Guide d’achat automobile: entre besoins et fantasmes

Nissan e-NV200 Concept

L’humain est étrange : il peut magasiner un nouveau frigo pendant une semaine — stainless ou pas, le congélateur en tiroir ou pas, avec ou sans machine à glaçons… Mais trop souvent, il achète un véhicule sur un coup de tête. Pourtant, après la maison, la voiture est généralement le deuxième plus important achat de sa vie. Pourquoi ne pas prendre le temps de faire le bon choix?

par Nadine Filion

On en entend de toutes sortes, dans le milieu de l’achat automobile. Comme celui qui se cherchait une camionnette… mais qui a finalement acheté une Honda Accord. Ou celle qui voulait une compacte… mais qui a jeté son dévolu sur un Ford Escape. Après ça, on reprochera aux constructeurs automobiles de ne pas savoir cibler leur clientèle!

 

Pourtant, c’est d’abord et avant tout au consommateur à cerner ses exigences. Des « Je veux une conduite sportive, mais une consommation de carburant réduite, beaucoup d’espace intérieur et un design extérieur accrocheur », eh bien, c’est rêver en couleurs. Il faut se raisonner : un véhicule ne peut combler fantasmes et besoins tout à la fois.

 

Penser à plus tard

Quel est le plus important coût qu’entraîne l’utilisation de votre véhicule? Eh non, on ne parle pas de carburant. Non plus des réparations.

 

En fait, ce qui coûte le plus cher, « automobilement parlant » ne s’inscrit même pas sur une facture. Qu’est-ce que c’est?

 

La dépréciation.

 

C’est loin d’être un mythe : dès qu’un véhicule quitte le concessionnaire, il perd 20% de sa valeur. Ça, c’est Dennis DesRosiers, le grand manitou de la statistique automobile au Canada, qui le dit.

 

Pire : un véhicule perdra la moitié (la moitié!) de sa valeur en seulement trois ou quatre ans — peut-être en cinq ans, si vous avez la chance d’un modèle luxueux ou à la fiabilité légendaire.

 

Donc, avant de vous commettre pour tel ou tel modèle, pensez « valeur de revente ». Bien sûr, si vous envisagez rouler votre acquisition jusqu’à la corde, pas de problème à ce chapitre. Mais si vous êtes comme la moyenne des Québécois et voulez changer de véhicule après 7 ou 8 ans, mieux vaut reluquer des marques qui conservent une excellente valeur de revente.

 

Est-il nécessaire de vous mentionner qu’à ce sujet, dans les voitures d’entrée de gamme, les Toyota et Honda de ce monde sont les championnes, avec des valeurs de revente au minimum 15% supérieures à la moyenne?

 

Le paiement mensuel : la pointe de l’iceberg

On ne s’en sort pas : un char, ça coûte cher. Jusqu’à 100 000$ sur 15 ans, si l’on tient compte de tout-tout-tout, vous dira notre gourou DesRosiers. Si vous êtes du genre à vous fier aux « seulement 350$ par mois », vous risquez de mauvaises surprises.

 

Au-delà de son coût d’acquisition et de sa dépréciation, une automobile, c’est aussi du carburant, des immatriculations, des assurances, des changements d’huile et de pneus, des réparations… et parfois même des contraventions. Donc, de grâce, ne vous laissez pas embobiner par un « petit » prix mensuel. Surtout si celui-ci fait état d’un versement aux deux semaines : il ne suffit alors pas de doubler le montant, mais bien de multiplier par 2,15 pour obtenir ce qu’il en coûte vraiment par mois.

 

On vous vante un terme de 84 mois (sept ans)? Sachez que c’est beaucoup trop long pour le financement d’une voiture, qui risque de valoir pas mal moins que ce qu’il restera, les dernières années, à payer pour elle. Oui, dites-vous, mais ça coûte moins cher par mois! Certes. Mais si vous faites le calcul en tenant compte des intérêts exigés pour les différents termes, vous verrez que vous êtes regagnant avec un terme plus court (idéalement entre trois et cinq ans). Vous ne pouvez vous permettre une telle somme chaque mois? C’est signe que vous devrez choisir un modèle plus petit ou moins équipé.

 

Que voulez-vous : il n’y a rien de gratuit, dans la vie…

 

Aussi bien vous plaire

Vous aimez les listes? Tant mieux, parce que nous vous conseillons d’en faire une afin de cibler ce dont vous avez vraiment besoin. Répétons ensemble : VRAIMENT besoin.

