Fantasia : Entrevue avec l'équipe d'Alter Ego

Qualifié par certains de croisement entre l’univers des bandes dessinées Marvel et le ton névrosé d’une comédie de Woody Allen, Alter Egos s'éloigne des conventions habituelles du genre (lire la critique de ma collègue Gabrielle Scott ici). C'est en compagnie du scénariste et réalisateur Jordan Galland, ainsi que des comédiens Joey Kern, Kris Lemche, Danny Masterson et Brooke Nevin que Ztélé a discuté du film, et de la culture du super héros en général.

Alter Egos

Seulement dans les dernières semaines, nous avons eu droit au film The Avengers, à un reboot de Spider-man et au troisième chapitre du Chevalier Noir, pourtant, vous présentez un tout autre type de héros dans Alter Egos. Que pouvez-vous nous dire sur le film?
 
Jordan Galland : C’est une alternative à toutes ces grosses productions hollywoodiennes. Ça se déroule un peu en marge des grandes aventures et des explosions…
 
Joey Kern : Tout le monde se fait une image de ce qu’est un super héros. Dans ce film, c’est comme si on imaginait que ces personnes font un travail vraiment dur, et qu’elles ont des difficultés au quotidien…
 
Brooke Nevin : … et doivent demander des bourses auprès du gouvernement...
 
Alter Egos
 
D’où vous est venue cette idée d’un monde où les super héros sont rejetés par la société?
 
Jordan Galland : C’est un peu comme l’effondrement du rêve. Ça se passe après l’heure de gloire des super héros. En plus, ces personnages sont dans les ligues mineures, il y a des gens au-dessus d’eux, comme Batman et Superman. J’ai grandi en lisant des bandes dessinées, j’adorais les X-Men. Je sentais qu’il y avait beaucoup, peut-être pas beaucoup, mais quelques films, comme Kick-Ass, qui présentaient des versions alternatives, explorant l’idée d’une personne normale qui décide de devenir un super héros. Et je voulais prendre une approche différente de ce qui se faisait, en disant « Et si les super héros existaient vraiment et qu’ils avaient de véritables problèmes? ».
 
Kris Lemche : C’est drôle, il y a une tendance avec les films de super héros présentement, où on fait un effort pour les rendre plus réalistes, et les gens sont surpris et incrédules quand ils découvrent qu’une personne a des super pouvoirs, du genre : « Wow, Batman est un homme ordinaire, mais il peut faire un tas de choses extraordinaires ». Tout le monde trouve ça étrange, mais dans ce film, c’est tellement habituel, il y a tellement d'individus qui possèdent des super pouvoirs, que c’est devenu banal.
 
Joey Kern : Oui, exactement (rires). Et les gens sont même un peu blasés.
 
Kris Lemche : Il n’y a vraiment plus rien de spécial là-dedans. Si une personne fait jaillir de la glace de ses mains, la réaction est « Et bien, tant mieux pour toi »… « Tu peux mettre le feu aux objets par la pensée? Moi je travaille chez Starbucks »…
 
Alter Egos
 
Êtes-vous de grands amateurs de bande dessinée?
 
Jordan Galland : J’en étais un… J’ai arrêté de lire des bandes dessinées quand j’ai eu trente ans…
 
Kris Lemche : Il a 29 ans (rire général)…
 
Jordan Galland : J’ai encore une grosse collection de BD… 
 
Une bonne partie du film rit des conventions des bandes dessinées…
 
Jordan Galland : Mon approche a définitivement commencée avec les costumes. Prenons Batman justement. Dans ce genre de grosses productions avec des super héros « réalistes », ils imaginent que si Batman existait, il utiliserait du matériel militaire, avec un costume pare-balles à la fine pointe de la technologie, mais je voulais sortir les costumes directement de la case de BD et donner des habits colorés en spandex à mes héros, avant même de les camper dans la réalité.
 
Alter Egos
 
Pourquoi pensez-vous que la figure du super héros est devenue si importante dans notre culture?
 
