’a pas d’importance. Dans Star Trek III : The Search for Spock, mon personnage entretient une relation amoureuse avec une femme. Elle se trouve à bord d’un autre vaisseau, quelque part dans l’espace, et pour une raison obscure, ce vaisseau doit être détruit. Sans hésiter, il le fais exploser. Il faut ce qu’il faut, vous savez (rires). C’est simplement très amusant de jouer des personnages maléfiques. 
 
Si vous disposiez d’une machine à voyager dans le temps, quelle époque voudriez-vous visiter?
 
Christopher Lloyd : Le monde est en pleine ébullition de nos jours, il se passe tellement de choses… J’ai lu un livre intitulé « Digital Future », ou quelque chose comme ça. Ce bouquin expliquait comment la numérisation et la connexion des cerveaux allaient changer beaucoup de choses dans les prochaines années. C’est incroyable. Avec tout ce qui se passe présentement, j’aimerais beaucoup revenir sur Terre cinquante ans après ma mort, et voir où la société en est rendue. J’aimerais beaucoup pouvoir faire ça. En ce qui concerne le passé, si je pouvais remonter dans le temps, j’adore Shakespeare. J’ai joué plusieurs de ses pièces de théâtre. Pour moi, c’est l’un des phénomènes littéraires les plus extraordinaires. Je sais que son écriture est un peu plus ardue à lire aujourd’hui, à cause des différences de langage, mais si on s’y plonge, on peut constater qu’il crée des personnages absolument vivants. Il a fait ses débuts dans des petits théâtres de Londres, où l’audience s’assoyait directement sur le sol. J’aimerais beaucoup retourner à cette époque, pour voir la première répétition d’Hamlet. Ça serait vraiment cool de voir comment il travaillait.
 
Christopher Llyod
 
De tous les rôles que vous avez joué, quel est votre préféré?
 
Christopher Lloyd : Quand on me pose cette question, la première réponse qui me vient en tête, c’est One Flew Over The Cuckoo’s Nest (applaudissements). C’était mon tout premier film. Kirk Douglas, le père de Michael, avait acheté les droits cinématographiques du roman. Il a essayé d’en faire un film, mais ça n’a pas fonctionné, et éventuellement, c’est Michael qui a repris le projet. J’ai réussi à décrocher une audition. Tous les acteurs étaient assis en cercle autour de Milos Forman, le réalisateur. Ce dernier nous posait des questions à tour de rôle... « Que penses-tu de ça? Que ferais-tu dans cette situation? », etc. Je n’avais jamais vu une audition se dérouler de cette façon. J’ai eu le rôle, et j’ai appris que j’allais jouer avec Jack Nicholson! C’était mon idole depuis des années! J’avais adoré Easy Rider, je le trouvais phénoménal. Travailler avec lui sur mon premier film?! Ça a été une expérience formidable. J’ai fait beaucoup de comédies dans ma vie. J’apprécie les rôles comiques, et j’ai beauoup aimé jouer dans Back to the Future, mais je préfère les personnages sérieux, plus profonds, et celui-là a probablement été l’un des plus significatifs de ma carrière (applaudissements).