Les Salons de l’automobile, toujours utiles?

Au Salon de l'auto de Detroit

Les Salons de l’automobile sont pratiquement aussi vieux que l’automobile même. À Montréal, par exemple, le premier Salon de l’auto s’est déroulé en février 1914. Il était alors organisé par la MADA (Montreal Automobile Dealer Association) à une époque où la loi 101 n’existait pas, de toute évidence! Plusieurs années plus tard, cette association est devenue la CCAM (Corporation des Concessionnaires Automobiles de Montréal). À Detroit, ville de l’automobile en Amérique, cela se passait en 1907.

 
L’automobile a remplacé le cheval d’antan. Le lien entre l’homme et la bête a toujours été très fort et il a continué avec l’arrivée des voitures « sans cheval » au tournant du XXe siècle. On allait dans un Salon de l’auto pour se rincer l’œil, pour rêver aux voitures qu’on ne pouvait se payer ou, pour les plus chanceux, regarder de près ce qu’on pouvait se procurer.
 

Plus ça change…

 
Malgré des changements technologiques importants et une société fort différente de l’époque, la présentation et le mandat des Salons de l’auto, à Montréal ou n’importe où dans le monde, sont demeurés les mêmes. Il suffit de voir des photos noir et blanc – et quelquefois floues – des premiers Salons pour découvrir que, finalement, plus ça change plus c’est pareil. Les voitures étaient, et sont, regroupées par marque dans un édifice très grand et s’offrent à la vue des badauds. La vente n’est pas le but premier. D’ailleurs, il ne s’y fait pas de vente directe, du moins plus aujourd’hui. Un Salon de l’auto est là pour faire rêver et, pourquoi pas, stimuler le marché.
 
Dans un Salon de l’auto, tout le monde y trouve son compte. Au Québec, par exemple, pays où l’hiver régente le mode de vie, les Salons sont organisés après les Fêtes, question de revitaliser les ventes qui connaissent, à ce moment de l’année, une baisse marquée. Pour le public, c’est l’occasion de voir « en personne » les dernières nouveautés, bien au chaud, tout en se payant un peu de rêve. Ça coûte moins cher qu’un voyage dans le Sud! C’était vrai il y a 100 ans, c’est encore vrai aujourd’hui. Plus ça change…
 
Durant les années 1930, années de sévère récession économique, l’automobile était devenue inaccessible pour beaucoup de personnes qui avaient à peine de quoi manger. Vous savez quoi? Avec un plan de marketing bien élaboré, le Salon de l’auto de Montréal a toujours connu de bonnes assistances.
 

La télévision et Internet, pas de taille 

 
Lorsque la télévision est devenue réalité en 1952, du moins au Québec, certains avaient prédit une baisse de fréquentation des Salons de l’auto. Ça ne s’est pas produit. Au contraire, les constructeurs automobiles se sont servis de la télévision pour magnifier leurs produits. 
 
À l’heure où Internet est devenu un mode de vie, où l’on peut avoir accès à toute information en quelques secondes, peu importe l’endroit sur la boule, certains décideurs se demandent si les Salons de l’auto tels que nous les connaissons depuis des décennies ne tirent pas à leur fin.
 
En effet, quel intérêt y a-t-il à se déplacer pour voir des voitures dont les images en haute définition circulent sur Internet? Images mais aussi vidéos, données techniques très précises, commentaires. À l’aide des configurateurs des constructeurs, il est désormais possible de créer le modèle de son choix, de la couleur de son choix et de voir le résultat en même temps qu’on prend connaissance du coût mensuel. La brochure de vente, que plusieurs d’entre nous se faisaient un devoir d’aller chercher chaque automne chez les concessionnaires, est maintenant accessible en quelques clics. Ce fichier PDF peut être agrandi, imprimé, etc. Donc, où est l’intérêt de dépenser des sous, prendre du temps et affronter la foule pour voir des voitures… alors qu’il y en a 4,5 millions qui roulent au Québec?
 
Malgré toute la technologie, rien n’a encore remplacé le contact direct que ce soit avec les gens ou les objets. On veut voir une voiture, la toucher, la sentir. Preuve qu’Internet ne peut remplacer les sens, il arrive qu’une voiture nous impressionne sur photo mais pas « en personne ». Ou le contraire.
 

Le rêve, toujours

 
Aujourd’hui, l’émerveillement a fait place au plaisir. On n’est plus surpris par la nouvelle Chevrolet, on l’a déjà vue sous tous ses angles dans les différents sites internet. Mais le plaisir de rêver, lui, est demeuré intact. Qui, debout devant le stand Ferrari, ne s’est jamais laissé aller à s’imaginer au volant d’une de ces bagnoles qui coûtent six fois le salaire gagné en une année? Pour les plus pragmatiques, l’expérience de magasinage en plein hiver bien au chaud vaut le détour car il est facile de comparer les modèles concurrents puisqu’ils sont tous sous le même toit. 
 
On peut désormais acheter ses billets par Internet, les différents stands proposent des activités interactives, les jeux de lumière sont de plus en plus sophistiqués. Grâce aux codes QR souvent apposés sur les fiches descriptives qui accompagnent les voitures, on peut avoir un accès direct au site internet correspondant pour obtenir les renseignements désirés.
 
Les Salons de l’auto sont là pour rester. Leur présentation peut changer mais le fond demeure depuis toujours le même : stimuler. Le rêve et les ventes.

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