Retour sur le conférence de Carrie au ComicCon de New York

Chloë Grace Moretz

Réalisée par Kimberly Peirce et bien entendu basée sur le livre de Stephen King,  la réinterprétation de Carrie arrivera sur les écrans de cinéma en mars 2013. Le film met en vedette Chloë Grace Moretz, dans le rôle de Carrie et Julianne Moore, dans le rôle de sa mère. Les trois étaient présentes au ComicCon de New York, en compagnie du producteur Kevin Misher, pour parler du film. Compte-rendu sur cette conférence.

Modérateur : Kimberley, pour cette relecture de Carrie, tu avais accès au livre de Stephen King et au film de Brian De Palma. Où as-tu puisé ton inspiration? 
 
Kimberley : Tout d'abord, je lève mon chapeau à Brian De Palma qui a fait une très bonne version de Carrie qui a su frapper l'imaginaire et établir les bases du genre. J'ai toujours été une grande admiratrice de ce film, mais j'ai tenté de ne rien y prendre. Mon inspiration première est vraiment venue du livre. Lorsque j'ai lu Carrie, que je considère une incroyable histoire absolument fantastique, je suis tombé en amour avec l'oeuvre et ses personnages. J'ai eu la compulsion viscérale de la porter à l'écran et de le faire dans un cadre actuel, car je pense que c'est un sujet qui est encore actuel à notre époque. J'ai trouvé exceptionnel de pouvoir travailler avec Chloë et Julianne, qui comme moi, étaient habités par le même désir d'être le plus fidèle possible au livre. 
 
 
Modérateur : Il ya beaucoup de différences entre le premier film et le livre, par exemple dans la bande-annonce que nous venons de voir, la ville est complètement en feu, ce que nous ne voyons pas du tout dans le premier film. Kevin, pouvez-vous nous parler un peu plus de votre approche.
 
Kevin : Comme l'a mentionné Kimberley, nous avons tenté d'être le plus fidèles au livre possible. La technologie d'aujourd’hui rend aussi possibles certaines scènes plus facilement qu'à l'époque où le premier film a été réalisé. Ce qui est bien avec l'approche de l'équipe, c'est que nous avons fait les choses d'une certaine façon, car les personnages de l'histoire le dictaient et non pas seulement parce que nous pouvions le faire. Au final, ça donne un film beaucoup plus riche. 
 
ComicCon de New York Carrie
 
Modérateur : Chloë, dans certaines images que j'ai vues tirées du film, tu es littéralement couverte de sang de la tête au pied. Peux-tu nous parler de ton expérience sur le tournage? 
 
Chloë : Être couverte de sang était probablement rigolo les deux premières semaines du tournage. Mais ensuite c'était davantage une expérience collante, humide et en plus, il faisait très froid dehors. Donc, c'était difficile. Le sang est presque devenu un personnage en soi dans le film. Nous avions toutes sortes de mots pour décrire le type de sang utilisé dans une scène. Il y avait par exemple le sang de feu, le sang humide, le sang sec, etc. Donc, comme nous ne tournions pas les scènes dans l'ordre, nous devions prendre note des différents types de sang qui devaient recouvrir mon personnage durant les scènes. Au fil du tournage, j'en suis venu à un point où j'étais habitué de retourner à la maison couverte de sang. Les gens dans la rue devaient se dire « Wow, elle a vraiment dû avoir une dure journée au travail! »
 
Modérateur : Julianne, la mère de Carrie, Marge, fait subir à sa fille des atrocités, mais elle est profondément convaincue qu'elle fait la meilleure chose possible pour elle. Comment avez-vous approché le personnage?
 
Julianne : Pour moi le personnage de Marge est un être troublé, qui s'isole de sa famille, tombe dans la religion de façon démesurée pour ensuite fonder sa propre secte avec son mari. À sa mort, elle est enceinte et considère le bébé comme un cancer et en accouche seule. Son portrait est très clair dans le livre et ceci signifie aussi que sa seule attache dans la vie, sa seule famille, est sa fille Carrie. Elle tente donc désespérément de garder ce cocon intact et aussitôt que sa fille semble vouloir se détacher d'elle, son réflex est de vouloir se l'approprier. Toutes ses actions viennent de l'amour qu'elle a pour sa fille, mais ce n'est pas une relation normale. 
 
ComicCon de New York Carrie
 
Modérateur : Ce qui est de si puissant avec cette histoire ce n'est pas tant le sang, quoique ça ajoute un élément dramatique important, mais c'est cette relation mère-fille. Comment avez-vous fait pour établir cette relation?
 
Chloë : Ce qui est super avec Julianne, c'est que c'est probablement une des personnes les plus gentilles que vous pourrez rencontrer dans votre vie. Donc, sur le plateau nous faisions hors caméra des blagues et nous rions beaucoup. Puis la caméra s'allumait et elle me battait! *rire*
 
Julianne : Les acteurs, comme chez les gens, ont besoin de sentir en sécurité les uns avec les autres pour bien performer surtout dans des scènes difficiles. C'était pour moi essentiel d'établir cette relation de confiance avec Chloë. Je voulais qu’elle se sente bien.
 
Modérateur : Kimberley, tu as mentionné plus tôt être ami avec le réalisateur du premier opus, Brian De palma, lui as-tu parlé du projet? 
 
Kimberley : Au début oui. C'était vraiment intéressant pour moi de discuter avec quelqu'un qui partageait la même passion que moi pour les personnages de Carrie. Je crois qu'il a vraiment fait du bon travail avec son film. C'est un privilège pour moi de pouvoir offrir maintenant ma version de l'histoire. 
 
