Fantasia : Entrevue avec Trip Hope et Eddie McGee de The Human Race

29 juillet 2012
Patrick Robert

The Human Race

C’est ce soir, dimanche 29 juillet 21h30, dans le cadre de Fantasia qu’aura lieu la première mondiale de The Human Race. L’entrevue qui suit a failli ne pas avoir lieu, puisque les organisateurs du festival étaient incapables de rejoindre l’équipe au moment convenu. Par un heureux hasard, alors que nous étions sur le point de quitter les lieux, nous avons aperçu le producteur et acteur Trip Hope ainsi que le comédien Eddie McGee sortant d’un corridor de l’hôtel, avec en main la copie finale du film dans une enveloppe. Ils ont eu la gentillesse de répondre tout de go à nos questions à propos de cette œuvre qui fait déjà beaucoup de bruit.

 
The Human Race a été décrit comme une sorte de Hunger Games mettant en vedette des personnes handicapées. Comment est venue cette idée?
 
Eddie McGee : Et bien, Paul Hough est à la fois un auteur et un réalisateur exceptionnel. Il est absolument génial. Ça fait huit ans maintenant que j’ai le plaisir de travailler avec lui, et c’est un auteur qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus. Je le décrirais comme un meurtrier qui croit en l’égalité des chances. À l’écran, il peut tuer des enfants, des vieillards, des handicapés, il s’en fout, tu sais. Si ça donne une bonne histoire et que c’est solide, il n’a aucun problème à tuer qui que ce soit. Je ne sais pas d’où lui est venue l’idée, mais nous raffolons tous les deux de Run Lola Run et de Battle Royale, nous avons grandi avec la série Twilight Zone… Il a puisé dans toutes ces influences pour ce film. C’est vrai qu’il y a eu Hunger Games récemment, mais nous travaillons sur ce projet depuis des années. Je comprends tout de même la comparaison…
 
The Human Race
 
Les prémisses peuvent se ressembler, avec des personnes obligées de participer contre leur gré à une sorte de marathon mortel…
 
Trip Hope : Oui, c’est ce que j’allais dire. Mais je pense que l’approche de Paul (Hough) est inhabituelle, en ce sens qu’il a l’habitude de dénicher des personnes uniques pour jouer dans ses films. C’est ce qui l’attire. Il cherche à créer la meilleure opportunité possible pour des gens talentueux. Spécialement avec ce film. Je sais que plusieurs parlent des acteurs handicapés, parce qu’on a deux personnages qui sont sourds et qui utilisent le langage des signes pour dialoguer, ce qui est peu commun. Puis, il y a visiblement Eddie… 
 
Eddie McGee : Qu’est-ce que tu veux dire?
 
Trip Hope : Rien, rien (rires).
 
Vous êtes probablement le premier héros unijambiste en vedette dans un film d’action. Est-ce une primeur mondiale? Je n’ai jamais rien vu de tel…
 
Eddie McGee : La première mondiale est dimanche soir. Les cinq cents personnes que nous espérons présentes dans la salle seront les toutes premières à visionner le film. Je ne peux te dire à quel point nous sommes excités! C’est un honneur d’être ici, à Fantasia. On est venus en 2007 pour présenter un court-métrage intitulé The Angel, et on a gagné un prix du public, ce qui a constitué un moment marquant. Mitch Davis supporte énormément notre travail, tout comme Tony Timpone de Fangoria. Ces types font tout pour nous aider, on est très chanceux d’avoir le support de personnes comme ça. Depuis qu’on est arrivés, on flâne un peu ici et là, et on profite du tour de montagnes russes.  Jusqu’ici, le film a fait : « Clac! Clac! Clac! Clac! » (Eddie imite le bruit d’un wagon de montagne russe qui monte). Maintenant, on se trouve tout en haut, et en arrivant ici, on amorce la descente… On va s’éclater!
 
The Human Race
 
Avez-vous eu de la difficulté à trouver les acteurs?
 
Eddie McGee : La distribution a été un défi. J’ai une seule jambe, alors (claquement de doigts), ça a été réglé facilement. Paul a écrit le rôle sur mesure pour moi. Mais on a aussi deux personnages sourds dans l’histoire, et il a fallu lancer un appel pour trouver deux comédiens sourds. L’annonce a été affichée pendant un bon mois sur Actors Access, ou L.A. Backstage, mais pas une seule personne ne s’est présentée. On a finalement engagé deux acteurs « normaux », Trista Robinson et Arthur T. Cottam, qui sont fantastiques. On a donné les répliques à une interprète, et elle a entraîné les deux acteurs pour qu’ils puissent les livrer dans le langage des signes. On a ajouté les sous-titres par la suite, et ça donne un très bon résultat.
 
Ça apporte une signature visuelle particulière au long-métrage…
 
Eddie McGee : Oui, c’est intégré de façon magnifique, et c’est merveilleux de donner ainsi une visibilité aux personnes handicapées. Aux États-Unis, selon les statistiques, vingt pourcent des Américains ont un handicap, que ce soit une simple cataracte ou la quadriplégie. Mais il n’y a que 0.5% des personnages qu’on voit dans les films ou à la télévision qui reflètent cette réalité, ce qui représente un chiffre assez effarant.
 
