Fantasia : Entrevue avec Eric Walters et Andrea Adams pour My Amityville Horror

Le documentaire de genre compte une œuvre de plus avec My Amityville Horror (lire la critique de ma collègue Gabrielle Scott), un film présenté à Fantasia qui met en vedette le témoignage de Daniel Lutz, qui n'était âgé que de huit ans lorsque sa famille a vécu les sinistres événements que l'on connaît dans la désormais célèbre maison d'Amityville. Ztélé a discuté du long-métrage et des faits mystérieux entourant cette histoire avec la productrice Andrea Adams et le réalisateur Eric Walters.

 
Amityville est sans doute la plus connue des histoires de maison hantée. Pourquoi pensez-vous que cette histoire fascine autant, encore aujourd'hui?
 
Eric Walters : Je pense que c'est parce que la maison est devenue un personnage en soi. La célèbre image des fenêtres qui ressemblent à des yeux a marqué l'imaginaire. Ça remonte à la fondation même sur laquelle se base cette hantise, avec les événements tragiques qui ont vu toute une famille se faire assassiner dans la maison. Puis, un peu plus d'un an plus tard, les Lutz y emménagent, pour ne rester que 28 jours, avant de déguerpir en abandonnant toutes leurs possessions. Même si je ne suis pas nécessairement un partisan de la théorie de la hantise, je reconnais que plusieurs faits dans cette histoire demeurent inexpliqués. Je ne dis pas que je crois les Lutz, mais je pense qu'ils étaient sincèrement terrifiés. Je crois qu'ils croient vraiment que quelque chose de nature maléfique leur est arrivé. Nous n'étions pas là pour témoigner de ce qui s'est réellement passé, donc c'est subjectif, puisqu'il n'y avait que ces cinq personnes dans la maison.
 
Andrea Adams : Je pense que ça parle à une bonne partie de la population, parce qu'Eric fait des recherches sur Amityville depuis des années, et quand on évoque le sujet de notre film, les gens nous confient toutes sortes de phénomènes inexpliqués dont ils ont été témoins. Ça semble connecter avec eux, et ils sont confortables de nous raconter des choses qu'ils ne diraient à personne d'autre, à cause de ce film.
 
Andrea Adams
 
Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'enquêter plus en profondeur sur ces faits?
 
Eric Walters : Cette histoire est venue à moi, pour le meilleur et pour le pire. Le sujet m'intéressait énormément au départ. J'ai lu « The Amityville Horror » de Jay Anson lorsque j'avais huit ou neuf ans, et ça m'a terrifié! Ça m'a profondément marqué, et j'ai toujours pensé que les adaptations au cinéma ne possédaient pas la même atmosphère étrange que celle qu'on retrouvait dans le livre. Jay Anson écrivait également des documentaires, et avec sa perspective à la troisième personne, il a été en mesure d'impliquer le lecteur et de vraiment bien dépeindre l'ambiance. Je n'ai jamais senti que les films avaient été à la hauteur par contre, ils me semblaient bâclés...
 
Le troisième volet était même présenté en 3D...
 
Eric Walters : Le livre de Jay Anson a pris plusieurs libertés sur ce qui s'est passé à l'origine, comme lorsqu'ils défoncent le mur pour trouver la pièce secrète. J'ai toujours été davantage intéressé par les intervenants dans cette histoire que par les incidents eux-mêmes. Je pense que certaines personnes sont responsables d'avoir créé un effet d'entraînement, qui a peut-être contribué à amplifier les faits réels au-delà de ce qui s'est véritablement passé. Il y a plusieurs cas de hantise célèbres, comme celui de la famille Snedeker au Connecticut, ou la famille Smurl à West Pittston en Pennsylvanie. Elles ont toutes eu droit à un film, mais aucune n'a frappé les consciences comme l'histoire d'Amityville. Ça m'intriguait, justement à cause de tous les débats et des théories de canular qui circulaient... George et Kathy Lutz n'ont pourtant jamais modifié leur version des faits. Vous savez, le livre de Jay Anson est basé sur des cassettes audio que les deux parents ont enregistrées dans un but « thérapeutique »... 
 
