Fantasia : The Woman

À Sundance, lors de la projection de The Woman, un homme outré a quitté la salle en criant que la pellicule devrait être “confisquée et brûlée”. Heureusement, ses conseils n’ont pas été suivis, et le public de Fantasia a pu apprécier le troublant long-métrage de Lucky McKee hier soir.

On qualifie souvent Lucky McKee de cinéaste féministe. Ses films de genre (May, The Woods) mettent en vedette des personnages féminins aux personnalités fortes, et son style d’horreur fait autant appel à l’émotion du spectateur qu’à l’intellect. Son dernier long-métrage va encore plus loin, et propose rien de moins qu’une fable décapante sur la misogynie. Le scénario coécrit avec l’auteur Jack Ketchum se veut une suite libre du film Offspring, bien qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir vu ce dernier pour pleinement apprécier l’histoire.

Vivant une existence tranquille dans la campagne du Massachussetts, l’avocat Christopher Cleek (Sean Bridgers), sa conjointe Belle (Angela Bettis) et leurs enfants ont toutes les apparences extérieures du rêve américain. Lorsque le bon père de famille aperçoit une femme à l’état sauvage qui rôde dans les bois autour de leur maison (Pollyanna McIntosh) et qu’il décide de la séquestrer avec l’intention de la “civiliser”, on découvre peu à peu le vrai visage de cet homme qui considère les femmes comme des animaux lui devant obéissance, y compris son épouse et ses filles.

Le sexe féminin est réduit au silence même dans la réalisation, ce qui se traduit par un jeu d’actrices qui passe moins par le dialogue et davantage par le langage corporel. Angela Bettis incarne avec brio l’épouse soumise, et fait comprendre toute la subtilité de l’émotion par le regard et l’expression de son visage. La performance très physique de Pollyanna McIntosh donne des frissons dans le dos, avec ses grognements pour seul mode de communication et une attitude d’animal mythologique indomptable. Il faut aussi souligner une généreuse trame sonore, composée spécialement pour le film, qui appuie l’ambiance à merveille.

En réponse aux questions du public après le visionnement, Lucky McKee a déclaré que le cinéma d’horreur s’est beaucoup adouci aux États-Unis depuis les années ‘70, et a confié s’être inspiré des courants européens et asiatiques pour créer une oeuvre qui suscite davantage le malaise. On peut dire que c’est mission accomplie avec The Woman, un film qui choque autant qu’il provoque la réflexion.