ComicCon de New York Carrie
 
Modérateur : Julianne et Chloë, dans le film original Piper Laurie et Sissy Spacek donnent une performance mémorable. Est-ce quelque chose qui vous a habité durant le tournage?
 
Julianne: Nous n'avions pas la prétention ni une ni l'autre de vouloir copier la performance incroyable de ces deux actrices. Ce que j'ai trouvé fantastique c'est que Chloë est réellement une adolescente, alors que Sissy avait 26 ans lorsqu'elle a joué le rôle de Carrie.  Je me sens donc vraiment chanceuse de pouvoir être dans une situation où je donne la réplique à quelqu'un comme Chloë. 
 
Chloë : Il est clair que les gens qui ont vu l'original feront certainement des comparaisons entre nous. Cependant, lorsque je me prépare pour un rôle, surtout pour un rôle aussi iconique que celui de Carrie, je tente de ne pas laisser cette pression m'affecter. Je me concentre sur le texte, sur ma vision du personnage et je tente de livrer le meilleur jeu dont je suis capable. 
 
ComicCon de New York Carrie
 
Kimberley : Pour moi, les deux versions du film peuvent exister en parallèle. Notre but n'était pas de faire un film identique à celui de Brian, mais de s'approprier l'histoire et d'en faire notre interprétation. Dans notre version, la relation mère-fille est le coeur de l'histoire et nous avons tenté de la développer au maximum. 
 
Modérateur : En tant que réalisateur ou même producteur, vous devez avoir une vision précise sur la façon dont certaines choses devaient être faites dans le film. Quels ont été vos défis? 
 
Kimberley : Le plus difficile pour moi a été de décider du niveau de sang montré à l'écran. Au cours des 3 mois de tournages, nous avons fait environ 50 scènes avec des chutes de sang et je me demandais toujours si nous devions mettre 3, 4 ou 5 gallons de sang dans la chute et de quel angle nous devions faire tomber le sang. C'est très difficile d'avoir le bon angle, il y a énormément d'essais et d'erreurs. Il y a un point dans ce genre de film où beaucoup de sang devient terrifiant et trop de sang devient risible. C'est délicat de trouver le juste équilibre pour donner aux spectateurs les émotions adéquates à la situation. 
 
Chloë : Oui, mais d'habitude, tu disais toujours que nous avions besoin de plus de sang! Je me souviens une fois j'étais couverte de la tête au pied de sang, pas un espace n’était libre et tu as dit : « Nous avons besoin de plus de sang! » *rire*
 
ComicCon de New York Carrie
 
Question du public : Chloë, quels éléments de tes rôles précédents t'ont été utile pour personnifier Carrie et qu'as-tu appris de ce personnage? 
 
Chloë : Durant le processus d'audition et au début du tournage, Kim m'a demandé de jouer comme si j'avais 18 ans. Et plusieurs personnes semblaient croire que je n'étais pas assez vieille pour jouer le rôle. À un moment pendant le tournage, Kim m'a demandé d'être plus « jeune » dans mon interprétation, car Carrie évolue énormément pendant cette période. Donc pour moi en tant qu'actrice, j'étais plongée dans ces situations où je devais constamment m'adapter ce qui était un apprentissage incroyable.  Maintenant, je regarde les rôles qui me sont proposés et je n'ai plus autant cette chance de pouvoir apprendre dans ma façon de jouer et je trouve ça bien dommage. 
 
ComicCon de New York Carrie
 
Question du public : Kimberley, on parle beaucoup d’intimidation dans les médias. J’aimerais savoir comment as-tu abordé la thématique dans l’univers de Carrie
 
Kimberley : Comme je le disais plus tôt, je suis tombé en amour avec les personnages de Carrie. Je pense que les choses ont changé dans la société depuis le moment où Stephen King a écrit le livre et le moment où j’ai fait mon film. On verra donc dans le film une certaine conscience de la part des enseignants face à la problématique de l’intimidation et une certaine volonté de leur part de faire quelque chose à ce sujet. Sans vouloir révéler trop d’éléments de l’intrigue, nous avons aussi toute une scène qui implique l’utilisation des médias sociaux. 
 
Julianne : Je ne sais pas si vous avez eu la chance de lire le livre de Stephen King  On Writing  à propos de son processus d’écriture, car il parle dans ce livre de ce  qui lui a servi d’inspiration pour Carrie. Enfant, il allait à l’école avec deux filles qui étaient très isolées des autres enfants, une par des parents très religieux et une par une pauvreté extrême. Et il explique comment cette solitude à l’école s’est poursuivie dans leurs vies adultes et que malheureusement aucune des deux n’a vécu très longtemps. Ces deux histoires l’ont amené à réfléchir sur la marginalisation et c’est ce qu’il a voulu transposer dans Carrie. Comme Kimberley le mentionnait, oui la thématique fait partie de l’histoire, mais elle part avant toute chose de l’imperfection des personnages. La mère de Carrie est imparfaite, les adolescents de l’école sont tourmentés et imparfaits. Au centre de ça, une petite fille imparfaite qui tente de changer les choses et n’arrive qu’à aggraver la situation, car elle est imparfaite. C’est ce qui rend l’histoire si intéressante à mes yeux. 
 
ComicCon de New York Carrie
 
Carrie arrivera au cinéma en mars 2013.