Financement automobile: ne laissez pas la poudre aux yeux vous aveugler

Si vous êtes du genre à choisir et acheter une voiture neuve en vous basant uniquement sur la plus basse mensualité, vous feriez mieux de lire ce qui suit. Parce que « petit paiement par mois » ne signifie pas nécessairement « meilleure affaire qui soit ».

par Nadine Filion

Acheter et financer une nouvelle voiture, on ne fait pas ça tous les jours. Et lorsqu’on le fait, mieux vaut s’exécuter en mettant toutes les chances de son côté. Ne vous fiez pas uniquement au « 299$ par mois » que le concessionnaire annonce : cela peut cacher un terme de financement démesuré, des taux d’intérêt beaucoup trop hauts, voire un prix d’acquisition trop élevé.

 

Pour éviter les pièges, il vous faut savoir poser la bonne question. Et la bonne question est : quel est le prix total, incluant les frais de transport, de préparation et les taxes. Si vous n’avez pas le bonheur de posséder ladite somme toute prête à être versée au comptant, demandez également le taux d’intérêt à verser et ce, sur combien d’années.

 

Surtout, ne prenez rien pour du cash et vérifiez. Comment? En utilisant les calculettes mises à votre disposition par Éric Brassard, planificateur financier et auteur du livre Finance au volant. Ces calculettes (www.ericbrassard.com, section automobile), vous aideront à prendre les décisions financières les plus avantageuses possibles (voir notre tableau ci-dessous).

 

Ainsi, la promotion « seulement 199$ par deux semaines » vous semble intéressante? Vous découvrirez, avec les calculettes Brassard, que pour obtenir ce qu’il en coûte réellement par mois, il ne faut pas que doubler le montant : il faut le multiplier par 2.15, un « supplément » mensuel de presque 30$.

 

Tout est question d’intérêt

Gare aux autres pièges marketing : « Le public est noyé d’informations, dont le seul but est de mettre en évidence les ‘faibles mensualités’, sans jamais aborder les vrais facteurs qui influencent le coût » explique Éric Brassard. C’est ce que le planificateur surnomme le syndrome PPPP : le plus petit paiement possible. « Pourtant, poursuit-il, une petite mensualité n’est pas synonyme de faible coût. C’est d’ailleurs l’une des illusions les plus dévastatrices qui soit sur le plan financier. La seule donnée utile dans une décision d’emprunt est le taux d’intérêt. Tout le reste n’est que de la poudre aux yeux. »

 

En effet, une petite mensualité peut cacher un trop long terme de financement. Les experts le disent : 84 mois (7 ans), c’est trop pour financer une voiture. Parce que les intérêts sont souvent plus élevés que pour un « cinq ans » et parce qu’en fin de parcours, la valeur de la voiture risque d’être moindre que ce qu’il reste à payer pour elle.

 

Mieux vaut donc s’en tenir à un terme raisonnable : maximum cinq ans, voire six ans pour les modèles japonais à la fiabilité légendaire. La mensualité est alors plus grande, mais les taux d’intérêt sont moins élevés.

 

Votre budget ne vous permet pas la différence? Optez pour une voiture plus petite ou moins équipée. Car n’oubliez pas, le prix d’une voiture n’est pas son seul coût. Au fil des ans, il vous faudra aussi débourser pour les assurances, le carburant, les réparations, les immatriculations, etc.

 

Pièges marketing

On vous propose du 0% de financement sur cinq ans? Super! Mais pour cette même raison, le concessionnaire refuse de réduire le prix de la transaction. Dans un sens, vous vous trouvez alors à financer le taux promotionnel qui vous a d’abord séduit. « Une vraie promotion bonifie le prix ou le taux que l’on aurait obtenu de toute façon », indique Éric Brassard.

 

Voilà pourquoi mieux vaut négocier le prix avant le financement. Ou, à tout le moins, demandez quel rabais serait accordé sur le prix de la voiture moyennant quelle hausse du taux d’intérêt. Encore une fois, utilisez les calculettes Brassard pour vérifier quel est, pour vous, le meilleur scénario financier. Il pourrait même s’avérer profitable que vous versiez un certain comptant afin de diminuer à la fois le prix d’étiquette et le taux d’intérêt. (Attention cependant pour la location à long terme, les experts sont unanimes : ne versez aucun comptant.)

 

Autre outil marketing utilisé dans le milieu de la vente automobile : « Les 90 premiers jours sont gratuits ». Gratuits certes, mais pas donnés : ils ne sont que reportés au terme de l’entente. Par contre, le concessionnaire « qui paie la première mensualité » vous fait un vrai cadeau — en autant qu’il ne se reprenne pas en haussant le prix de la transaction.        

