Négociations entre les TCA et les manufacturiers automobiles canadiens

Le rôle des syndicats a beaucoup évolué au fil des années. Alors que la grève de 1949 à Asbestos avait pour but d’améliorer les conditions de travail et accorder aux employés une augmentation de salaire, légère de surcroit, il n’est plus besoin de nos jours de se battre pour de tels droits, du moins dans la plupart des cas.

Aujourd’hui, la préservation des emplois, et mieux la survie de l’entreprise, est au centre des négociations de plusieurs syndicats dont les membres sont déjà très bien rémunérés et couverts par des polices d’assurance et des caisses de retraite quasiment blindées.

C’est le cas dans le domaine de l’automobile en tout cas! Au moment d’écrire ces lignes, le syndicat des TCA (Travailleurs canadiens de l’automobile) vient de signer avec Ford Canada (contrat accepté à 82 %) et détient, depuis le 20 septembre, une entente de principe avec General Motors du Canada. D’ailleurs, en ce moment même, il y a de fortes chances que l’entente ait été entérinée par les travailleurs de GM.

Chrysler fait bande à part

Des négociations sont aussi en cours avec Chrysler, mais elles semblent un peu plus ardues, du moins pour l’instant, car le syndicat a l’air plus coopératif qu’il l’aurait été il y a quelques années . Chrysler trouve les demandes trop coûteuses. Mais il faut savoir que cette marque, qui appartient à Fiat, est sans doute celle qui est la moins avantagée, financièrement parlant, donc la plus fragile. La stratégie syndicale des TCA ciblait d’abord Ford. L’entente de principe, ratifiée le 17 septembre, soit quelques heures avant le déclenchement d’une grève, a servi de modèle pour les tractations avec GM et Chrysler.

L’entente avec Ford mènera au rappel de 800 employés mis à pied. Pour ce faire, Ford créera 600 nouveaux emplois. J’imagine que les 200 autres viendront remplacer des mises à la retraite − mises à la retraite dorée serais-je tenté d’ajouter! Au niveau des salaires, on parle plus de montant forfaitaire que d’augmentations. Un montant de 2000 $ sera accordé à chaque employé chaque année de la durée du contrat (4 ans) pour compenser l’augmentation du coût de la vie. N’oublions pas la prime de ratification de 3000 $!

Après la faillite...

Comme on le constate, les augmentations de salaire ne sont pas au centre des négociations dans le domaine de l’automobile par les temps qui courent. À un salaire moyen de 33 $ de l’heure, c’est la moindre des choses… D’ailleurs, le syndicat des TCA connait très bien la situation actuelle. Il y a à peine deux ans, la faillite de GM et de Chrysler faisait les manchettes. Faillite en partie causée par le syndicat même qui, pendant des décennies, mettait tous ses efforts pour faire de ses membres les maitres à bord des usines, autant au niveau des salaires que des caisses de retraite ou des conditions de travail. Mais les manufacturiers automobiles, GM, Ford et Chrysler, étaient aussi à blâmer. L’argent entrait à flots et il était plus facile de donner aux travailleurs ce qu’ils désiraient que de se taper une couteuse grève pendant que les Japonais envahissaient le marché nord-américain...Des deux côtés, le manque de vision à long terme a failli coûter des milliers d’emplois aux Canadiens et aux Américains puisque la même situation se répétait au sud du 45e parallèle. En fait, le problème est beaucoup plus complexe que ça, mais nous nous éloignons du sujet principal.

L’entente de principe entre General Motors et ses travailleurs prévoit des investissements de 675 millions de dollars à ses usines d’Oshawa (Ontario). Ces sommes serviront à garder la production des Chevrolet Equinox, Camaro et Impala, GMC Terrain, Buick Regal et Cadillac XTS au Canada. Un troisième quart de travail sera ajouté, ce qui créera ou sécurisera 900 emplois. Aussi, une ligne de production qui devait être fermée en 2013 ne le sera qu’en juin 2014. De plus, 100 autres emplois seront créés ou maintenus à l’usine de moteurs et de transmissions de St-Catharines, toujours en Ontario.

Manufacture automobile

Négociations = concessions

On a beau dire que le syndicat des TCA est extrêmement puissant avec ses 20 000 membres et plus, il faut aussi avouer que les manufacturiers possèdent un certain rapport de force. Lorsqu’une usine de montage ferme, on parle de milliers d’emplois perdus. Et c’est toute une communauté qui en souffre: les gens directement touchés, bien sûr, mais aussi le restaurant du coin, le fleuriste, la salle de quilles, etc. Les syndicats ont donc autant intérêt à négocier que les manufacturiers, d’autant plus que chacun de leurs membres leur verse annuellement de rondelettes sommes pour être représenté.

Qui dit négociations, dit aussi concessions. On a souvent l’impression que les concessions ne viennent que du côté patronal, mais quand ces concessions mènent à un avenir meilleur pour l’ensemble de l’industrie, parle-t-on encore de concessions? Il s’agit sans doute davantage d’une vision à long terme. Il faut alors saluer syndicats et manufacturiers automobiles pour avoir appris des erreurs du passé…