Le défi d'Alex Lapointe : Gagner sa vie en faisant rire le monde

Alex Lapointe

Je m’appelle Alex Lapointe et je viens de Québec. On m’appelle Alex de Québec. Ça fait 3 ans que j’habite à Montréal et les gens d’ici disent que j’ai un accent, mais je ne les crois pas encore même si je dis bloody-CÉSAR au lieu d’un caesar

Je fais des capsules humoristiques un peu salées sur le web que je publie sur ma page Facebook. Mes thèmes touchent souvent les relations de couple à l’ère du numérique et parfois les réalités un peu obscures du monde de la restauration (va vite voir ma page, j’te dit !). Je suis aussi animateur et je couvre différents évènements culturels et/ou crée des malaises sur les tapis rouges mondains (ça j’vous en reparle dans un autre article !). Si je ne suis pas dans les soirées d’humour dans les bars, je sers de la nourriture de haute qualité à des gens plus fortunés que moi pour deux restaurants dans Griffintown à Montréal. Dans le fond, j’arrête pas une seconde! 

Pour recevoir un peu d’approbation sociale, il m’arrive de publier pas mal de niaiseries sur mon compte Instagram, si jamais t’as du temps à tuer sur le trône. #followforfollow

Ah, et finalement, ma collaboration avec Z a commencé alors que la gestionnaire du site web de Z m’a proposé d’essayer un nouveau concept sur le site : écrire sur un gros défi (professionnel) que j’aurais ou que j’aurai à réaliser en lien avec l’humour.  Ce témoignage est donc (peut-être) le premier d’une série de défis à venir. 

J’aimerais donc vous raconter une première histoire. 

Je devais absolument me mettre en danger. Un an après avoir lâché ma job d’adulte 9 à 5 et commencer à faire quelques vidéos virales, j’avais besoin de plus. De beaucoup plus. Et au fond de moi, je savais que le web à lui seul ne pourrait pas me procurer totalement ce dont j’avais besoin : gagner ma vie en faisant rire le monde. Il me fallait m’affranchir du monde virtuel un instant pour goûter à l’adrénaline que devrait me procurer la scène. Pour combler mes désirs insatiables de jeune millenial, j’ai décidé que j’allais faire un open mic dans un bar miteux quelconque. Le genre d’établissement qui sent encore l’odeur aigre de la bière de la veille même à son ouverture. 

C’est que mon année 2019 a commencé sur les chapeaux de roues. Le 1er janvier, je me trouvais face à une page blanche, dans tous les sens du terme. Après avoir créée une quinzaine de vidéos drôles, c’était le retour à la case départ. What’s next ? Mis à part quelques idées de nouveaux sketchs gribouillés ici et là et une démo télé à tout casser, je n’avais aucun projet concret sur la table. Rien. Fuck all. J’avais beau me dire que ce n’était qu’une date au calendrier, dans ma tête, j’avais tout à prouver à tout le monde. Et surtout, à moi-même.  Avais-je même déjà prouvé quoi que ce soit au juste ? Pourtant, mes capsules cumulaient plus de 1,5 million de vues sur Facebook. Ricardo Trogi devait forcément avoir aperçu mes grosses palettes passées au moins une fois sur son fil d’actualités ? Non. J’attendais toujours un inbox messenger de Xavier Dolan. Je m’attendais à quoi ? Je ne sais même pas moi-même ce que je veux faire avec ça. 

Non, en fait, ce n’est pas totalement vrai, je sais ce que je veux : je dis souvent que mon rêve est de dire des niaiseries et d’être payé pour le faire. Je ne sais pas si c’est suffisant, mais c’est déjà un maudit beau départ quand tu ne sais pas par où commencer et que t’es un peu tanné de servir du poisson. 

L’affaire c’est que monter sur un stage pour y faire mes blagues, dans la vraie vie, avec du vrai monde, me glaçait le sang.  Je n’avais pas les couilles. Mais l’idée même d’avoir un but aussi grand et épeurant que celui d’être humoriste m’enivrait. Contradictoire, hein ? Mais je pense que c’est ça, au fond, la définition d’un rêve.

J’ai d’abord écrit au Bordel Comédie Club, mais après 3 semaines, je n’avais encore reçu aucune réponse. J’ai écrit à mon ami humoriste amateur qui est dans le circuit des bars et il m’a parlé de la soirée du mardi à l’Astral 2000. Un peu moins glamour, mais bon. Il m’a donné le contact de la fille qui s’occupe du booking et la journée même, elle m’a proposé le mardi de la semaine suivante. Je l’ai saisi. Après tout, ça faisait un an que je cassais les oreilles de ma famille, de mes amis et de mon ex avec ça. Ça me mettait finalement un deadline. DEAD-line. J’étais mort de peur, ça c’est clair, mais j’pouvais plus retourner en arrière et c’est exactement ce que je cherchais comme ultimatum !

