Fantasia: Entrevue avec Joseph Kahn et Mark Palermo pour Detention

Il y a une dizaine d’années, Joseph Kahn visitait Montréal pour la toute première fois alors qu’il faisait du repérage pour le film The Crow 4, qu’il n’a finalement jamais tourné. La raison de sa seconde visite chez nous est beaucoup plus heureuse, puisqu’il venait présenter son long-métrage intitulé Detention à Fantasia! Il était accompagné de son co-scénariste Mark Palermo.

Joseph Kahn, vous avez obtenu une solide réputation à titre de réalisateur de vidéoclips et vous avez travaillé avec plusieurs artistes dont U2, Muse et Eminem. Est-ce que votre contribution dans le milieu de la musique était une étape à franchir avant de vous lancer dans le cinéma, ou vous êtes de ceux qui aiment toucher à tout au niveau de la réalisation?

Jospeh Kahn – Je te dirais que c’est une combinaison de deux éléments. D’abord, il faut savoir que j’ai toujours été fasciné par la musique et la culture populaire. En fait, ce sont les clips qui m’ont fait découvrir le rock. Deuxièmement, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire des films. Mais comment parvenir à faire sensation à Hollywood lorsque tu es un petit asiatique vivant au Texas, quand ton père est facteur et ta mère une serveuse? Faire des films coûte cher. Cependant, avec une centaine de dollars, je pouvais réaliser mon premier vidéoclip. C’est de cette façon que tout a commencé. Autrement dit, j’adore faire des vidéoclips, mais c’était aussi pour moi le seul moyen d’accéder à Hollywood.

D’après ce qu’on peut observer dans la bande-annonce, Detention semble tirer dans tous les sens. On y retrouve de la comédie, de l’horreur, de la science-fiction. De quelle façon décririez-vous votre film?

Joseph Kahn et Mark Palermo 2

Mark Palermo – Il y a vraiment de tout! À la base, lorsque nous avons commencer à l’écrire, on se concentrait sur une comédie pour adolescents. De fil en aiguille d’autres genres s’y greffaient. Je décris très souvent le film comme étant «tous les films que vous avez déjà vu et le film que vous n’avez jamais vu». Par cela j’entends que Detention découle de plusieurs de nos influences tout en ayant sa propre identité.

On parle justement de votre film comme d’une rencontre entre The Breakfast Club et Scream. Donnie Darko a même été cité à quelques reprises, puisque vous y faites un clin d’oeil en amenant le concept du voyage dans le temps…

JK – John Hughes est une influence importante, mais tu sais, je crois qu’il ne faille pas trop prendre ces références pour acquises. Les choses se révèlent au fur et à mesure dans le film. C’est quand même amusant que tu soulignes ceci… Au tout départ, nous voulions faire un film d’horreur. Mais dès que nous avons commencer à réfléchir sur ce que nous désirions y inclure, nous savions que le ton serait principalement humoristique. Je me souviens d’une journée où j’étais sous la douche… Pas avec Mark, je précise! Soudain, j’avais envie de faire un film pour ados en avec un tas de références. Cela s’est déjà manifesté sous la forme de la parodie. Je pense par exemple à Scary Movie ou Dance Flick. Notre but était de parvenir à raconter notre histoire dans une formule similaire, mais avec un peu plus sérieux, dans un récit qui se tient.

MP – Pour ma part, j’avais surtout envie d’écrire un film où l’on ne devine pas, arrivé à la moitié de celui-ci, comment le truc va se terminer. Nous voulions que ce soit dynamique et surprenant et ce, tout au long du récit.

Le look de votre tueur en série est assez intéressant. Comment en êtes vous arrivé à ce résultat et qu’elle est la place de ce personnage dans votre film?

Joseph Kahn

JK – Initialement nous voulions jouer avec une image clichée d’un tueur en série, au même titre que Scream joue sur ce concept. Nous voulions donc que le personnage de Cinderhella soit construit sur un concept ridicule de la culture populaire. Prenons par exemple Paris Hilton. J’ai du mal à comprendre comment cette fille est devenue une célébrité en ne faisant pratiquement rien - sauf peut-être des films amateurs illicites - et avoir des millions de fans! Nous aurions pu prendre un masque à son effigie, mais le gag était trop facile. Nous avons poussé plus loin l’idée en jouant sur cette obsession de l’apparence qu’on retrouve chez des filles comme Hilton. Alors on peut en conclure que le look de la tueuse est le résultat d’une série de chirurgies plastiques ratées. C’est pourquoi cette reine de bal a des bandages au visage.

Avant de terminer, vous faisiez allusion aux multiples références qu’on retrouve dans Detention, vous aimeriez ajouter quelque chose là-dessus?

JK – Detention est un peu à l’image des discussions que Mark et moi avions au sujet d’éléments dans le film, apportant d’autres idées nous permettant ainsi d’ajouter des scènes allant encore plus loin dans la référence. Par exemple, certains concepts du «film dans le film» (Cinderhella) débordent jusque dans l’univers où évoluent les personnages, devenant même une thématique autour de notre héroïne. Mais pour saisir tous les niveaux de références, je crois qu’il faut voir le film encore et encore!