Festival Fantasia : Entrevue exclusive avec Bobcat Goldthwait

Présenté en première canadienne lors du Festival Fantasia, Willow Creek combine la légende du Sasquatch et le style « found footage » pour produire un film à la fois drôle et terrifiant, qui deviendra sans conteste un classique du genre. Ztélé a eu le plaisir d’en discuter avec son réalisateur, le fameux Bobcat Goldthwait.
 
On vous a connu tout d’abord en tant qu’humoriste et comédien. Qu’est-ce qui vous a décidé à passer de l’autre côté de la caméra pour réaliser vos propres films?
 
Bobcat Goldthwait : Je dis toujours que j’ai mis fin à ma carrière de comédien au même moment où on a arrêté de m’engager et que les choses ont bien tourné finalement, mais la vérité, c’est que j’ignorais que c’était ce que je voulais vraiment faire. Je ne m’en suis rendu compte que plus tard. J’aurais dû m’en douter bien avant, parce qu’à chaque fois que j’allais voir un film, je me foutais un peu du genre : je regardais tout d’abord le nom du réalisateur sur l’affiche. Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Le type d’histoire que tu peux raconter en tant qu’humoriste est un peu limité, mais comme réalisateur, tu peux aller dans toutes les directions, et faire un film de « found footage » par exemple (rires), au lieu de toujours refaire le même truc.
 
Bobcat Goldthwait
 
Vous avez principalement réalisé des comédies noires par le passé. Est-ce que c’est votre première expérience avec l’horreur? Avez-vous déjà joué dans un film d’horreur?
 
Bobcat Goldthwait : C’est une bonne question… J’ai joué dans la série télévisée Tales From the Crypt… Tu sais, je pense que mon film est surtout un suspense avec de l’horreur. J’ai déjà écrit un scénario avec une tonne de gore (rires), mais dans le fond, je souhaite surtout pouvoir réaliser toutes sortes de films, dans plusieurs genres différents…
 
Donc, vous n’aviez pas nécessairement prévu faire un film d’horreur avec Willow Creek, c’est arrivé en cours de route? 
 
Bobcat Goldthwait : Oui, c’est exactement ça. C’est seulement le monde dans lequel l’histoire prend place qui lui donne cette dimension.
 
Est-ce que vous avez regardé beaucoup de films de type « found footage », ou si au contraire vous avez évité le genre pour ne pas être trop influencé?
 
Bobcat Goldthwait : Je n’ai visionné qu’un petit nombre de films dans le style. C’est drôle; plusieurs des clichés qu’on retrouve habituellement dans les œuvres de « found footage » sont absents de Willow Creek, parce que je voulais éviter de trop me coller à ce qui a déjà été fait. J’ai retiré une scène où l’actrice (Alexie Gilmore) pleurait à grosses larmes par exemple, parce que ça rappelait trop The Blair Witch Project. Je sais que mon film sera inévitablement comparé à Blair Witch, mais j’ose espérer que nous apportons notre propre personnalité au genre cinématographique.
 
Bobcat Goldthwait
 
Le village de Willow Creek est comme le Roswell du Sasquatch. C’est un lieu étrange, peuplé de gens particuliers. Connaissiez-vous l’endroit avant le tournage?
 
Bobcat Goldthwait : Oui. Il y avait longtemps que je voulais le visiter. Je m’y suis rendu en voiture... Étonnamment, mon épouse ne voulait pas m’accompagner (rires)…
 
Un peu comme le couple du film?
 
Bobcat Goldthwait : Oui! Ma femme dit que la seule différence, c’est que les gens qui interprètent nos rôles dans le film sont plus beaux (rires)…
 
Vous avez filmé les témoignages de personnes réelles habitant Willow Creek… Leur avez-vous dit que c’était pour un film d’horreur, pour un documentaire, ou êtes-vous resté vague?
 