Le soir fatidique de l’open mic 

À mon arrivée au bar 30 minutes avant le début du show, j’ai tout de suite remarqué devant la scène 5-6 personnes attablées avec des calepins de notes devant eux. J’avais clairement devant moi les autres rêveurs. Ceux qui défient la normalité et qui ont le courage de fouler les planches. Tsé, le 0.1% de la population (statistique maison d’Alex Lapointe). Ils se préparent. Certains probablement bien débutants, d’autres plus expérimentés. Aucune place au jugement ici, il règne un franc esprit de camaraderie.  Je ne peux quand même pas m’empêcher de penser malgré moi qu’il s’agit là un peu de ma compétition. Comme si mon ancienne vie de sportif me conditionnait à ne pas vouloir finir dernier. Mais je me trompais.  L’humour c’est le partage, à tous niveaux, avec le public, oui, mais avec ses collègues du rire. 

Je suis allé me présenter et comme pour m’attirer la sympathie, je leur ai dit que c’était mon baptême. Ils se sont tous exclamés en même temps d’un : « ahhhhh », comme à la vue d’un nouveau-né au crâne déformé. À ce moment-là, il n’y avait encore personne dans la salle. Pourtant le show était maintenant dans 25 minutes. J’ai pris ma Labatt 50 gratuite pour me donner un peu de confiance liquide. On dirait que j’avais mangé 20 biscuits soda avec du beurre de peanut en même temps. Je relisais nerveusement mes notes comme pour imiter les autres, mais je ne me souvenais d’absolument rien. Black out total. 

Je passais 8e sur 10. (T’sé le presque avant dernier. Comme à l’école primaire ou secondaire, et que tu sais que le monde veut juste partir quand la cloche sonne, et que l’attention est presque pu au rendez-vous ! OUAIN, c’est ça ! …, rien pour aider à calmer mon insécurité). Au moment de monter sur scène, il y avait maintenant une vingtaine de personnes dispersées dans la salle, incluant les autres humoristes. Non, il n’y avait pas de loge avec de l’alcool gratuit, le match du CH, et des chips. C’était dans ma tête ça. Tu attends ton tour sagement dans le public.

Je me souviens que les spectateurs les plus près étaient à environ 2 mètres de moi, mais je ne voyais que des visages sombres sans réels traits distinctifs. Je voulais voir des dents moi. Et j’parle pas ici de rire jaune. 

Comme il y avait presque plus d’humoristes que de gens normaux (oui, normaux), tout le monde devait avoir entre 20 et 30 ans selon moi…mis à part 3 habitués au loin au bar qui faisaient débalancer le portrait sociodémographique, et qui de toute façon semblaient complètement désintéressés à assister à l’éclosion d’un rêve, eux.  Que des jeunes aux cœurs légers, que des bouteilles de bières brunes vides. Toutes des Labatt 50, il me semble. 

Finalement, j’ai eu quelques rires francs. Peut-être par légère pitié ou exagération - l’animateur avait prévenu la foule endiablée que c’était ma première fois, merci à lui. Peu importe, je les ai pris quand même. Ma blague sur le gars qui se fait forcer à aller aux pommes par sa blonde l’automne venu n’a pas du tout levé, à ma plus grande surprise. Mais ma blague sur la fille qui m’a appelé en panique en pensant m’avoir peut-être donné l’herpès a explosé. On note pour la prochaine fois ! Je devais faire un 5 minutes, c’est ça la formule classique. J’en ai pris au moins 6-7. Comme pour étirer le plaisir-supplice et faire un pied de nez à la peur qui me tenaillait. 

La glace est brisée. Il m’aura fallu un an avant de faire 5 minutes sur scène. Je sais, ce n’est pas la mer à boire. Ça ne fait rien, c’est une victoire immense et pour moi, c’est comme si j’avais rempli le Centre Bell cette soirée de mars 2019. J’aimerais dire que ça fait plus de peur que de mal, mais ça fait un peu des deux en même temps pour être honnête. 
J’ai encore la chienne. C’est bon signe, je sais enfin que c’est vers là que je dois aller. 

Mon prochain défi? Probablement mon open mic au Bordel (oui, j’ai réussi à finalement avoir une réponse) au mois de mai. Ce qui fera sans doute l’objet de ma prochaine ou troisième chronique qui sait. D’ici-là, je compte faire 2-3 stand-ups dans des plus petites soirées pour me mettre en confiance. Je pense peut-être aussi à m’inscrire à l’École Nationale de l’humour, mais j’hésite encore. Mon idole c’est Julien Lacroix, il n’a pas été pris à l’ENH et il a commencé sur le web et dans les Astral 2000 de ce monde…