Eric Walters et Andrea Adams
 
Vous avez mis des extraits dans le film...
 
Eric Walters : Oui. Mais ce qui est intéressant, c'est que les Lutz ont enregistré tout ce dont ils arrivaient à se souvenir sur ces cassettes audio. Ça en dit long sur la manière dont le livre a été fabriqué... Ils ont dit « On ne fera pas d'entrevues pour le livre, prenez les enregistrements. On ne veut pas en parler, on ne veut pas revivre ces événements », et le livre a été conçu à partir de ces cassettes. Daniel Lutz imite un peu ça, en faisant ses propres enregistrements thérapeutiques dans notre film. Les extraits qu'on peut entendre proviennent d'entrevues que j'ai effectuées avec lui lorsque je l'ai rencontré au tout début, littéralement la première fois. Nous avons commencé à enregistrer, je lui ai posé quelques questions, mais je sentais qu'il se déchargeait surtout d'un lourd fardeau, et de toute cette folie qui troublait encore son esprit.
 
Comment l'avez-vous convaincu de participer au film? Il semble pourtant réticent à se replonger dans ces événements...
 
Andrea Adams : C'était son choix, vous savez. Je pense qu'il voulait vraiment raconter sa version des faits, parce qu'elle n'a jamais été entendue, et je crois que c'est important, parce que les films ont pris une si grande place dans la culture populaire... Nous n'avons toujours eu que la version de George et Kathy, et pas celle des autres personnes qui ont aussi été impliquées...
 
Eric Walters : C'est particulier, parce que je pense que la famille Lutz, peut-être pas Missy,  parce qu'elle était très jeune et n'a jamais parlé publiquement, mais pour tous les autres, c'est comme une attraction fatale. Ils sentent le besoin d'en discuter et d'en débattre, même si moi personnellement, je préférerais me tenir à l'écart et ne pas trop en parler. Pendant des années, le frère de Daniel a déclaré qu'il présenterait sa version des faits, mais on l'attend toujours. Notre chance a été que Danny était prêt à livrer son histoire, même si je pense que ça a semé la consternation dans sa famille. De son propre aveu, il est assez éloigné des autres membres de sa famille, mais...
 
Eric Walters et Andrea Adams
 
Andrea Adams : Danny a contacté Eric par le biais d'un ami. Pendant ses recherches, Eric tenait un site web, AmityvilleFiles.com, où on pouvait consulter l'information recueillie...
 
Eric Walters : Tout ma recherche s'y trouvait, les articles de journaux, les documents originaux, les transcriptions du procès du jeune DeFeo, toutes les choses permettant à une personne de se faire sa propre opinion, tout comme j'ai dû forger la mienne. Comme je l'ai déjà dit, je crois que les Lutz croient qu'il s'est passé quelque chose, et tellement de faits demeurent sans explication... Prenez l'histoire de la famille DeFeo. Comment parvient-on à abattre six individus dans une maison, dont quatre enfants, sans que personne ne bouge? Ils ont tous été retrouvés dans leur lit, le visage tourné vers le matelas avec des balles dans le dos ou dans la tête, dans un quartier résidentiel passant, et la seule personne qui ait entendu quoi que ce soit est un voisin, deux portes plus loin, qui affirme avoir entendu un chien japper (rires). 
 
Andrea Adams : À travers ce site web, un ami de Danny a contacté Eric et lui a demandé s'il était intéressé à venir lui parler. Étant de nature sceptique, Eric s'est assuré qu'il s'agissait du vrai Daniel Lutz en consultant des photographies, et il a ensuite  pris l'avion pour New York, où il a enregistré plus de douze heures d'entrevues, dont on entend des extraits dans le film. 
 
