Fantasia : Entrevue avec le réalisateur Yim Pil-Sung

Magnifique, spirituel, rafraîchissant, voilà autant de qualificatifs qui sont utilisés pour décrire le film d'anthologie Doomsday Book, une production coréenne qui présente trois histoires différentes tournant autour de l'extinction de la race humaine (lire la critique de mon collègue Alexandre Duguay ici). C'est par le biais d'une interprète que Ztélé a franchi la barrière linguistique pour s'entretenir avec Yim Pil-Sung, le réalisateur derrière deux des segments du long-métrage, afin d'en apprendre davantage sur cette œuvre singulière et inspirée.

Comment deux réalisateurs accomplis comme Kim Jee-Woon et vous avez décidé d'unir vos forces pour Doomsday Book?
 
Yim Pil-Sung : Ça fait plus de dix ans qu'on se connaît lui et moi. On s'est rencontré par le biais de notre maison de production. On a commencé par discuter du projet de réaliser un film de genre ensemble. Au départ, on voulait raconter une histoire intéressante avec des robots, parce que le sujet n'a pas vraiment été exploité dans le cinéma coréen. C'est au fil de ces discussions qu'est né Doomsday Book.
 
Yim Pil-Sung
 
Comment avez-vous choisi ces trois récits, qui explorent chacun à leur manière la fin de l'humanité?
 
Yim Pil-Sung : On ne s'est pas vraiment consulté pour les deux premiers segments du film. Chacun a réalisé le sien en suivant le thème qu'on s'était fixé, soit la fin de la planète et de l'humanité, mais on n'a pas convenu que ce serait à cause des zombies, ou d'une quelconque raison spécifique. Le dernier segment du film a été tourné plusieurs années après les deux autres, et durant ce temps, j'ai un peu changé d'idée... Je me suis dit qu'il fallait terminer le film sur une note positive, histoire de donner une lueur d'espoir au spectateur. On a beaucoup échangé là-dessus tous les deux, et c'est pourquoi j'ai choisi de parler davantage de la famille et des relations humaines dans l'épilogue. 
 
Yim Pil-Sung
 
Les deux segments que vous avez réalisés sont remplis d'humour. Était-il important pour vous de balancer la noirceur du sujet par une dose d'humour?
 
Yim Pil-Sung : Mes films précédents traitaient aussi de thèmes lourds et sombres, avec une touche grotesque. Au quotidien, avec mes amis, je suis une personne assez comique, et j'avais envie d'injecter davantage d'humour dans Doomsday Book. Il y en a beaucoup plus que dans mes productions précédentes, ce qui peut aussi aider à rejoindre un public plus large. Je pense que j'ai quand même atteint le juste équilibre. J'ai apprécié donner ce côté comique au film, même si ça a modifié un peu le style finalement.
 
Yim Pil-Sung
 
Quels sont les défis de raconter une histoire en 40 minutes plutôt que de faire un long-métrage d'une durée plus conventionnelle?
 
Yim Pil-Sung : J'ai fait plusieurs courts-métrages avant de réaliser mon premier long-métrage, je continue d'en faire à l'occasion, mais la réalisation d'un court-métrage est bien différente, et c'est  encore plus vrai dans le cas de ce film. J'aurais probablement pu prolonger le premier segment pour en tirer un long-métrage, mais dans le cas du troisième épisode, je n'ai jamais imaginé que ça puisse être autre chose qu'un court-métrage. La durée ne me cause aucun problème, puisque je parviens à m'amuser autant dans un format plus court.
 
Yim Pil-Sung
 
Il y a une véritable épidémie de films de zombies en Amérique du Nord, mais votre approche est différente de ce qui se fait ici. À quoi l'attribuez-vous?
 
Yim Pil-Sung : Je sais que mon concept est assez différent, principalement parce que je me suis inspiré de la réalité. Quand je regarde la société coréenne par exemple, les gens se défoncent dès qu'arrive la fin de semaine et se transforment alors en un genre de zombie. Les jeunes hommes qui sont complètement obsédés par les jeux vidéos, c'est aussi une espèce de morts-vivants. C'est ce type de zombie que je voulais mettre de l'avant dans le film, et c'est vrai que c'est un traitement qui n'est pas souvent utilisé en Amérique. Pour moi, les morts-vivants ne se propagent pas par un virus spectaculaire ou une épidémie, mais par le quotidien, par quelque chose de plus petit. C'était mon idée de départ.
 
Yim Pil-Sung
 
Vous avez évoqué les problèmes de financement du film. Est-il plus difficile d'obtenir des fonds pour une œuvre moins conventionnelle, avec deux réalisateurs et trois histoires, par exemple?
 
Yim Pil-Sung : La situation a bien changée entre le moment où on a commencé le projet il y a six ans et aujourd'hui. Les investisseurs avaient beaucoup d'ambitions pour le cinéma de genre coréen, qui était relativement nouveau à l'époque, mais ce temps est révolu, et les producteurs sont plus réticents maintenant. Il a coûté plus cher de produire le dernier segment de Doomsday Book que le budget des deux premiers épisodes combiné, donc, c'était difficile de trouver l'argent pour boucler le long-métrage. Je ne crois pas qu'on verra beaucoup ce genre de projet dans les prochaines années, puisque le film a été apprécié à l'extérieur du pays, mais un peu moins en Corée. Et c'est dommage.
 
Le film n'a pas été bien reçu dans votre pays?
 
Yim Pil-Sung : Il n'a pas eu une mauvaise réception, mais je pense que les producteurs s'attendaient à recueillir davantage d'audience... Les fréquentations en salle sont restées somme toute assez moyennes quand il a été lancé en début d'année...
 
Yim Pil-Sung
 
Pouvez-vous nous dire quelque chose sur vos projets futurs? 
 
Yim Pil-Sung : Mon prochain film s'intitule Weekend Prince, et ce sera une comédie noire mettant en vedette des Coréens moyens dans la trentaine qui partent en vacances pour assister à un mariage, et qui rêvent de se taper toutes les demoiselles d'honneur, mais les choses dérapent rapidement... C'est mon style d'histoire, avec plusieurs situations improbables. Ce sera une comédie réaliste, avec davantage d'accent mis sur le grand public (rires).