Fantasia : Entrevue avec Jean Leloup et Esther Gaudette

Rencontrer Jean Leloup, c’est un rendez-vous vers l’inconnu. Impossible de savoir à quoi s’attendre. Réputé pour son côté éclaté et imprévisible, Leloup a accepté de discuter de son film Karaoké Dream.Il était en compagnie de son actrice principale, Esther Gaudette. Retour sur un entretien parfois désordonné, mais fort sympathique.

C’est la première de Karaoké Dream. À quoi peut s’attendre le public ce vendredi soir?

JL - … (semble déconcentré par ce qui se passe autour sur la terrasse). OK! Redemande-moi ta question.

Karaoké Dream. «Yeah!» Fantasia «OK». Le public. À quoi peut-il s’attendre. Leloup demande à son actrice.

Jean Leloup questionne Esther Gaudette

EG – Le public peut s’attendre à un film complètement original, à quelque chose qu’on a jamais vu ici. Il y a des histoires parallèles… Il y a une dureté aussi dans le sujet. La plupart des personnages sont seuls. On aborde la pédophilie, il y a un adolescent qui se fait tabasser par sa mère. Je pense qu’il y a aussi une réconciliation entre le bien et le mal.

Tu voudrais ajouter quelque chose?

JL – Je pense que le public… Ouais… Je pense que c’est comme entrer dans la tête des gens. Comme quand tu rêves. Un moment donné, tu suis le rêve, mais il peut y avoir plusieurs couches. Et c’est une histoire dure. Le gars de 18-20 ans qui mange des claques dans le film, il part dans sa tête, mais on sait pas trop c’est quoi exactement. Est-ce que c’est vraiment dans sa tête ou dans celle des autres… En tout cas, c’est assez pété. Y’a pas de format. Ha oui! Y’a du rock n’ roll.

Justement, Karaoké Dream est décrit comme un film dont la seule règle est qu’il n’y en pas de règles. Ça se traduit comment selon toi. Par l’improvisation? Au montage?

JL – C’est dans toute! Je voulais marcher au contraire de ce qui se fait d’habitude. Je ne voulais prendre aucun financement. Je voulais avoir toute la liberté de choisir qui je voulais avoir dans mon film, connus ou pas. J’ai rencontré du monde qui m’inspirait et j’ai créé à partir de ça. Après ça, j’avais envie de le faire vite, sans avoir à attendre deux ans. Et je ne pouvais respecter aucune règle si je voulais raconter cette histoire-là.

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Comment était la dynamique de travail avec Jean Leloup. Est-ce que vous (les acteurs) aviez des pistes, vous donnait-il libre court à votre imagination?

EG – C’est certain qu’on avait une piste, mais ça pouvait changer en cours de route. Ça dépendait de la manière dont on ressentait la scène à ce moment-là, et même de la façon dont on se sentait cette journée-là.

JL – J’ai commencé avec un personnage de cette fille qui faisait des meurtres dans un bordel rose. Après ça, j’ai pensé que ce personnage pouvait exister dans la tête d’une fille qui est saoule. On a poursuivi comme ça, en supposant que cette fille pouvait être la réincarnation d’une fille qui a été torturée. J’ai alors développé une histoire autour de ça. En fait, ce sont plusieurs âmes de cette fille qui se retrouvent dans la merde, parce qu’elle est actrice puis elle est belle. C’est toute.

Vous avez aussi voyagé pour le tournage. Vous êtes allés au Viet-Nam?

JL – Moi j’y allais déjà pour faire des shows. On a demandé la permission là-bas pour faire des petits clips, comme la séquence en noir et blanc . On a aussi tourné un peu à Tokyo. C’est après que je me suis dit «Merde, on fait un film». J’avais un peu d’argent de côté et j’avais le choix entre un condo ou faire un film. Je me suis dit que le condo ce sera quand je serai vieux.

EG – Aussi, c’était vraiment le fun de tourner ici à Montréal. On a fait les décors nous-mêmes, acheter les costumes. C’était vraiment tripant de participer à tout.

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Tu parles de ton film comme un collage. On y trouve des capsules complètement éclatées et tu sembles t’inspirer du cinéma de genre et asiatique.

JL – À la base j’adore les films asiatiques, mais j’aime beaucoup les films très réaliste. En fait, j’aime ça le cinéma. J’ai toujours aimé ça, puis je voulais en faire. Mais le cinéma me semblait un truc compliqué et chiant où tu devais remplir plein de paperasse. J’pensais jamais y aller, c’est comme aller à l’hôpital. J’avais laissé tombé, puis je me suis mis à jouer de la guitare à la place…

Tout à l’heure tu parlais de rock n’ roll et la musique semble importante dans le film. Le collectif The Last Assassins dont tu fais partie découle de ce projet. Est-ce que la musique du film se retrouvera dans les spectacles ou sur disque?

JL – La musique de Karaoké Dream est le résultat de plein de jams. On va faire des spectacles, mais The Last Assassins c’est pas un «band», c’est un collectif qui a été créé pour faire la musique du film. Ça adonne que c’était le fun, t’sais. On va faire des shows parce qu’il y a des tounes qui en valent la peine.

(Source des photos: Caroline Cloutier)