Fantasia : Entrevue avec Michael Biehn et Jennifer Blanc-Biehn

Connu pour ses rôles dans des films cultes comme Terminator ou Aliens (et plus récemment The Divide de Xavier Gens), l’acteur Michael Biehn est de passage au Festival Fantasia pour présenter The Victim, un long-métrage dans la plus pure tradition du grindhouse dont il signe le scénario et la réalisation. Il y partage aussi la vedette avec la comédienne Jennifer Blanc-Biehn, son épouse et productrice du film. Ztélé a profité de la venue du couple à Montréal pour leur poser quelques questions sur cette production indépendante.

Vous portez plusieurs chapeaux pour cette édition de Fantasia. Vous jouez un petit rôle dans Sushi Girl, mais vous venez aussi présenter un film que vous avez écrit et réalisé, intitulé The Victim
 
Michael Biehn : Oui.
 
Jennifer Blanc-Biehn : Il en est la vedette aussi (rires).
 
Quelle est l’histoire?
 
Michael Biehn : J’ai tourné un film il y a quelques années avec Robert Rodriguez et Quentin Tarantino, intitulé Grindhouse, et j’ai été introduit à ce genre de production à petit budget. C’est ce qui m’a décidé à essayer de faire un film avec un très petit budget. On a tourné le tout en douze jours, et avec l’argent dont je disposais, c’est de l’exploitation du début à la fin. Je ne pouvais pas me payer d’effets spéciaux, les maquillages en latex étaient trop dispendieux, les voitures, les foules, il y avait beaucoup de choses que je ne pouvais pas m’offrir, mais j’avais au moins ma splendide copine, qui est très sexy quand elle est nue…
 
(Jennifer éclate de rire)
 
Michael Biehn : Elle a l’air sexy de toutes façons, mais elle est encore plus belle nue. Ensuite, on a demandé l’aide de son amie Danielle Harris, qui a de l’expérience dans le film de genre, comme elle a joué dans Halloween et plusieurs autres, et elle a accepté.
 
La partie « sexe » de mon film d’exploitation était réglée. J’ai ajouté des flics corrompus au scénario, de la drogue, et juste un tout petit peu de torture. J’ai écrit quelques scènes d’action, puis j’ai pensé « pourquoi ne pas ajouter un tueur en série, ça ne me coûtera rien ». J’ai mélangé tout ça dans l’histoire, mais la chose dont je suis le plus fier, c’est qu’à partir du moment où on a su qu’on ferait le film, on est passé en pré-production pour trois semaines pendant que j’écrivais le script, on a ensuite tourné sur douze jours à coup de douze heures par jour, et le résultat final est pas mal du tout…
 
Michael Biehn et Jennifer Blanc-Biehn
 
Jennifer Blanc-Biehn : C’est vraiment la vision de Michael. Ce que vous voyez à l’écran, c’est exactement ce que Michael voulait...
 
Vous avez une longue carrière d’acteur. Qu’est-ce qui vous a décidé à passer derrière la caméra?
 
Michael Biehn : Tu sais, quand tu embarques dans une de ces productions à très petit budget et que tu dois jouer sur un plateau ridicule, ou avec de faux monstres qui ont l’air stupides, tu passes pour un idiot en tant qu’acteur. J’ai donc dit aux gens qui finançaient le projet « Je vais le faire, d’accord. Je vais écrire le scénario, réaliser le film, mais vous devez me donner le contrôle créatif total, et le contrôle de la production ». Et ils ont accepté. Je suis devenu mon propre patron pour la première fois de ma vie. Et je me suis senti vraiment bien. J’ai apprécié être celui qui prend les décisions finales à propos des acteurs à engager, du choix des dialogues, de la façon dont on allait éclairer la scène, les effets spéciaux à ajouter, le montage… Après avoir bouclé le film, je pensais que mon travail était terminé, mais il faut aussi le vendre. Ce n’est pas facile d’obtenir des projections devant public. Depuis près de neuf mois, Jennifer et moi nous rendons à tous les Festivals où le film est projeté, nous avons fait une dizaine de Comic-Cons à travers les États-Unis.
 
Jennifer Blanc-Biehn : Un lancement est prévu prochainement, et je sais qu’Anchor Bay aimerait bien que je vous en parle (rires)… Il y aura une sortie limitée du film en salle. Ici c’est notre première québécoise, mais nous avons aussi une parution Nord-Américaine du DVD prévue pour le 18 septembre, avec une édition spéciale contenant plusieurs suppléments remplis de cœur et d’âme. Je les ai fait, on y voit Michael devenir complètement fou comme réalisateur. Plusieurs parutions ne proposent pas ce genre d’extras, et nous somme bien contents de les offrir.
 
Michael Biehn et Jennifer Blanc-Biehn
 
Est-ce que votre expérience en tant qu’acteur a influencée votre façon d’écrire le scénario et de réaliser, mettant l’accent par exemple sur des personnages forts?
 
Michael Biehn : J’ai toujours cru dans la vérité. Dès qu’on s’éloigne de la vérité, quand les gens me disent « Ah, ne t’en fais pas, personne ne remarquera rien», ça m’hérisse le poil! En tant qu’acteur, j’essaie de rester très simple et très honnête… Peut-être pas simple, parce qu’il arrive que je fuie des aliens en hurlant, mais j’essaie de conserver l’honnêteté.  Souvent, je ne fais que me placer moi-même dans la situation de mon personnage. 
 
Jennifer Blanc-Biehn : C’est un très bon réalisateur.
 