Andrea Adams
 
Eric Walters : Quand j'ai rencontré Danny dans le quartier Queens et que j'ai commencé à enregistrer ces entrevues, son intensité et sa colère envers ces événements et son beau-père m'ont un peu surpris. On aurait dit que les phénomènes inexpliqués et les problèmes familiaux allaient de pair pour lui, et semblaient être intimement liés dans son esprit...
 
Daniel Lutz accuse même son beau-père d'avoir pratiqué la magie noire, ce qui est assez différent du personnage dépeint dans la fiction.
 
Eric Walters : Absolument. Dans le livre, George Lutz est essentiellement dépeint comme un héros...
 
Eric Walters et Andrea Adams
 
C'était lui qui racontait l'histoire, il s'est donné le beau rôle...
 
Eric Walters : C'est aussi intéressant de constater que les enfants commencent seulement à parler depuis que George Lutz est mort, en 2006. Daniel m'a confié avoir voulu livrer son histoire pendant des années, sans trouver le bon endroit pour le faire. Il a été invité par des émissions de télévision et d'autres documentaires, mais il a toujours refusé d'y participer, parce qu'il voulait que ça soit SA version de l'histoire d'Amityville, ce qui a donné le titre My Amityville Horror. C'est une de ses suggestions, mais je ne l'ai jamais remise en question, parce que c'est trop parfait. Sur le vol du retour en direction de Los Angeles, je me suis dit que l'entretien ne s'était pas du tout déroulé de la façon prévue, et qu'il ne s'agissait pas d'un récit de fantômes, mais bien de l'histoire d'un homme hanté par une hantise.
 
Finalement, vous n'avez pas réalisé le film que vous pensiez faire à l'origine?
 
Andrea Adams : Non, et ça n'a pas arrêté de se modifier en cours de route...
 
Eric Walters : Effectivement, mais la plupart des documentaires se déroulent de cette façon. C'est un processus de découverte. En assemblant toutes ces entrevues, on finit par voir des thèmes précis émerger, comme celui de la mémoire humaine. La première partie du film est consacrée à la version des faits de Danny. Puis, par la suite, les choses prennent une autre tournure, et on entre dans des thèmes comme la religion, ou encore les croyances en général.
 
Andrea Adams : Le film a continué de changer, même durant le montage, parce qu'il y a tellement d'aspects dans cette histoire, et tellement de personnalités différentes. On a placé certaines scènes qu'on jugeait bonnes dans le montage, puis à force de les voir et de les revoir, comme ça arrive souvent au montage (rires), on s'est aperçus que certains éléments qu'on désirait inclure n'étaient peut-être pas nécessaires. Eric aurait pu réaliser une minisérie de six heures avec tout le matériel récolté, mais ce n'était pas ce qu'on voulait (rires). Ça a donné le résultat que vous pouvez voir, et nous en sommes très satisfaits, parce qu'on a réussi à relier tous les thèmes du film par le biais de l'histoire de Danny. Les thèmes apparaissent à travers ce qu'il raconte, et on sentait que c'était la meilleure façon de préserver l'intention de départ d'Eric.
 
Eric Walters
 
Est-ce que Daniel Lutz a vu le film?  Est-il satisfait du résultat?
 
Eric Walters : Je dirais que oui, en majeure partie. J'ajouterais que ce n'est pas un sujet qu'on aborde aisément, ou dans lequel il est facile de se voir. Je sais qu'il y a eu des périodes où il s'est fâché contre moi à cause de certains détails, mais je dirais que dans l'ensemble, il est surtout heureux d'avoir finalement pu raconter sa version et de s'être libéré d'un grand poids, mais je crains que ça ne soit seulement que le début pour lui. Parce que maintenant, il ne peut plus s'en éloigner, il est publiquement identifié.
 
Andrea Adams : C'était évidemment sa décision de raconter son expérience, mais il sera intéressant de voir ce que Daniel Lutz fera à partir de là...