Fantasia : Critique Excision

3 août 2012
Alexandre Duguay

Excision

Avec un titre pareil, on se doute bien - avant même de l'avoir vu - que ce long métrage risque de provoquer un inconfort chez le spectateur. Il s'agit du genre de film qu'on embrasse ou que l'on rejette violemment. Dans mon cas, il m'a ébranlé, voire bouleversé, en faisant de ce film l'un des meilleurs que j'ai pu visionner depuis le début de Fantasia, et probablement de l'année. Une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent.

À mi-chemin entre la satire et le drame d'horreur, Excision nous raconte la sombre histoire de Pauline (AnnaLynne McCord, brillante), une adolescente solitaire loin de répondre aux standards de beauté dictée par la société. Jamais coiffée, les cheveux gras, le visage couvert d'acné et peu soucieuse de sa tenue vestimentaire, elle suscite l'incompréhension ou le rejet. Souvent perçue comme étant une personne étrange par ses camarades de classe, ses professeurs et ses proches, Pauline n'a toutefois aucune pudeur quant à ce qui lui traverse l'esprit. Fascinée par le milieu médical, elle rêve de devenir chirurgienne.

Bien qu'au départ le portrait caricatural de la banlieue américaine donne l'impression que le récit tombera dans la facilité, il n'en est rien. À prime à bord, on a certes un sentiment de déjà-vu en constatant qu'une partie du récit de l'adolescente se déroule dans son milieu scolaire, alors que celle-ci vit difficilement son passage à l'âge adulte. Cette impression est renforcée par le personnage de la mère dominante de Pauline (interprétée par une étonnante Traci Lords), qui lui préfère sa petite sœur atteinte d'une grave maladie pulmonaire. Idem pour la représentation du père : un mou qui, dépassé, préfère se taire plutôt que de subir les humeurs de sa femme contrôlante et maladivement perfectionniste. 
 
Même si ce tableau familial rappelle étrangement American Beauty à certains égards, le commentaire incisif que transmet le cinéaste Richard Bates Jr. prend soudainement une direction beaucoup plus complexe que ce qu'on pouvait imaginer au départ. Les propos, ainsi que les personnages, s'avèrent au fil du récit, de plus en plus nuancés. Et si les scènes sanglantes nous exposant (de manière hyperstylisée) les fantasmes de Pauline où la médecine et la sexualité s'entremêlent risquent d'en choquer quelques-uns, elles permettent de bien établir l'état d'esprit dans lequel se retrouve cette dernière. Il devient d'ailleurs déstabilisant d'observer la souffrance de cette jeune femme pourtant lucide, qui perd de plus en plus contact avec la réalité.
 
En attribuant le rôle de Pauline à la comédienne AnnaLynne McCord, méconnaissable dans un contre-emploi assez étonnant (elle est notamment connue pour sa participation dans la série 90210), le cinéaste apporte une dimension particulière à cette comédie noire qui, sans crier gare, se transforme soudainement en une tragédie poignante. Avec de jouissifs caméos de John Waters, Malcolm McDowell et Ray Wise, Excision, qui avait d'abord retenu l'attention sous la forme d'un court-métrage en 2009, a maintenant tout pour devenir un film culte. D'une durée d'à peine 75 minutes, cette production s'incruste sous la peau et fait vivre une panoplie d'émotions et de réflexions qui laissent inévitablement quelques marques. 
 
Présenté le 4 août à 21h35 au Théâtre Hall 
En présence du réalisateur Richard Bates Jr. et des actrices AnnaLynne McCord et Melissa Hirschenson
 

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