Brooke Nevin : Quand on est confrontés à certaines questions sociopolitiques, quand la planète a l’impression qu’elle va imploser, avec les crises financières et toute l’agitation mondiale, je pense que les gens sentent le besoin de se tourner vers ces personnages plus grands que nature.
 
Joey Kern : Quand Obama s’est présenté aux élections présidentielles la première fois, plusieurs images le montraient en Superman. Je supportais la candidature d’Obama, mais j’ai pensé que c’était injuste de le présenter comme un super héros, je me suis dit qu’il ne serait jamais à la hauteur. Mais tout le monde voulait un sauveur. Et il y a aussi la recette cinématographique, avec Hollywood qui cherche à utiliser les effets par ordinateur le plus possible, pour le spectacle…
 
Alter Egos
 
Ce qui n’est pas vraiment la voie que vous avez empruntée?
 
Joey Kern : Le budget a été défoncé simplement pour rendre Danny invisible!
 
Danny Masterson  : C’est vrai (rire général).
 
Kris Lemche : Durant toutes ses scènes, Danny était nu (rire général).
 
Qu’est-ce qui a vous a convaincu de participer au film? Les costumes? Les super pouvoirs? On voit rarement des super héros avec des personnalités aussi humaines, ça doit être un bon défi pour un comédien?
 
Joey Kern : C’est certain. On a eu la chance de combattre le stéréotype du super héros, ce que j'ai bien apprécié. Les collants aussi (rires). Ça nous a permis d'être dramatiques, au lieu de simplement jouer un personnage unidimensionnel, comme certains super héros peuvent l’être…
 
Kris Lemche : Attendez une minute… On n’était PAS censé jouer un personnage unidimensionnel (rire général)? Est-ce que je peux refaire mes scènes?  
 
Alter Egos
 
Quel a été le moment le plus drôle du tournage?
 
Kris Lemche : Je pense que les scènes les plus drôles étaient aussi les plus obscènes, elles ont probablement été retirées du montage (rires)…
 
Joey Kern : On a beaucoup ri entre les prises.
 
Brooke Nevin : J’ai beaucoup ri en les regardant jouer en collants…
 
Alter Egos
 
Kris Lemche : Les moments les plus drôles pour moi étaient des scènes qui ne m'avaient pas semblé comiques ou désopilantes en lisant le texte, simplement de vrais moments entre deux personnages, et étrangement, c'est là que les choses les plus loufoques se sont produites. Plusieurs scènes que j'ai tournées avec Brooke étaient mielleuses et attachantes dans le scénario, et devaient servir à avancer l'intrigue romantique, mais dès qu'on les jouait, ça devenait fou. C'est la chose la plus étrange en ce qui me concerne, comment certaines scènes comiques ont pris un aspect dramatique, et comment les trucs plus chargés émotivement sont devenus les moments les plus hilarants.
 
(Assentiment général)
 
Monsieur Galland, vous êtes l'auteur de plusieurs trames sonores, mais pour celle d'Alter Egos, vous avez collaboré avec Sean Lennon. De quelle façon l'avez-vous recruté?
 
Jordan Galland : Nous nous connaissons depuis très longtemps, nous avons joué ensemble dans des groupes de musique. Il a fait la trame sonore de mon premier film, Joey et Kris jouaient aussi dedans. Je lui ai donné le scénario, et lui ai demandé s'il avait le temps de participer. La musique représente une part importante de n'importe quel long-métrage, mais c'est encore plus vrai dans un film de genre, surtout quand on tente de détourner un peu les conventions. Il fallait aussi que la musique donne une dimension de super héros au film. La musique était donc importante, et Sean et moi avons pioché là-dessus une fois que le montage a été terminé.
 
Alter Egos
 
Dernièrement, pensez-vous que nous verrons un jour un Alter Egos 2? Si Ghost Rider peut avoir une suite, pourquoi pas Fridge et C-Thru?
 
Jordan Galland : On travaille là-dessus.
 
Joey Kern : On en a parlé, n'est-ce pas?
 
Vraiment?
 
Joey Kern : Oui, mais je pense qu'on déconnait…
 
Kris Lemche : Je pense que c'était hier soir, et qu'on était saouls! (rire général)