Quand on engage un nain dans un film, c’est souvent pour interpréter le rôle d’un nain plutôt qu’un personnage substantiel, et c’est aussi la même chose pour les handicapés, mais pas dans The Human Race... 
 
Eddie McGee : Absolument! On envoyé ce principe se faire foutre. Et nous en sommes très fier.
 
Trip Hope : Oui (rires).
 
Quelle a été la scène la plus difficile à tourner?
 
Trip Hope : Au deux tiers du film environ, il y a une grosse scène de bagarre à laquelle je participe avec deux autres acteurs beaucoup plus corpulents que moi, de vraies armoires à glace… La scène d’action avec Richard Gale a été l’une des plus difficiles pour moi…
 
Vous ne semblez pas préoccupés par la rectitude politique. Est-ce que les gens se scandalisent à l’idée de personnes handicapées se faisant tabasser et tuer?
 
Eddie McGee : On présente le film pour la première fois dimanche soir, donc, c’est impossible de répondre présentement. Téléphone-moi lundi matin, et on pourra en discuter (rire général)…
 
The Human Race
 
D’accord, mais y’a t’il un désir de provoquer un peu la rectitude politique ambiante derrière ce film?
 
Eddie McGee : Oui, tout à fait. Je suis personne handicapée, mais je suis parfois impliqué dans des bagarres, je me dispute avec ma copine, je me mets dans le pétrin,  j’ai des accrochages avec la police (rires)...  Je suis un gars « normal ». N’avoir qu’une seule jambe est une partie de qui je suis, mais ça ne définit pas mon identité. En ce qui concerne la rectitude politique, on n’en a rien à branler! Comme j’ai dit, Paul croit en l’égalité des chances quand vient le temps de tuer des gens à l’écran. Si ça donne une bonne histoire, que ça fait tourner des têtes et que c’est ce qu’il veut, il va le faire comme ça (claquement de doigts). Je pense que Paul a réalisé son premier film à l’âge de quinze ou seize ans, ça fait tout ce temps qu’il tue des gens à l’écran (rire général)… Et ça ne me cause aucun problème, c’est même mon meilleur ami…
 
The Human Race
 
Une rumeur veut qu’après avoir vu des extraits, Mitch Davis (le co-directeur de Fantasia) vous a demandé de terminer le film à temps pour le festival?
 
Trip Hope : C’est vrai. Si ce n’était pas de Mitch, on serait encore en train de prendre notre temps pour le peaufiner…
 
Vous apportez la copie finale avec vous?
 
(La copie pour la projection est dans une enveloppe entre les deux acteurs)
 
Eddie McGee : Tu la regardes présentement (il la soulève). On dirait qu’il y a une tache de sang sur l’enveloppe (rire général). Ça vient de Paul (rires).
 
Trip Hope : Si ce n’était de Mitch, on serait encore en train de travailler sur le film, et on l’aurait plutôt lancé en septembre… Mais Mitch a mis de la pression, il nous a motivé à mettre la pédale à fond pour le terminer, et nous ne pouvons qu’en remercier le ciel.
Ce qu’il a vu l’a enthousiasmé.
 
The Human Race
 
Trip Hope : On adore Mitch, et on est très fiers et très heureux d’être ici pour présenter le film… Je ne peux penser à un meilleur événement pour faire notre première mondiale que Fantasia…
 
Vous avez lancé une campagne Kickstarter pour boucler le financement. Pourquoi avez-vous décidé d’utiliser cette plateforme?
 
Trip Hope : J’ai fait plusieurs campagnes différentes sur Kickstarter, mais Eddie et Paul ont été le cœur et l’âme de celle-ci. C’est une chance inouïe de pouvoir proposer publiquement un projet de film, surtout dans un cas comme celui-ci, parce qu’on propose un angle si spécifique et une vision artistique tellement unique que les gens se sentent interpelés. Une fois que la campagne a été inaugurée, on a été agréablement surpris, parce que… Est-ce que tu sais combien de jours la campagne était censée durer?
 
Eddie McGee : Quatorze… Non,  un peu moins... Treize? C’était moins de deux semaines… 
 
Trip Hope : Et on a atteint notre but en moins de trois jours.
 
The Human Race
 
Je présume que les gros studios ne voulaient pas toucher au projet?
 
Trip Hope : Ils ne connaissent pas mieux, encore.
 
Ils préfèrent mettre de l’avant des formules éprouvées, et votre film sort définitivement des sentiers battus…
 
Eddie McGee : Peut-être. Mais après avoir visionné The Human Race, je suis prêt à parier la jambe qu’il me reste que Paul va se trouver un emploi avec un gros studio. Je n’ai aucun doute là-dessus. C’est impossible qu’ils refusent de l’engager après ça…
 
Pensez-vous que cette forme de financement directe créera davantage de diversité dans le cinéma en général?
 
Eddie McGee : On ne peut que l’espérer. Nous ne sommes peut-être pas le premier film au monde mettant en vedette des handicapés, mais nous sommes certainement les premiers à le faire dans cette optique. Ce film vous fera oublier tous vos préjugés.
Dernièrement, que voudriez-vous que les spectateurs retiennent du film?
 
Trip Hope : Une façon différente de voir les choses. Qu’ils regardent d’abord le talent des individus avant tout le reste.
 
Eddie McGee : Ne juge pas un livre d’après sa couverture, bébé! 
 
Trip Hope : Exactement (rire général).

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