Fantasia: Entrevue avec John Landis

Le réalisateur John Landis (The Blues Brothers, Un prince à New-York, Un fauteuil pour deux, Le loup-garou de Londres et le vidéoclip Thriller) nous a fait l’honneur de sa présence cette semaine, alors qu’il venait présenter sa comédie noire Burke and Hare (la critique de mon collègue probert se trouve ici). Un prix célébrant l’ensemble de sa carrière lui était également remis. J’ai eu la chance de pouvoir m’entretenir avec lui.

Vous présentiez votre film Burke & Hare et le festival Fantasia vous décernait un prix honorifique soulignant l’ensemble de votre carrière…

JL – Ça me donne l’impression que je vais mourir sous peu.

Le public vous a démontré beaucoup d’amour et vous avez été très généreux en retour. Vous aimeriez ajouter quelque chose suite à la soirée de projection?

JL – Le public a adoré le film! Et blague à part, je suis très touché par ce prix. Plusieurs personnes qui sont passées ici avant moi dont Stuart Gordon et Eli Roth m’avaient vanté le festival Fantasia et j’ai beaucoup aimé mon expérience. La projection était très bien et les spectateurs charmants. Du même coup, je ne suis pas très à l’aise avec les ovations. Je ne suis pas un acteur… ça me rend nerveux. C’est un peu comme dans Le Magicien d’Oz, vous savez? «Ne prêtez pas attention à l’homme derrière le rideau».

Plusieurs des festivaliers adorent Simon Pegg et je crois qu’ils aimeraient bien savoir comment s’est déroulé votre collaboration sur le plateau?

JL – Il est merveilleux. Une des raisons pour laquelle j’ai choisi Simon, c’est qu’il est sympathique. C’est un gars authentique et vraiment gentil. Ce qui est intéressant, c’est qu’il est meilleur acteur qu’il ne le soupçonne. J’ai l’impression qu’il se perçoit d’avantage comme un comique plutôt qu’un véritbale acteur, mais il très bon en fait.

Était-ce aussi agréable avec le reste de la distribution, tout de même impressionnante?

JL – Ils étaient tous formidables. J’avais une distribution de rêve… Andy Serkis est arrivé plus tard. Il a dû remplacé David Tenant. Au début, je dois admettre que nous n’arrivions pas à trouver le bon angle pour son personnage. Vous vous souviendrez d’Andy pour Gollum et je crois que le personnage le plus sympathique qu’il a joué est King Kong. Il est habitué aux rôles de vilains, et même s’il incarne un personnage douteux et immoral dans mon film, je ne voulais pas qu’il soit sinistre. Dès qu’il a trouvé le ton juste, il a été absolument renversant!

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Au début du film on peut lire : «Ceci est une véritable histoire… à l’exception de ce qui est faux». Quelle est la part de vrai et de faux?

JL – Une majorité des éléments du film sont véridiques, mais nous avons parfois joué avec certains faits historiques dans le temps. Par exemple, l’histoire du photographe Nicephore est véritable. Cependant, cette anecdote s’est déroulée 10 ans plus tard historiquement. D’ailleurs, les photos de cadavres que vous voyez dans le film sont originales. Nous avons seulement remplacé les visages par ceux des acteurs. En revanche, le personnage incarnée par l’actrice Isla Fisher, par exemple, est purement fictif.

Burke & Hare est votre premier film de fiction en 12 ans. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps?

JL – Suite au tournage de Blues Brothers 2000, j’étais vraiment en furie! Le studio a tout foutu en l’air! Je n’avais jamais vécu pareille situation auparavant. L’industrie cinématographique a beaucoup changé… J’en ai donc profité pour travailler sur des documentaires, j’ai tourné pour la télévision et j’ai écrit des livres. D’ailleurs mon bouquin intitulé Monsters In The Movies paraîtra cet automne et je suis ravi du résultat. Comme le titre l’indique, il traite des monstres au cinéma. Il comprend de magnifiques images provenant de centaines de films. On y retrouve également des conversations que j’ai eu avec des amis tels John Carpenter, David Cronenberg, Sam Raimi, Christopher Lee et j’en passe! Et c’est fascinant!
 

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Puisque nous abordons le sujet des monstres, parlons de An American Werewolf In London. Cette année marque le 30e anniversaire de sa sortie. Quels sont les souvenirs que vous gardez de ce tournage?

JL – C’était glacial! Il faisait vraiment très froid. En même temps, ce film a probablement été l’un des plus facile à réaliser. L’entente avec le studio faisait en sorte qu’on acceptait de nous remettre une somme d’argent une fois le film complété. Cette entente me permettait d’emprunter à la banque pour financer mon film. Et cette procédure me donnait une liberté totale. Ce fut donc un réel plaisir de réaliser ce long-métrage.

En faisant le bilan de votre carrière jusqu’à présent, quel est le long-métrage dont vous êtes le plus fier?

JL – Je ne peux pas répondre à cette question. Je ne veux pas répondre. C’est comme si vous me demandiez de préférer un de mes enfants aux autres. C’est impossible…

Ce que je voulais plutôt savoir était s’il y avait un de vos films qui se rapprochait le plus de ce que vous imaginiez au départ ou de votre personnalité?

JL – Il y a des choses qui me plaisent et d’autres moins dans chacun des mes films. Il faut aussi savoir que c’est toujours difficile de faire la part entre le contexte dans lequel le film a été créé et le résultat final. Enfin, celui que me fait beaucoup rigoler est Three Amigos! Je viens de compléter la restauration pour la version Blu-ray qui paraîtra sous peu et c’est magnifique. Il y a du matériel supplémentaire vraiment amusant! Ce film est bourré d’idioties et j’adore ce genre d’humour.

Quels sont vos projets à venir?

JL – Je retourne à Londres pour le tournage d’un nouveau film. Pour la première fois je délaisse le cinéma de genre. Il s’agit d’une adaptation d’une pièce de théâtre intitulée The Rivals, écrite au 18e siècle par Richard Brinsley Sheridan. Le film mettra en vedette Imelda Staunton, Albert Finney et Joseph Fiennes. J’ai très hâte de me lancer dans ce projet!

(Source des photos: Caroline Cloutier)