Festival Fantasia : Entrevue exclusive avec Mike Mendez

29 juillet 2013
Patrick Robert

Mike Mendez
On se doute bien qu’un réalisateur ayant l’audace de nommer son film Big Ass Spider! ne se prend pas trop au sérieux; c’est ce que Ztélé a pu confirmer en rencontrant le sympathique Mike Mendez lors de son passage à Montréal dans le cadre du Festival Fantasia.
 
D’où vous est venue l’idée de Big Ass Spider!? Craignez-vous les araignées?

 
Mike Mendez : Non. Je trouve les araignées plutôt chouettes en fait, ne serait-ce qu’à cause de leur apparence un peu repoussante, mais je dois avouer que ce n’est pas moi qui ai eu l’idée au départ. Les gens d’Epic Pictures sont venus me voir avec un scénario intitulé Dino Spider, qui mettait en vedette une créature mi-dinosaure, mi-araignée, et je me suis dit « Wow, c’est vraiment stupide! » (rires). J’avais peur que le résultat final ne soit horrible, du genre grosse merde tournée en dix jours avec un budget de 200 000 dollars…
 

(Une personne sur la terrasse crie Sharknado!)
 
Mike Mendez : Je ne donnerai pas de noms, mais vous avez peut-être entendu quelque chose dans la foule (rires)… Heureusement, les producteurs chez Epic sont fantastiques. C’était leur première production à l’interne, et ils voulaient vraiment faire les choses différemment. Ils m’ont permis de m’amuser avec le projet. Ce genre de soutien est très important. Lorsqu’on est confronté à des producteurs qui répètent toujours « Non, on ne peut rajouter de journée de tournage, on n’a pas le budget, oublie ça », ça limite beaucoup ce qu’on peut accomplir, mais j’ai eu droit au support des producteurs, à une équipe formidable, et à des comédiens de talent. Ça m’a permis d’apporter un petit quelque chose de plus au film.
 
Big Ass Spider!
 
Votre film The Convent  mélangeait horreur et humour, alors que The Gravedancers possédait un ton beaucoup plus sérieux. Est-ce qu’il était important pour vous de renouer avec la comédie quand vous avez accepté de réaliser Big Ass Spider!?
 
Mike Mendez : Oui, ça a été un facteur décisif. Mon premier long-métrage, Killers, était un peu plus sérieux malgré quelques blagues et The Convent versait carrément dans l’humour, mais j’avais l’impression que ma carrière n’avançait pas après ces deux films. J’ai donc décidé de tourner une histoire d’horreur un peu plus « grand public ». C’est dommage, parce que même si les gens ont apprécié The Gravedancers et que le film a bien marché, il n’a absolument rien fait pour l’avancement ma carrière. Personne ne voulait m’engager après sa sortie. Ça m’a un peu découragé, parce que j’avais essayé de réaliser quelque chose d’un peu plus accessible, de plus conventionnel, et les gens n’étaient pas davantage intéressés à m’engager.
 
Quand on m’a proposé Big Ass Spider!, j’ai pensé « Et puis, merde! Je veux faire un truc qui me ressemble, qui représente ma vision en tant que cinéaste, plutôt que d’essayer de réaliser un film plus conforme pour m’aider à trouver du boulot ». À ce stade-ci de ma vie, je me dis que je n’aurai peut-être jamais la chance de faire un autre film. On ne se sait jamais (rires)! Avec un peu de chance, j’aurai peut-être l’occasion d’en tourner plusieurs autres, mais on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Je traite donc chaque long-métrage comme si c’était mon dernier, en pensant à la façon dont je voudrais qu’on se souvienne de moi. J’aimerais qu’on se rappelle que j’ai fait rire les gens, et qu’ils ont passé un bon moment en regardant mes films…
 
Mike Mendez

C’est particulier, la façon dont l’humour et l’horreur font si bon ménage…
 
Mike Mendez : Je pense que les deux vont merveilleusement bien ensemble, même si le mélange n’est pas toujours facile à vendre. Si je signais seulement des comédies ou de l’horreur, ma carrière n’aurait probablement pas connu autant de difficultés, mais comme j’adore créer des œuvres hybrides qui mélangent l’horreur et l’action, ou la comédie et l’horreur, les gens ont de la difficulté à trouver une catégorie dans laquelle me classer. Mon approche a toujours été d’essayer de réaliser le meilleur film possible, et d’espérer que le public aura l’occasion de le voir.
 
Les insectes tueurs ont longtemps fait partie du cinéma d’horreur; Je pense à des films comme The Fly, The Nest, ou Arachnophobia. Pourquoi pensez-vous que le genre a été un peu négligé dans les dernières années?
 
Mike Mendez : Malheureusement, je pense qu’il n’a pas du tout été négligé, au contraire. À mon avis, c’est la trop grande quantité de téléfilms produits par la chaîne Syfy qui a donné une mauvaise réputation au genre. Je pense que les amateurs ont perdu espoir que ce type de film puisse encore être bon, parce qu’il en existe trop de mauvais. Je voudrais aimer Sharktopus, tu sais! Je prends ce film au hasard, je n’ai rien contre lui en particulier (rires). C’est un titre rigolo qui me donne envie de le voir, mais la plupart du temps, ce genre de long-métrage a tendance à être mauvais. Mais vraiment mauvais. On y voit des têtes parlantes, puis un requin mal foutu… Il n’y a aucun plaisir là-dedans. J’ai voulu réaliser le film que j’aimerais voir, et c’est pourquoi j’ai accepté le projet.
 
