Le réalisateur Barry Levinson parle du film The Bay au ComicCon de New York

Le réalisateur Barry Levinson, plus connu pour ses films Good morning, Vietnam et Rain Man, lancera son nouveau film The Bay le 2 novembre prochain.  Le film raconte l'histoire d'une épidémie dévastatrice dans une petite ville côtière du Maryland à travers une multitude de "films trouvés" (genre appelé en anglais "found footage") ayant été réalisés par les protagonistes du drame. Compte-rendu.

Modérateur : Quelle est la prémisse du film? Pouvez-vous nous en parler un peu? 
 
Barry Levinson : J'aurais pu faire un documentaire sur le sujet, car la prémisse du film est vraie. Donc, l'histoire du film se base sur l'existence réelle d'un parasite, que l'on appelle isopodes. Je trouvais ça intéressant de partir de ce fait véridique et de prendre des libertés créatrices autour de ce parasite. Environ 85% des informations contenues dans le film sont vraies.
 
Modérateur : Je crois que toute personne peut-être effrayée par l'idée d'être dévoré de l'intérieur par un parasite. Sans révéler des éléments de l'intrigue, pouvez-vous nous parler un peu plus de ce concept et de sa place dans le film? 
   
Barry : Tout ce que je peux vous dire c'est que la contamination se passe lorsque les gens ingèrent le parasite. Il y a aussi une dimension dans l'histoire où lorsque quelqu'un  vient en contact avec un groupe de ces parasites, des choses vraiment horribles se produisent. 
 

Modérateur : On ne vous connait pas pour vos films d'horreur, est-ce un genre que vous aviez toujours voulu explorer? 
 
Barry : J'adore les films d'horreur et la science-fiction, mais ce n'était pas pour moi un impératif à faire dans ma carrière de réalisateur. Au départ, lorsque nous avons commencé à penser à un scénario et que les faits autour de ce parasite ont commencé à se faire connaître, j'ai pensé que ce serait un bon traitement pour l'histoire. J'ai aussi choisi de tourner le film avec toutes sortes de caméras digitales au lieu de le tourner avec des caméras professionnelles pour ensuite en dégrader la qualité. Nous avons donc fait plein de tests avec une centaine de différentes caméras numériques pour en garder 21. Vous trouverez dans le film un peu de tout en partant du iPhone jusqu'à la Canon D5 en passant par une petite caméra de Sony pouvant aller sous l'eau. Le défi de ce genre de film, pour moi en tant que réalisateur, est de mettre dans les mains des acteurs des caméras et de leur demander de faire leur scène sans pouvoir voir le résultat final avait que l'acteur ne me redonne sa caméra. Ceci veut aussi dire que parfois, tu te rends compte que l'acteur n'a pas appuyé correctement sur le bouton d'enregistrement et qu'il n'y a rien sur la caméra! C'était une expérience intéressante à faire.
 
ComicCon de New York Barry Levinson
 
Modérateur : J'avoue que je suis un peu hypocondriaque. Jusqu'à quel point le film est réel?
 
Barry : Durant le film, il y a une séquence où on voit un poisson complètement infecté dont la langue a été complètement rongée par des isopodes et je peux vous dire qu'il n'y a pas de trucage pour cette séquence, c'est tout vrai.
 
Modérateur : Barry! Est-ce que j'avais vraiment besoin de savoir ça?  
 
Question du public : Je voulais savoir s'il y avait des scènes provenant de vrais "films trouvés" dans le film où s'il s'agissait entièrement de moments scriptés?
 
Barry : Nous avons utilisé quelques images d'archives pour faire le film, mais sinon, l'entièreté des scènes du film sont scriptées et filmées soit par les acteurs soit par notre équipe technique.
 
Question du public : Le style "film trouvé" est un genre que nous avons vu plusieurs fois par le passé. En quoi votre film amène t'il un regard neuf sur le genre? 
 
Barry : C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'une génération entière a la possibilité d'enregistrer et de documenter chaque seconde de sa vie. Oui, bien entendu il y a les gens qui filment ce qui se passe, mais il y a aussi ceux qui textent, qui utilisent Twitter, ceux qui utilisent des logiciels de clavardage vidéo comme Skype ou Facetime, etc. Ce que je trouvais intéressant avec ce genre sujet, c'est qu'il y a maintenant forcément une tonne de gens qui documentent une tonne de petits évènements qui sont en fait des morceaux d'un grand casse-tête pour comprendre ce qui s'est passé. Il y a presque une dimension archéologique. Et c'est, à mon avis, ce qui rend le film intéressant.
 
ComicCon de New York Barry Levinson
 
Modérateur : En tant que réalisateur, vous avez accès à de gros budgets pour faire des films. Cette façon de faire doit quand même avoir un certain attrait pour l'artiste en vous? 
 
Barry : Effectivement. Nous avons fait le film avec seulement 2 millions de dollars et le tournage n'a duré que 18 jours. De plus, c'est une distribution inconnue du public avec beaucoup d'acteurs dans leur premier rôle au cinéma. C'était excitant! 
 
Question du public : Comme vous venez de le mentionner, il s'agit d'une distribution qui en est à ses premières expériences au grand écran, comment avez-vous procédé pour trouver vos acteurs? 
 
Barry : Ce qui était le plus important pour moi était de trouver des gens qui avaient l'air de vraiment vivre dans cette ville. Je voulais que le tout ait l'air authentique. J'avais aussi besoin d'acteurs assez versatiles pour être capable d'improviser sur le plateau. Ce qui est bien avec les gens sans expérience, c'est qu'ils ont souvent davantage plus cette ouverture à l'improvisation que les acteurs établis. 
 
ComicCon de New York Barry Levinson
 
Question du public : Que trouvez-vous le plus difficile, tourner un film de façon traditionnelle ou tourner un film comme vous venez de le faire? 
 
Barry : À vrai dire, il s'agit ici de deux visions complètement différentes qui sont pour moi difficilement comparables. Par exemple, nous avons une scène dans le film où un couple d'adolescents marche près de l'eau. Dans un tournage traditionnel, j'aurais eu plusieurs caméras pour capturer la scène et la rendre dynamique au montage, mais dans ce cas, je n'en ai qu'une. Donc ce que nous avons fait pour rendre le tout intéressant, c'est que le garçon commence avec la caméra dans les mains et filme sa copine qui marche vers l'eau en parlant. Puis, la fille commence à s'ennuyer, elle lui arrache donc la caméra des mains et commence à le filmer son copain qui marche vers l'eau et parle. Ils commencent à marcher sur le quai, le garçon reprend la caméra dans ses mains et continue de filmer sa copine qui saute à l'eau. Le garçon réalise que sa copine est en détresse. Il y a donc un mouvement rapide et le garçon saute à l'eau pour aller aider sa copine emportant la caméra avec lui. Celle-ci flotte sur l'eau. Donc ici, nous n'avons qu'un seul plan qui suit les règles que nous avions mises en place pour rendre l'histoire la plus crédible possible.
 
The Bay sera disponible au cinéma dès le 2 novembre prochain.