 

Je me rappelle encore cet acheteur qui me disait avoir vraiment besoin d’un Ford Explorer pour sa famille, son chien et tout son bataclan de camping. Impressionnée, je lui avais demandé combien d’enfants il avait. « Un seul », avait-il répondu. C’est dire qu’une Honda Fit aurait tout aussi bien pu faire l’affaire...

 

Besoin d’espace intérieur? Il y a certes les utilitaires et les multisegments, si populaires depuis plus d’une décennie. Mais une familiale, moins gourmande en carburant, pourrait tout aussi bien convenir. La famille reconstituée compte plus de trois enfants? Il faudra sans doute une fourgonnette, mais certaines sont plus compactes (et moins chères) que d’autres.

 

Vous aimez les sièges chauffants et les toits ouvrants? Bonne nouvelle : de nos jours, même les sous-compactes proposent de telles gâteries. Finies les excuses pour acheter plus gros. Aussi, de multiples choix s’offrent tant au niveau des motorisations (4 cylindres ou V6), des rouages (traction, propulsion ou intégral) que des transmissions (manuelle, automatique ou, nouvelle mode, à variation continue).

 

Bref, ciblez vos besoins, trouvez les aubaines… mais n’oubliez pas une chose : justement parce qu’une voiture, ça coûte cher, choisissez-en une qui vous plaira tant et aussi longtemps qu’elle vous sera fidèle.

 

Après la dépréciation, le carburant

Les automobilistes se soucient du prix sans cesse croissant des assurances, ils s’inquiètent de ce que leur coûteront entretien et réparations. Mais ils oublient qu’après la dépréciation, ce sont les coûts en carburant qui occupent la plus grande part des dépenses liée à leur automobile.

 

Et cette dépense, malheureusement, demeure perpétuelle. Là encore, on ne s’en sort pas : un moteur V6, ça consomme plus qu’un moteur quatre cylindres; une boîte automatique, ça consomme généralement plus (de 5 à 10%) qu’une manuelle.

 

Aussi, plus un véhicule est lourd, plus il exige de l’énergie afin d’être propulsé (10% plus de masse signifie une hausse de 6% de la consommation en carburant). Parmi les options qui ajoutent le plus de poids à l’automobile : les sièges électriques (de 40 à 60 kilos). En a-t-on vraiment besoin?

 

Un véhicule avec rouage intégral est également plus vorace qu’un véhicule à deux roues motrices. Vous avez besoin d’un 4x4 pour franchir gués et rivières qui mènent au camp de pêche… deux fois par année? Économisez donc annuellement des centaines de dollars de carburant en conduisant une compacte. Et pour vos aventures de pêche, louez une camionnette.

 

Pour découvrir qui consomme combien, consultez le Guide de consommation de carburant, publié par Ressources Naturelles (1 800 387-2000 ou www.vehicules.rncan.gc.ca). Au passage, ce guide rend hommage aux véhicules les plus économiques de l’année. Sachez cependant que les cotes annoncées sont de 10 à 20 % trop optimistes. En effet, les tests de consommation automobile se font sur dynamomètre, et non dans des conditions réelles. La bonne nouvelle : la mesure est la même pour tous, elle donne donc une bonne indication.

 

Avez-vous pensé…

Si vous faites beaucoup d’autoroute, avez-vous pensé à une motorisation diesel? Vous devriez. Même si le prix de ce carburant est (parfois) plus cher que celui de l’essence, la distance que l’on peut parcourir sur grand-route avec un seul plein de diesel équivaut souvent au double de ce qu’on peut faire sur un plein d’essence.

 

Vous roulez toujours en ville? L’hybride pourrait être la solution — la propulsion essence/électricité est à son meilleur sous les 30 ou 40 km/h, alors que le moteur à combustion s’éteint et qu’on roule alors (en silence) sur l’autonomie électrique.

 

Enfin, pourquoi pas un véhicule usagé de quelques années? De cette façon, la coûteuse dépréciation aura été assumée par le premier propriétaire. Vous craignez qu’après cinq ou six ans d’utilisation, une usagée soit déjà sur le point de rendre l’âme? Rien de plus faux! Les véhicules d’aujourd’hui sont nettement mieux construits et ont une durée de vie bien plus longue qu’autrefois. « Jusqu’à 300 000 kilomètres, facilement », dit DesRosiers.

 

De bien belles années en banque, quoi!