 

Méfiez-vous aussi des « erreurs » de calcul que peuvent volontairement commettre certains représentants. Ces « erreurs » se traduisent par une mensualité plus élevée sans même que vous ne vous en rendiez compte. Ces tampons permettent alors de vous « donner » une gratuité (un traitement antirouille, par exemple), alors qu’en fait, on vous la fait payer — et le vendeur d’empocher une meilleure commission. Encore une fois, les calculettes Brassard permettent de vérifier que la mensualité demandée correspond réellement au prix d’étiquette et au taux d’intérêt annoncés.

 

Sous pression, fuyez!

Vous négociez âprement le prix d’une voiture pour économiser quelques centaines de dollars… et voilà que vous vous laissez tenter, en fin de processus, par toutes sortes d’options ou de protections.

 

Là encore, soyez vigilant. Ne vous faites pas dire que le climatiseur « ne coûte que 25$ de plus par mois », faites-vous dire ce qu’il en coûte réellement : 1300$? 1500$? Vous serez alors mieux outillé pour vous commettre — ou pas — pour telle ou telle option.

 

Souvenez-vous : contrairement à la majorité des contrats au Québec, la vente à tempérament d’une voiture (le contraire d’une transaction en argent comptant) ne peut pas être annulée dans les dix jours. Tout au plus, l’acheteur dispose de deux jours pour annuler sans pénalité, si évidemment la prise de possession du véhicule n’a pas eu lieu. C’est pire pour un contrat de location : il n’existe pas de délai légal pour annuler.

 

Vous souhaitez que le concessionnaire mette ses offres par écrit, sans pour autant vous engager d’un dépôt et d’une signature officielle? Demandez une entente préalable. Et profitez-en pour vous faire remettre une copie de l’éventuel contrat, que vous pourrez lire à tête reposée dans le confort de votre domicile. Des questions ou des inquiétudes? Des associations comme CAA-Québec et l’APA peuvent vous aider, moyennant un abonnement. 

 

Un dernier point : malgré un titre un peu pompeux, le représentant des ventes n’est pas un conseiller, c’est un vendeur. Comme le dit si bien Éric Brassard : « Un vendeur de chez Honda sera un conseiller le jour où il pourra vous dire qu’une Subaru vous conviendrait mieux! » Et avec un vendeur, naît un rapport de négociations où il vous faut savoir dire non. Ne vous laissez pas brusquer, soyez ferme si on vous parle d’un modèle ou d’un produit qui ne vous intéresse pas, refusez les pressions.

 

Après tout, vous n’achetez pas un véhicule tous les jours. Faites en sorte, pour vous-même, que l’expérience soit plus agréable qu’une visite chez le dentiste…

 

Quelques conseils pour réduire la facture

- Surveillez les promotions (journaux, radio, Internet) au moins cinq ou six semaines à l’avance; vous serez alors à même de savoir ce qui a été offert… et ce qui peut encore l’être.

- Négociez le prix d’achat ET le taux d’intérêt : rien n’est coulé dans le béton.

- Demandez des « mesures incitatives » : changements d’huile, accessoires, pneus d’hiver.

- Achetez une voiture plus modeste ou moins équipée. Sachez cependant que les Québécois roulent dans la même voiture en moyenne presque huit ans; assurez-vous donc qu’elle vous satisfasse. Sinon, ces huit années seront longues...

- Au lieu d’une voiture neuve, achetez une voiture d’occasion de quatre ou cinq ans; elle aura déjà subi le plus gros de sa dépréciation.

- Le meilleur temps pour acheter? Généralement à la fin d’un mois, alors que les représentants, qui travaillent pour des objectifs de ventes, sont souvent tentés d’en offrir plus. Aussi, l’hiver est propice lorsque la fréquentation des concessionnaires est en baisse, particulièrement au temps des Fêtes.

- En tout temps, vérifiez si vous êtes admissible à des rabais (diplômés, fidélité, cartes de crédit corporatives).

- Si vous comptez conserver longtemps votre voiture, vous auriez avantage à faire l’achat d’un modèle d’année précédente (généralement lourdement soldé). Au contraire, si vous prévoyez vous débarrasser de ce véhicule dans les prochaines années, mieux vaut choisir le modèle le plus récent : sa valeur de revente sera alors plus grande.

 

Exemple de calculettes sur www.ericbrassard.com

Financement automobile : 20 000$/trois termes et taux d’intérêts

Versement mensuel                                                      Intérêts totaux payés

36 mois à 2,9%  580,74$                                               906,64$ au bout de trois ans

60 mois à 4,9%  376,51$                                                2590,60$ au bout de cinq ans

84 mois à 6,9%  300,88$                                               5273,92$ au bout de sept ans