Fantasia : Entrevue avec l'équipe de Sushi Girl

 

C’est ce soir dans le cadre du Festival Fantasia qu’aura lieu la première mondiale de Sushi Girl, un film aux accents d’exploitation qui réunit un nombre impressionnant de comédiens cultes dans un huis clos mémorable (lire la critique de mon collègue Alexandre Duguay ici). De passage à Montréal, une bonne partie de l’équipe a généreusement répondu aux questions de Ztélé, dont le producteur Neal Allen Fischer, l’auteur Destin Pfaff, le réalisateur et co-auteur Kern Saxton, ainsi que les comédiens Noah Hathaway, Mark Hamill, Andy Mackenzie et Tony Todd. Voici le compte-rendu de cette rencontre remplie d’humour.
 
Sushi Girl - Entrevue
 
Vous avez réalisé des courts-métrages auparavant, mais Sushi Girl est votre premier long-métrage. Comment avez-vous réussi à réunir tous ces comédiens cultes?
 
Kern Saxton : Ça a eu comme un effet boule de neige. On a commencé avec un petit budget, et Neal, un de nos producteurs, a lu le scénario, et il a dit qu’il fallait en faire un vrai film, pas une expérimentation de quinze mille dollars tournée durant les fins de semaine…
 
Andy Mackenzie : Je l’aurais fait de toute façon…
 
Sushi Girl - Andy Mackenzie et Kern Saxton
 
Kern Saxton : Je sais (rires). C’est ce que nous avions prévu, mais le budget ne cessait d’augmenter. Andy est la première personne qu’on a engagée, puisqu’on avait déjà travaillé ensemble sur un court-métrage (Andy applaudit). Ensuite on a recruté Jimmy (James Duval), puis on est passé à Tony. On a eu la réponse de ses représentants immédiatement : le budget n’était pas assez gros, il ne pouvait pas le faire… 
 
Tony Todd : Vraiment?
 
Kern Saxton : Oui (rire général). Et puis une semaine plus tard, on a reçu un appel de notre directeur de casting, disant « Tony Todd a lu le scénario, il l’adore, il accepte de le faire ». Pas « Il veut négocier avec toi, il veut te rencontrer et discuter pour que tu le convainques ». Et ça a apporté beaucoup de confiance au projet.
 
Tony Todd : Oui, mais tu oublies de mentionner que je voulais jouer Crow... (rire général)
 
En tant qu’acteurs, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire partie de ce film?
 
Tony Todd : Parce qu’en lisant le scénario, on aime tous les personnages. C’est un signe qu’il y a de la magie. Tu te dis, oui, j’ai du bon matériel, mais j’aime ce que les autres ont également…
 
Noah Hathaway : Oui, on aurait presque voulu jouer tous les rôles…
 
Sushi Girl - Noah Hathaway
 
Tony Todd : Je pense qu’il y a eu un moment où on se connaissait bien les uns les autres… On ne savait pas ce que les autres feraient, ni les décisions qu’ils allaient prendre, mais on connaissait le cœur et l’âme de leurs personnages.
 
Noah Hathaway : Et on savait comment appuyer sur leurs boutons… Après, tu trouves définitivement quelque chose à aimer dans chaque personnage, et pas seulement le tien, mais tous les autres aussi, ce qui est fantastique.
 
Tony Todd : Nous n’étions pas chacun dans nos loges mobiles, et « appelle-moi quand ce sera mon tour », et « je me fous bien de ton gros-plan » … Nous étions tous ensemble…
 
On a déjà vu des histoires de vengeance entre criminels, mais ce film est particulier. Qu’est-ce qui rend Sushi Girl si différent? Est-ce l’esthétique d’influence japonaise?
 
