Fantasia : Red State

Pour l’ouverture de sa 15e édition, le Festival Fantasia présentait hier soir en grande première canadienne le long-métrage Red State de Kevin Smith. Le réalisateur qui est surtout connu pour ses comédies (Clerks, Zack And Miri Make A Porno) signe ici son premier film de genre, et la transition s’effectue sans douleur, du moins pour les spectateurs.

L’histoire s’articule autour de Travis, Billy-Ray et Randy, trois adolescents ordinaires qui ont le malheur d’habiter un trou perdu et qui sont obsédés par le sexe, comme la plupart des adolescents. En fouillant les sites de rencontre sur Internet, ils entrent en contact avec une femme près de leur village qui est disposée à coucher avec eux. Les amis acceptent le rendez-vous, mais le fantasme tourne rapidement au cauchemar lorsqu’ils se retrouvent pris au piège par le Pasteur Cooper et son groupe de chrétiens, bien déterminés à faire expier la race humaine de ses péchés en commençant par les homosexuels et les fornicateurs.

Alors que l’intrigue s’amorce de façon assez classique, les rebondissements pleuvent de toutes parts et ne cessent de nous surprendre jusqu’à la fin. Plutôt que de simplement se concentrer sur le fanatisme religieux et livrer ainsi du réchauffé, Red State ratisse plus large en ajoutant à cette prémisse l’intervention musclée du bureau de l’Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives qui transforme le repère religieux en champ de bataille. Si la famille du Pasteur Cooper est manifestement calquée sur celle de la tristement célèbre Westboro Baptist Church, le portrait de la réaction gouvernementale lui évoque fortement les évènements de Waco. C’est donc l’obéissance aveugle sous toutes ses formes qui est visée par cette satire, ainsi que la Sainte Trinité américaine du Guns, God and Government.

Malgré la gravité du sujet et l’intensité de certaines scènes, l’humour est bien présent. Les dialogues sont écrits avec un sens du punch et de l’à-propos impeccable qui libère la tension accumulée lors des moments plus durs. Contrairement à la situation caricaturale dans laquelle leurs personnages sont plongés, les comédiens livrent une interprêtation toute en nuances.

Mentionnons Michael Parks, qui n’exagère jamais la dose dans sa personnification du prédicateur aux sermons haineux, et John Goodman, qui incarne avec brio un agent du gouvernement aux prises avec des scrupules grandissants. Ajoutez une réalisation nerveuse, soignée et efficace, et il devient facile de comprendre que Kevin Smith maîtrise assez le médium pour s’aventurer à l’extérieur de sa zone de confort cinématographique.

Red State n’est rien de moins qu’une montagne russe d’émotions qui suscite la peur, l’indignation, l’étonnement, le rire et la réflexion. Si vous n’avez pas eu la chance de voir ce film singulier, ne soyez pas tristes! Une tournée de projections en présence du réalisateur est confirmée pour le mois d’août à travers le pays. Vous pourrez constater par vous-mêmes que ce long-métrage méritait amplement d’inaugurer le Festival cette année.