Sécurité informatique: retour au modèle féodal?

Dans un éditorial publié sur le site de Wired, le spécialiste en sécurité informatique Bruce Schneier affirme que les Google, Apple et Amazon de ce monde, en créant des environnements plus ou moins fermés pour protéger nos contenus et/ou nos appareils favoris, sont en train de se transformer en nouveaux seigneurs médiévaux. Et même si l’argumentaire de Schneier ne me convainc pas totalement, il suscite quand même une certaine réflexion concernant nos relations de plus en plus étroites avec les entreprises qui nous fournissent gadgets et services en tous genres.

Pour simplifier grossièrement: au Moyen-Âge, la vie était risquée et les paysans se plaçaient (de gré ou de force) sous la protection de seigneurs militaires capables, en théorie du moins, de les protéger contre les bandits... et contre les attaques des autres seigneurs militaires du coin. (Dans la réalité, les réseaux d’entraide et d’obligation mutuelle étaient parfois d’une complexité ahurissante, et la féodalité s’est implantée à des degrés très variables selon les régions, mais faisons abstraction de mes sensibilités d’historien pour un moment!) 
 
Alors qu’aujourd’hui, le cyberespace est tout aussi dangereux, et l’individu se retrouve bien démuni en comparaison avec les grandes entreprises qui peuvent se payer les services d’une escouade d’élite en matière de sécurité. D’où l’intérêt de confier les sauvegardes de nos données à des services infonuagiques aux protections que l’on espère plus efficaces que celles accordées à nos pauvres petits PC par un antivirus ou un coupe-feu local pas toujours très puissant. Sans oublier que les Kindle, iPad et téléphones intelligents, qui peuvent être effacés à distance en cas de vol (ou de violation des ententes d’utilisation) accordent au «seigneur» qui nous les a vendus un pouvoir que l’on n’aurait jamais imaginé accorder à Microsoft à l’époque où pratiquement tout le monde utilisait un PC équipé de Windows 95... 
 
À moins de bidouiller nos gadgets à coups de «jailbreak» et de renoncer ainsi en bonne partie à la protection que le système fermé affirme nous offrir. Beau dilemme... À condition de faire partie de la minorité de consommateurs pour qui une telle opération est même envisageable. (Sur 100 propriétaires de iPhone, combien savent ce que c’est qu’un «jailbreak»? Et sur 100 propriétaires de téléphones Android, combien ont déjà entendu parler de CyanogenMod, par exemple?)
 
J’avoue aussi ressentir un certain malaise envers les écosystèmes incompatibles qui rendent le passage d’une technologie à une autre économiquement ou psychologiquement difficile. Mais ça, c’est une autre histoire...