Kern Saxton : Je pense que c’est plusieurs choses différentes… C’est difficile d’en discuter sans vendre de mèche, mais…
 
Destin Pfaff : La moitié de la décoration vient de mon appartement (rires)…
 
Sushi Girl - Destin Pfaff
 
Kern Saxton : Oui… Mais au-delà de la facture visuelle, pour moi, les personnages semblent uniques et vivants à leur manière. Et ça a beaucoup à voir avec les performances que les acteurs ont livrées. Vraiment, ça aurait pu tomber d’un côté comme de l’autre. C’est une chose d’avoir un bon scénario, mais on ne comprend pas à quel point c’est compliqué de donner vie à tout ça tant qu’on ne l’a pas essayé. Je suis vraiment béni d’avoir eu ces acteurs pour supporter ce qu’on a écrit.
 
Tony Todd : Peu importe ce qui arrivera au film - j’ai des pouvoirs psychiques donc je le sais déjà - je vous garantis qu’il deviendra un plaisir coupable parmi les gens qui regardent le câble tard la nuit, si ça existe encore… 
 
Kern Saxton : En tant que réalisateur, dès que tu produis quelque chose, tu le regardes et tu ne vois que les problèmes, mais je n’ai pas ressenti ça avec ce film. J’ai probablement vu ce film davantage que n’importe quelle autre de mes productions, je l’ai visionné des centaines de fois, et je ne me suis pas écœuré. En fait, je l’apprécie encore quand je le regarde, et ça passe de plus en plus rapidement à chaque fois…
 
Sushi Girl - Kern Saxton
 
Destin Pfaff : C’est ce que je vais dire sur la piste de commentaires du DVD; C’est déjà terminé? Wow, ça a passé vite, c’était vraiment bon! Je ne regarde jamais aucune de mes productions, mais j’ai regardé celle-ci, et quel plaisir! C’est un merveilleux tour de montagne russe!
 
Andy Mackenzie : C’est un tour. Un bon tour.
 
Vous semblez être des personnes saines et équilibrées. Comment vous préparez-vous à jouer des personnages aussi violents et sadiques, qui paraissent aussi éloignés de vos personnalités?
 
Destin Pfaff : Tu trouves qu’on a l’air de gens équilibrés? (rire général)
 
En comparaison au film, oui…
 
Tony Todd : J’ai beaucoup étudié les sociopathes et leurs pathologies, mais je pense que chaque comédien possède sa façon de travailler. C’est une question de trouver le cœur et la vérité du personnage…
 
Sushi Girl - Tony Todd
 
Noah Hathaway : Je dirais aussi ses motivations personnelles.
 
Mark Hamill : On peut aussi s’identifier aux aspects du personnage qui ne sont pas nécessairement meurtriers… On peut s’identifier à son sens de l’humour, ou à son point de vue particulier. Tu sais, je n’ai pas vraiment apprécié le scénario jusqu’à ce que je le lise dans la peau du personnage plutôt que celle de Mark. Je l’ai essayé en Crow, comme si Crow lisait la version romancée d’événements dans lesquels il était impliqué, pour donner son approbation ou sa désapprobation. J’ai trouvé que ça changeait complètement le sens du matériel pour moi, parce que la première fois que je l’ai lu, je me suis dit wow, c’est vraiment extrême, un peu de mauvais goût, et ça ne ressemble certainement pas à My Little Pony
 
Sushi Girl - Mark Hamill
 
Noah Hathaway : Peu importe le côté maléfique ou diabolique, tu dois trouver quelque chose à aimer dans ton personnage, ou les gens ne s’identifieront pas du tout à lui. Je me fous que tu joues Hannibal Lecter ou pas, il faut trouver quelque chose que tu aimes à l’intérieur de ce personnage, ou que les gens aiment. Point.
 
Andy Mackenzie : Quand tu joues un méchant, le personnage ne se dit pas qu’il est en train de faire de mauvaises choses. C’est davantage une question du but qu’il cherche à atteindre que de se dire « Je suis un vilain ». 
 
Noah Hathaway : Les méchants ne se considèrent pas comme des méchants la plupart du temps.
 
Était-ce difficile de ne pas prêter attention à la fille couverte de sushis au milieu de l’action durant tout le film?
 
