Fantasia : Entrevue avec Tobe Hooper l'homme derrière The Texas Chain Saw Massacre et Poltergeist

par Patrick Robert le 5 août 2014

Véritable maître de l’horreur, Tobe Hooper a signé des dizaines de films, dont Salem’s Lot, Poltergeist, The Mangler, Lifeforce, et bien sûr, The Texas Chain Saw Massacre. Profitant de son passage au Festival Fantasia où il recevait un prix soulignant l’ensemble de sa carrière, Ztélé a discuté avec le réalisateur.

Vous avez touché un peu à la science-fiction et à l’humour, mais vous avez surtout réalisé des films d’horreur durant votre prolifique carrière. D’où vous vient cette passion pour l’horreur?

Tobe Hooper : J’ai toujours été un grand fan des films d’horreur, en particulier ceux des studios Hammer. The Thing From Another World m’a fichu la frousse quand j’étais enfant, ainsi que Frankenstein et Dracula, même si les vieux Dracula avec Bela Lugosi étaient un peu lents à mon goût, et trop relax. C’est difficile de répondre à cette question… Je pense que c’est dû, en partie, au fait que j’ai grandi dans une très grande famille du Texas, et qu’un membre de ma famille mourrait pratiquement chaque semaine. On passait notre temps au cimetière, et à des funérailles. Je trouvais bizarres ces cérémonies morbides où les gens pleurent et s’empiffrent en même temps, et c’est de cette façon que j’ai appris dès mon plus jeune âge qu’on allait tous crever un jour ou l’autre, ce qui m’a plutôt déçu (rires). C’est sans doute ma façon d’apprendre à composer avec la mort. 

The Texas Chain Saw MassacreSelon vous, qu’est-ce qui fait que Texas Chain Saw Massacre a autant marqué la culture populaire?

Tobe Hooper : J’ai beaucoup étudié le genre avant de le réaliser. J’ai analysé à fond la formule, les éléments nécessaires, le ton à emprunter pour susciter la peur, et j’ai probablement visionné tous les films d’horreur jamais produits à cette époque, du moins, tous les films d’horreur américains. Les deux salles de projection à mon campus m’ont permis de découvrir le cinéma européen aussi, les Truffaut, les Fellini. J’ai probablement regardé un film par jour à partir de ma naissance, puisque mon père était maniaque de cinéma. C’est une très longue façon d’expliquer que je savais qu’un long-métrage comme Texas Chain Saw Massacre n’avait pas encore été fait, que cette approche n’avait jamais été utilisée. Dans le temps, plusieurs films d’horreur frôlaient la plaisanterie, d’autres étaient carrément mauvais. Je ne voyais pas pourquoi un film d’épouvante ne pourrait pas posséder aussi une complexité émotive et une atmosphère digne d’un vrai film.

Vous aviez travaillé dans le domaine du documentaire avant de tourner Texas Chain Saw Massacre. Est-ce que cette expérience vous a aidé à donner un ton plus réaliste au film? Était-ce votre intention?

Tobe Hooper : Oui. C’était mon intention dès le départ. Mon expérience dans le documentaire m’a effectivement été très utile. J’ai travaillé comme caméraman sur un tas de films éducatifs, des trucs pour la télévision. Parfois, je devais filmer dans une classe d’école; je cachais alors la caméra en ne laissant sortir que la lentille sous mon bras, afin de capter la vraie réalité. Parce que, dès que les gens sont conscients qu’une caméra est posée sur eux, ils agissent moins naturellement. Je ne sais pas si vous vous souvenez de l’émission Candid Camera? C’est seulement dans ce genre de production de caméra cachée qu’on arrive réellement à capturer la vraie vie.

The Texas Chain Saw Massacre

Est-ce la raison pour laquelle vous avez gardé Leatherface caché des autres acteurs avant qu’ils ne tournent leurs scènes avec lui?