Bobcat Goldthwait : On est restés vagues avec la majorité des personnes qu’on a interviewées. On a expliqué le projet plus en détail à certaines d’entre elles, mais pour la plupart, on n’a pas vraiment spécifié. Ça aurait seulement ajouté de la confusion chez la plupart des gens, tu sais… Ils se seraient raidis devant la caméra, ils auraient trop réfléchi, donc… oui. On a été un peu malhonnêtes (rires).

Willow Creek

Sentez-vous que vous dirigez les comédiens différemment à cause de votre expérience en tant qu’acteur?
 
Bobcat Goldthwait : Je ne sais pas si je dirige les comédiens différemment, mais je sais ce dont un acteur a besoin pour faire sa scène. Souvent, l’environnement joue pour beaucoup. Je sais bien que chaque cinéaste dirige ses acteurs à sa manière. Un réalisateur va faire un million de prises par exemple. Ce qui est important pour moi, c’est que les acteurs soient confortables, et se sentent à l’aise de rater leur coup. Ça leur permet d’essayer différentes façons de jouer une scène, au risque d’en faire trop ou pas assez. Je pense qu’effectivement, mes plateaux de tournage sont plutôt confortables.
 
Il y a un plan séquence terrifiant qui dure 19 minutes dans le film. Est-ce que c’était votre intention de départ que la scène soit aussi longue?
 
Bobcat Goldthwait : Non, ce n’était pas mon intention à l’origine. J’estimais qu’elle durerait peut-être cinq minutes. Je n’imaginais jamais qu’elle serait aussi longue! J’avais besoin de trouver une façon de… tu sais, c’est plus dramatique lorsque la caméra ne s’éteint pas, et qu’il n’y a aucun montage. C’est aussi drôle de voir la femme passer de sceptique à croyante durant cette scène…
 
Avez-vous fait plusieurs prises?
 
Bobcat Goldthwait : On a refait la scène trois fois seulement. Lors de la première prise, les acteurs ont éclaté en sanglots (rires). C’est étrange, parce qu’après qu’ils aient pleuré, ils étaient épuisés et un peu sonnés (rires). C’est un peu comme quand tu vis un événement complètement fou. Il y a un moment après coup où le rire et la nervosité se mettent de la partie… C’était exactement comme ça. 
 
Bobcat Goldthwait
 
En plus, vous n’étiez pas en studio, mais dans la même forêt sauvage où le Sasquatch a été filmé en 1967. Avez-vous été témoins des choses étranges durant le tournage?
 
Bobcat Goldthwait : Non, mais on a aperçu des pumas! Ça a contribué à rendre plus crédible la peur des comédiens (rires). C’est un lieu tellement isolé que l’atmosphère y est étrange. Il y a des endroits calmes, et puis il y a cet endroit. Tous les sons qu’on peut entendre dans le film sont ceux de la forêt, live. Aucun avion ne survole la région, c’est vraiment au milieu de nulle part… Je ne m’en étais pas rendu compte avant, mais c’est pratiquement un personnage dans le film…
 
Ça ajoute un petit côté Deliverance
 
Bobcat Goldthwait : Oui, oui, c’est vrai! Tu sais, c’est particulier… Quand j’ai commencé le montage, j’essayais d’ajouter des sons, mais ça ne fonctionnait pas, ça brisait pratiquement l’ambiance. J’ai donc conservé le bruit atmosphérique de la forêt tel quel.
 
Dernièrement, croyez-vous à l’existence du Bigfoot? Pensez-vous que le film de Patterson et Gimlin de 1967 est authentique?
 
Bobcat Goldthwait : Oui. Je crois sincèrement que le film de Patterson et Gimlin n’est pas truqué, et je crois à l’existence du Bigfoot… C’est drôle, parce que si tu dis que tu y crois, les gens pensent que tu n’es plus… quel est le mot… objectif? Mais oui, au fond, c’est probablement la raison qui m’a poussée à aller dans cette forêt. Je cherchais le Sasquatch, et j’ai rapporté un film (rires)… Je suppose que j’étais un genre de Roger Patterson, emmenant toute une équipe avec moi au beau milieu de nulle part (rires)…