Mark Hamill : Qui a dit que nous ne lui avons pas prêté attention? (rire général)
 
Noah Hathaway : C’était probablement plus difficile pour moi, parce que j’étais à ses pieds durant tout le tournage… (rire général)
 
Sushi Girl - Mark Hamill
 
Mark Hamill : Ce n’était pas ses répliques, mais je l’aimais bien quand elle s’installait avant qu’ils placent stratégiquement les morceaux sur elle. Et ce n’était pas uniquement du vrai sushi. Après avoir pris une pleine bouchée d’un morceau en plastique, j’ai dit, c’est terminé, je n’en mange plus, et je pense que je suis la seule personne qui n’en mange pas à la caméra. Je sais qu’Andy en mange…
 
Andy Mackenzie : Je joue avec les baguettes.
 
Noah Hathaway : Je n’aime pas le sushi et j’en ai mangé pour le film. Pour moi, oui, elle était là, mais on s’habitue. On est tellement concentré sur nos rôles qu’on ne prête pas vraiment attention à la fille nue, la plupart du temps.
 
Mark Hamill : Mais la fille avait une discipline remarquable. D’être étendue comme ça, je veux dire, c’est terrible, être complètement immobile…
 
Noah Hathaway : Exactement comme mon ex-copine… (rires)
 
Certaines scènes sont dures à regarder. Quelle a été la chose la plus difficile à tourner?
 
Kern Saxton : L’accident de voiture, parce qu’on avait droit à une seule prise, avec un seul conducteur et une seule voiture.
 
Sushi Girl - Andy Mackenzie et Kern Saxton
 
Noah Hathaway : Les cris n’étaient pas faciles…
 
Kern Saxton : Oui, je sais que crier était parfois difficile pour toi…  Je pense que la scène où il se fait frapper avec une chaussette remplie de monnaie était un peu compliquée, ne serait-ce que pour bloquer au bon moment…
 
Tony Todd : Un jour, j’ai su qu’on l’avait touché, quand j’ai vu Noah étendu sur le dos dans sa chaise entre deux prises…
 
Noah Hathaway : Et ils m’ont laissé là!
 
Tony Todd : Je suis allé le voir et je lui ai demandé « Est-ce que tu as besoin de quoi que ce soit Noah, veux-tu que je te rapporte quelque chose de la cantine? »
 
Noah Hathaway : Et tout le monde est parti en me laissant attaché à la chaise sur le plancher!
 
Tony Todd : Et il m’a répondu « Non, fils de pute! », et j’ai dit « Ok, je m’en vais alors »…
 
Noah Hathaway : Et puis, le plateau au grand complet est parti, me laissant attaché sur la chaise au plancher… Après quelques secondes, ils sont tous revenus (rire général).
 
Sushi Girl - Noah Hathaway
 
Monsieur Hamill, vous avez cessé de prêter votre voix à celle du Joker après 19 années de service, mais vous avez déclaré être prêt à reprendre le rôle une dernière fois pour une version animée de Batman : The Killing Joke. Il y a même une pétition sur Facebook pour appuyer le projet, avec déjà plus de 7000 signatures. Avez-vous des nouvelles concrètes là-dessus?
 
Mark Hamill : Je ne sais pas… Ma fille m’a dit qu’il se passait quelque chose sur Facebook, mais ce que je trouve intéressant, c’est à quel point les fans sont passionnés et ne veulent pas laisser tomber… J’ai toujours pensé comme George Costanza tu sais, partir au sommet de sa gloire, et je considérais que Batman Arkham City était un bon adieu pour le rôle, mais on ne sait jamais... Quand on se fait tuer dans une bande dessinée, on ne meurt jamais pour toujours.
 
Sushi Girl - Tony Todd
 
Monsieur Todd, est-ce que les fans auront un jour une version Blu-ray de Candyman, et verrons-nous un quatrième chapitre de la série? Seriez-vous prêt à reprendre le rôle?
 
Tony Todd : Je ne sais pas… Oui, il y aura une édition Blu-ray. Je suis prêt à jouer n’importe quel rôle qui m’offre deux choses : la chance d’être le comédien qu’on voit le plus dans le film, et une paye (rire général).
 
Noah Hathaway : Nous sommes tous des putes dans le fond… On fait ça seulement pour le chèque de paye! (rire général)