Fantasia: The Green Inferno, pour public averti

par Patrick Robert le 1 août 2014

Avec son curieux mélange d’humour noir et de cannibalisme, The Green Inferno, le dernier Eli Roth, compte définitivement parmi les films les plus dérangeants présentés cette année au Festival Fantasia.

Dans l’espoir d’empêcher les bulldozeurs de raser une partie de la forêt amazonienne, un groupe d’étudiants américains se rend sur place et s’enchaîne aux machines. Diffusant leur coup d’éclat sur Internet, les jeunes activistes parviennent à stopper le chantier en alertant ainsi l’opinion publique. Ils n’auront toutefois pas le loisir de savourer cette victoire, puisque leur avion s’écrase sur le chemin du retour. Perdus au cœur de la jungle hostile, les survivants de l’accident seront confrontés à une tribu isolée, dont les membres pratiquent toujours les rites anciens du cannibalisme. La suite de ce voyage en enfer se laisse facilement deviner…

Même s’il compte relativement peu de longs métrages à son actif, Eli Roth a acquis une solide réputation dans le milieu de l’horreur. Ses deux volets d’Hostel ont carrément donné naissance, avec la série Saw, à un sous-genre qualifié de « torture porn » en raison de la violence très graphique de leurs images. Personne ne s’attendait donc à ce que son nouveau film fasse dans la dentelle, d’autant plus qu’il met en vedette des cannibales, mais si The Green Inferno contient plusieurs scènes à la limite du supportable (même pour les habitués), le réalisateur utilise l’humour avec brio afin de transformer ce qui n’aurait pu être qu’un excès de gore en critique sociale grinçante.

Yeux et langue arrachés, décapitations, démembrements, personnes dévorées vivantes, The Green Inferno est fortement déconseillé aux personnes sensibles. Cette violence extrême n’est pourtant pas gratuite, puisque le film s’en sert pour illustrer le choc culturel entre l’homme primitif et son alter ego « civilisé », sans jamais négliger l’ironie de ces jeunes qui veulent sauver les indigènes avec leurs iPhones, avant de finir victimes de la tribu qu’ils souhaitaient protéger. En plus de ses effets spéciaux d’un réalisme dégoûtant, une distribution impeccable, dont Ariel Levy dans le rôle du chef louche de ce groupe d’éco-activistes, et Lorenza Izzo dans celui de l’héroïne principale, ajoute de la crédibilité à cette intrigue tournée dans la jungle du Pérou. 

Tout comme celui pour la chair humaine, le goût pour les films de cannibales n’est peut-être pas très répandu, mais The Green Inferno transcende ce genre peu exploité depuis les années ’70 pour livrer une fable très sombre qui devrait plaire aux cinéphiles ayant le coeur solide.