Tobe Hooper : Tout à fait. D’abord, je voulais que Leatherface soit dégoûtant. J’ai demandé à Gunnar Hansen de ne pas se laver pour toute la durée du tournage. J’ai isolé Franklin (Paul A. Partain) du reste des acteurs. Je l’ai laissé cuire au soleil et transpirer (rires)… L’autostoppeur, Edwin Neal, a menacé de quitter le plateau si je ne changeais pas de traiteur, parce qu’il ne mangeait pas à sa faim… À la fin du tournage, tout le monde me détestait. Je les comprenais d’être fâchés contre moi. Après tout, je leur avais fait subir toutes sortes de petites tortures psychologiques pour attiser leur colère. Je me foutais qu’elle soit dirigée contre moi, je voulais seulement capter cette rage sur pellicule. J’ai mis tout le monde sur les nerfs, tu sais (rires).

Plusieurs de vos films sont devenus des franchises, mais vous ne vous êtes jamais engagé dans les suites. Qu’est-ce qui vous a décidé à revisiter Texas Chain Saw Massacre en 1986?

Tobe Hooper : Selon le contrat de plusieurs films qui me liait à Golan-Globus et à Cannon, je devais uniquement produire Texas Chainsaw Massacre 2. Pendant un certain temps, Danny Huston, surtout connu en tant qu’acteur aujourd’hui, devait le réaliser, mais il a fini par se retirer du projet, comme plusieurs autres cinéastes qui ont été approchés. Puisque je ne trouvais personne, les studios m’ont fait une nouvelle offre qu’il m’a été difficile de refuser, et j’ai accepté de réaliser la suite. Texas Chainsaw Massacre 2 est un pur produit des années ’80, alors que le climat était dominé par les excès du capitalisme aux États-Unis… J’ai voulu saisir cette occasion de créer une comédie noire, et de tourner le film le plus fou possible.

Poltergeist

Vous avez exploré la plupart des grands thèmes de l’horreur : les fantômes, les démons, les vampires, les consanguins cannibales, les extraterrestres, les machines possédées… Y-a-t‘il un thème que vous n’avez pas encore touché, et que vous aimeriez mettre en film?

Tobe Hooper : Oui, il en reste encore quelques-uns. Je travaille sur une histoire inspirée de la théorie des cordes, mais c’est vraiment tout ce que je peux dire sur ce projet pour l’instant. Je mijote quelques idées, mais d’une façon ou d’une autre, ce sera un film assez différent de ce que j’ai fait jusqu’à présent. Personne ne sera armé d’un couteau, d’une hache, ou d’une tronçonneuse (rires). J’essaie d’oublier le passé quand j’entreprends un nouveau film, afin de continuer à évoluer. J’adore le cinéma, et je cherche toujours à essayer de nouvelles choses avec ce médium, ne serait-ce que du simple point de vue cinématographique.

Selon vous, qu’est-ce qui a le plus changé dans le cinéma d’horreur depuis le début de votre carrière?

Tobe Hooper : Après Texas Chain Saw Massacre, on a eu droit à une foule de tueurs portant des masques au cinéma, puis, le slasher est apparu. Les gens sont surpris d’apprendre qu’il est arrivé seulement cinq ou six ans après la sortie de Texas Chain Saw Massacre, mais ce genre n’existait pas quand j’ai réalisé mon film. Aujourd’hui, il y a le « torture porn », qui arrache des ongles, des dents ou des yeux… C’est difficile à regarder, en tout cas, en ce qui me concerne. Je ne veux pas surtout pas donner de leçons là-dessus, mais je suis persuadé que peu de gens sont capables de supporter ce niveau de violence, et que ce genre de film exploite une autre émotion que la peur… 

Tobe HooperTout le monde a vu Texas Chain Saw Massacre ou Poltergeist. Laquelle de vos œuvres moins connues voudriez-vous que les gens visionnent de nouveau aujourd’hui?

Tobe Hooper : Oh mon Dieu! Je suis convaincu que plusieurs de mes films valent encore la peine d’être vus! J’en ai réalisé tellement, je ne sais pas lequel choisir… Je vous dirais de les voir tous (rires)!