L’araignée est évidemment la vedette du film; comment avez-vous approché sa conception et son animation? 
 
Mike Mendez : Je suis un grand fan de Ray Harryhausen. Je voulais que ma créature ait un rendu le plus photoréaliste possible, et c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai choisi une araignée munie d’une carapace solide, comme les crabes dans les films d’Harryhausen. Il est plus facile de donner une texture réaliste aux animations par ordinateur et de tromper l’œil lorsque la créature reflète la lumière du jour. En plus, la veuve noire est mon araignée préférée, parce que je suis un peu gothique sur les bords, et je trouve que les tarentules ont été surexploitées au cinéma. J’apprécie énormément les créatures que Stan Winston a fabriquées pour Aliens. C’est ce qui m’a inspiré à donner des origines extraterrestres à mon araignée. Son design a été beaucoup influencé par le travail de Stan Winston. 
 
Big Ass Spider!
 
Vous avez accompli un travail remarquable avec un très petit budget. Qu’auriez-vous fait différemment si vous aviez eu de plus grands moyens à votre disposition?
 
Mike Mendez : Me connaissant, j’aurais sûrement essayé de faire un plus gros film. Les scènes d’actions, spécialement vers la fin, ne sont pas aussi démesurées que ce qu’on peut voir dans une production disposant d’un budget plus substantiel. Quand tu es limité à une seule journée de tournage pour boucler ce genre de scène, tu ne peux qu’esquisser l’action, et réaliser ce que j’appelle une « vignette » de scène d’action. J’aurais évidemment aimé avoir plus de temps à ma disposition, pour… comment dire…
 
Détruire davantage la ville de Los Angeles?
 
Mike Mendez : Oui, exactement. Oh mon Dieu! Il y aurait eu tellement plus de destruction!  
 
Est-ce qu’il vous a fallu auditionner beaucoup d’acteurs avant de trouver le tandem Greg Grunberg/Lombardo Boyar? Il est difficile d’imaginer le film sans ces deux comédiens…
 
Mike Mendez : J’ai été très chanceux. Avec un petit budget, le nombre d’acteurs à ta portée est parfois restreint. Les producteurs te conseillent d’engager un comédien qui a connu son heure de gloire jadis, comme Luke Perry ou C. Thomas Howell… Personnellement, j’ai un faible pour Kevin Sorbo. Je le voyais très bien tenir le rôle principal, jusqu’à ce qu’on me suggère Greg Grunberg. Ce dernier n’est pas stigmatisé pour avoir joué dans un truc datant de Mathusalem : on l’a vu dans Heroes, une série relativement récente. Ce n’est pas l’idée que je me faisais du personnage à l’origine, que j’avais calqué sur celui de Jack Burton dans Big Trouble in Little China, mais il y a quelque chose chez Greg qui attire la sympathie; on se range immédiatement de son bord. J’ai donc un peu modifié le rôle en conséquence. 
 
J’ai ensuite voulu approcher le comédien de Napoleon Dynamite, Effren Ramirez, à qui l’on songe spontanément pour interpréter ce genre de personnage mexicain, mais Greg m’a plutôt suggéré l’un de ses amis, un gars bourré de talent avec qui il avait déjà travaillé par le passé. On est allés rencontrer Lombardo ensemble. Je voyais bien que Greg et lui s’entendaient bien, qu’ils avaient déjà une complicité. Une seconde personne m’a alors suggéré Lombardo. J’ai considéré cela comme un signe du destin, et je l’ai engagé. Je dois avouer que les agents de distribution n’ont pas été d’une grande aide pour trouver un comédien latino, ce qui m’a un peu offusqué, étant donné mes origines latines.
 
Mike Mendez

(Des bruits de scies mécaniques se font entendre à proximité)
 
Mike Mendez : On dirait qu’un massacre à la tronçonneuse vient de commencer (rires)… Je vais essayer de continuer… On ne peut jamais savoir si la chimie fonctionnera bien entre deux comédiens, mais dans ce cas-ci, ça a été magique. Bon, Leatherface recommence son manège (rires)!
 
Vous signez un très bon film de série B avec Big Ass Spider!. Qu’est-ce qui différencie un bon film de série B d’un mauvais selon vous? La ligne semble parfois mince…
 
Mike Mendez : Je l’ignore. Je pense que souvent, c’est une question d’amour. Il faut apporter du soin à son travail, il faut considérer que ce que tu es en train de faire est différent, pertinent à sa manière. Dans plusieurs cas, et encore une fois, je ne veux pas parler contre le réalisateur de Mega Python, c’était peut-être son rêve d’enfance de réaliser ce film, mais sans nommer personne en particulier, j’ai parfois l’impression que ces cinéastes s’en foutent un peu. C’est seulement un travail, un chèque de paye. Big Ass Spider! n’était certainement pas un projet alimentaire pour moi. Ça m’a probablement coûté de l’argent de le réaliser (rires)! Ce film me tenait à cœur, et je l’ai approché avec beaucoup de sérieux. L’équipe s’est ensuite investie au maximum en voyant mon engagement. Je pense que c’est ce qui a fait la différence dans mon cas.
 
Pensez-vous un jour réaliser Big Ass Spider 2 en 3D?
 
Mike Mendez : Je l’espère bien. Je ne pense pas que ça serait Big Ass Spider 2, mais plutôt Big Ass Honey Badger, Big Ass Scorpion, ou Big Ass Cockroaches (rires). J’aimerais beaucoup continuer la série Big Ass. Ça va évidemment dépendre de la façon dont ce film performe, mais tout le monde souhaite une suite.
 

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