Michael Biehn : Pendant ce tournage, j’étais surtout… très occupé. Je parlais fort, et j’étais presque un enfoiré...  J’ai travaillé avec plusieurs réalisateurs qui ont la réputation d’être difficiles, comme Billy Friedkin. J’ai fait deux films avec Billy, deux films avec James Cameron, j’ai travaillé avec Michael Bay. Tous ces réalisateurs ont la réputation d’être difficiles…
 
Jennifer Blanc-Biehn : Billy Friedkin a failli être ici cette année…
 
Michael Biehn : Je sais. Il a encore peur de moi, c’est pour ça qu’il n’est pas venu (rire général). Si tu prends tous ces réalisateurs ensemble lors de leur pire journée, ça te donne une idée de ce que j’avais l’air sur ce tournage. On filmait 45 scènes par jour, il fallait courir d’un lieu de tournage à l’autre avec tout le matériel. Toutes les scènes à l’intérieur des voitures ont été tournées dans l’entrée circulaire de la maison d’un des technicien dans les montagnes, avec des arbres des deux côtés, et on roulait en rond, et encore en rond. Je pense que les gens ont eu beaucoup de plaisir à faire le film, mais moi, je carburais à l’adrénaline et à la caféine, et je ne me souviens pas avoir apprécié l’expérience tant que ça. Je pense que c’est comme un match de football ou une partie de hockey. Quand tu es dans le feu de l’action, est-ce que tu t’amuses vraiment? C’est après-coup que tu peux davantage apprécier.   
 
Notre culture est plus violente aujourd’hui. Sentez-vous le besoin d’augmenter le niveau de la violence pour produire le même choc visuel que le cinéma grindhouse des années ’70?
 
Jennifer Blanc-Biehn : Il a augmenté le niveau de sexe pour avoir le même effet choc, avec un peu de violence. Mais tu sais, avoir de la violence juste pour montrer de la violence, ce n’est pas ce qu’on a fait dans ce film.
 
Michael Biehn : Ce n’est pas comme les films de la série Saw, ou ceux d’Halloween. Je sais que c’est un genre de cinéma dont plusieurs raffolent, et je sais que plusieurs réalisateurs de talent produisent des films dans ce genre, mais ce n’est pas un style que j’apprécie particulièrement. Même le film de Robert Rodriguez poussait un peu les limites de ma sensibilité, avec toutes ces éviscérations, et ce genre de trucs. Ce n’est pas mon style. Il y a un peu de torture dans le film, oui, mais ce n’est pas comme… 
 
Jennifer Blanc-Biehn : Ce n’est pas comme voir des visages en train de se désagréger avec de l'acide (rires)…
 
Michael Biehn : Où des membres se faire couper…C’est de la bonne vieille torture!
 
Jennifer Blanc-Biehn : Oui, c’est de la bonne vieille torture… 
 
Michael Biehn et Jennifer Blanc-Biehn
 
Est-ce que vous avez apprécié réaliser ce film assez pour reproduire l’expérience? Planifiez-vous réaliser un autre film?
 
Jennifer Blanc-Biehn : Il fait mieux de répondre oui, parce qu’il est trop bon (rires)!
 
Michael Biehn : J’aimerais réaliser un autre film quand j’aurai trouvé le bon matériel. J’ai trouvé des histoires que j’aimerais réaliser, mais je n’ai pas les moyens d’acquérir les droits. Dès que j’aurai trouvé le bon matériel, oui, je réaliserai à nouveau. Mais je pense que le plus important quand on fait un film, c’est le scénario. Quand tu as une très bonne histoire, ça attire de très bons acteurs. Ensuite, en tant que réalisateur, il suffit de les laisser aller. Donc, oui, j’aimerais réaliser à nouveau, mais j’ignore quand ça se produira.
 
Jennifer Blanc-Biehn : En dehors de la réalisation, nous avons lancé une compagnie nommée Blanc-Biehn Productions pour The Victim. Je suis la productrice au quotidien de cette compagnie, et Michael approuve ou refuse les projets. Nous produisons présentement un film qui s’appelle Treachery, et nous avons un projet en collaboration avec Xavier Gens prévu pour l’an prochain, un long-métrage qui s’appelle The Farm. Nous allons beaucoup augmenter la mise avec ce film.
 
Dernièrement, vous êtes membre du jury cette année. Vous dites ne pas raffoler des films comme Saw ou Halloween. Quelles qualités recherchez-vous dans un bon film de genre? 
 
Michael Biehn : En ce qui me concerne, la vérité et l’honnêteté sont toujours importants. Et je n’aime pas les films qui sèment la confusion (rires). Je n’aime pas les films qui me font voyager à différentes époques, ou… Quel était le nom de ce film?
 
Jennifer Blanc-Biehn : Memento (rires). J’ai adoré Memento, mais Michael se demandait vraiment ce qui se passait… 
 
Michael Biehn : Tout le monde aime Memento… J’ai aimé Irréversible, mais je préfère une histoire linéaire. Il faut que ce soit une bonne histoire, mais aussi honnête. Je dois visionner une dizaine de films comme membre du jury, des choses qui ont l’air bien intéressantes… Mais je dirais que je ne raffole pas des excès d’effets spéciaux et des trucs fous. J’aime la simplicité… J’aime Taxi Driver. Donnez-moi un film de ce genre, avec une bonne histoire…
 
Jennifer Blanc-Biehn : Et c’est pas mal épeurant! Taxi Driver! Ça me fout la frousse! (rire général)