Pourquoi la maison d'Amityville fascine-t-elle autant?

par Patrick Robert le 24 février 2017

De toutes les maisons maudites, celle d’Amityville, qui s’est mérité le nom de « maison de l’horreur » est sans aucun doute la plus connue d’entre toutes, mais pourquoi cette simple résidence familiale, théâtre de plusieurs événements troublants, continue-t-elle de fasciner autant?

 

Washington Post

De style hollandais, l’infâme maison est située au 112 Ocean Avenue à Amityville, une banlieue paisible au sud de Long Island, dans l’État de New York. Il s’agit d’un bâtiment de trois étages d’une superficie totale de 4100 pieds carrés, qui existe encore aujourd’hui. Grâce au cinéma, ses fenêtres évoquant deux yeux maléfiques et sa silhouette singulière sont reconnaissables entre toutes, bien qu’aucun des films n’a jamais été tourné dans la maison véritable, mais dans des reproductions.

 

Les nombreux livres et longs-métrages utilisant le nom d’Amityville ont largement contribué à l’aura de mystère qui entoure l’endroit. Contrairement à ce que certains auteurs débordant d’imagination ont prétendu, la maison n’est pas construite sur le site d’un ancien cimetière indien, ni sur les ruines du domicile de John Ketcham, un sorcier de Salem s’étant établi dans le Long Island en 1622 pour y pratiquer la magie noire et le satanisme. Il suffit de consulter les archives de la Amityville Historical Society pour constater que ces deux éléments n’ont aucun fondement dans la réalité.

 

En fait, la résidence a été bâtie en 1924 sur le terrain de fermiers irlandais, et rien de notable ne s’y est produit durant les 50 premières années de son existence. John Moynahan et son épouse Catherine en furent les tout premiers propriétaires. Leur fille Eileen a hérité de la maison en 1960, avant de la vendre à Joseph et Mary Riley. Suite à leur divorce, les Riley se départissent de l’endroit en 1965, et la famille DeFeo quitte son petit appartement de Brooklyn avec leurs enfants pour y emménager le 28 juin. C’est avec eux que commence la « malédiction ». 

 

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Dans la nuit du 13 novembre 1974, Ronald DeFeo Jr. (voir photo), abat dans leur sommeil son père abusif, mais aussi sa mère, ses sœurs Dawn et Allison, et ses frères Marc et John Matthew, à l’aide d’une carabine de marque Marlin 336C. Blâmant tout d’abord un tueur à gages de la mafia du nom de Louis Falini, le jeune homme de 23 ans finit par avouer qu’il est l’auteur de ce crime sordide, confiant du même souffle que des voix démoniaques lui ont ordonné de passer à l’acte. Trouvé coupable de meurtre au premier degré, DeFeo est condamné à six peines consécutives de vingt-cinq ans chacune, qu’il purge toujours à l’heure actuelle.

 

Après ces événements tragiques, la maison est demeurée vide durant un bon quatorze mois, jusqu’à ce que George et Kathy Lutz la visitent en 1975. Dès leur première rencontre, l’agent immobilier les informe du drame qui s’est déroulé au 112 Ocean Drive moins d’un an et demi auparavant, mais comme la propriété se vend des dizaines de milliers de dollars en deçà de son évaluation foncière, les Lutz font fi de ce sombre passé, et achètent la demeure pour 80 000$. Petit détail lugubre: l’offre d’achat inclut tous les meubles des DeFeo. C’est donc dans les objets personnels des victimes que la famille Lutz s’installe le 18 décembre 1975.

 

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Dans les heures suivant leur arrivée, les Lutz sont témoins de phénomènes étranges. Des centaines de mouches s’agglutinent autour des fenêtres bien qu’on soit en décembre; des portes s’ouvrent et se ferment d’elles-mêmes, et les meubles semblent animés d’une vie propre; des yeux de braise apparaissent derrière les vitres du troisième étage; George quant à lui se réveille chaque nuit à 3h15, heure de la mort des anciens locataires, et ressent des zones de froid intense à travers la maison. Son comportement devient de plus en plus violent, et il développe une troublante ressemblance physique avec Ronald DeFeo Jr. au fil des semaines.

 

Après 28 jours d’un véritable calvaire surnaturel, George, Kathy et leurs trois enfants quittent précipitamment la maison d’Amityville au soir du 14 janvier 1976, sans rien apporter avec eux. Ils n’y remettront jamais les pieds. 

 

Lost Witness Pictures

D‘emblée, plusieurs sceptiques accusent les Lutz d’avoir inventé cette histoire de toutes pièces, mais jusqu’à leur mort, George et Kathy ne changeront jamais leur version des faits. Ils passeront même le test du polygraphe avec succès. Dans le documentaire My Amityville Horror, Daniel Lutz, le cadet des trois enfants, accuse son beau-père, un adepte de l’occulte, d’avoir provoqué ces manifestations avec ses expériences de magie noire, une explication qui s’avère plus plausible que la hantise traditionnelle, puisque cinq familles ont pris possession du 112 Ocean Drive depuis le départ des Lutz, et aucune d’entre elles n’a été témoin de phénomènes surnaturels par la suite.

 

Alors, pourquoi la maison d’Amityville continue-t-elle de fasciner autant?

 

Dans une Amérique qui connaissait un regain d’intérêt pour l’occulte (et la première vague de divorces), l’histoire des Lutz, une famille reconstituée, a trouvé un fort écho dans la population dès la sortie du livre de Jay Anson, qui s’est vendu à plus de six millions d‘exemplaires. Kathy et George ont d’ailleurs fait une tournée promotionnelle à travers les médias de la planète pour raconter leur expérience. Les nombreuses adaptations cinématographiques, dont certaines n’ont qu’un très lointain rapport avec les drames réels survenus dans la maison, ont aussi contribué à cimenter le mythe.

 

Toutefois, d’autres éléments expliquent l’engouement pour cette histoire, au-delà de sa grande médiatisation. Aux États-Unis comme au Canada, environ le tiers de la population croit aux fantômes et aux démons, mais un plus grand nombre de gens adhère à la théorie selon laquelle un lieu où est survenu un drame particulièrement violent puisse être « imbibé » d’énergies négatives, une explication qui donne un air scientifique à un phénomène essentiellement ésotérique. On sent probablement les mauvaises vibrations en visitant Auschwitz, et ça n’a rien de paranormal.

 

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En dehors du récit des Lutz, il y a des faits troublants (et vérifiés) dans cette histoire. Les policiers n’ont jamais pu expliquer par exemple comment Ronald DeFeo Jr. a réussi à assassiner six personnes dans leur lit à coups de carabine sans qu’aucune des victimes ne se réveille en entendant les détonations. Et comme la nature humaine cherche toujours une raison pour expliquer les gestes incompréhensibles, et il est plus rassurant au final de croire que ce jeune homme a froidement abattu sa famille parce qu’il était possédé par le Diable, plutôt que de considérer le geste comme absolument gratuit.

 

Quoi qu’il en soit, plus de quarante ans après les événements vécus par les DeFeo et les Lutz, l’engouement pour la maison d'Amityville ne montre aucun signe d’essoufflement