Critique: Mass Effect 3

16 mars 2012
François Dominic Laramée

Mass Effect 3

 

Développeur: BioWare
Éditeur: Electronic Arts
Plate-forme testée: PS3. Aussi disponible sur XBOX 360 (avec fonctions Kinect optionnelles) et Windows.
Prix: 60-70$
Cote ESRB: M (17 ans et plus)
 
Oh, que je l’attendais celui-là... Et ce troisième volume de la trilogie originale de science-fiction la mieux réussie des dix dernières années ne m’a pas déçu, malgré une conclusion un peu confuse qui a provoqué une controverse monstre (et à mon avis grossièrement exagérée).
 
Mass Effect 3

Résumé rapide

 
La série Mass Effect met en vedette l’équipage du vaisseau spatial Normandy, une collection d’individus de diverses espèces intelligentes qui, sous la direction du commandant Shepard (que l’on peut jouer en héros ou en rebelle, en homme ou en femme) combat une menace existentielle pour toutes les formes de vie organique de la galaxie. Et aussi une organisation raciste/terroriste humaine. Et à l’occasion, diverses factions «chaotic evil» qui ne semblent pas comprendre qu’une horde de robots immensément puissants qui veulent annihiler toute forme de vie, c’est plus important que leurs petites chicanes de brevets... euh, je veux dire, de crédits interstellaires! ;-)
 
Les mécanismes du jeu reposent sur un mélange de genres assez réussi. On y retrouve un bon équilibre entre les missions d’action, basées sur le combat tactique avec une combinaison d’armes de toutes sortes et de pouvoirs spéciaux, et les missions plus diplomatiques reposant sur le dialogue avec des personnages secondaires et des choix éthiques parfois déchirants. La longueur et la complexité des missions varie aussi beaucoup, histoire d’éviter la routine. Et des missions, il y en a: je me suis souvent retrouvé avec une vingtaine de quêtes secondaires actives rien qu’en écoutant ce qui se disait autour de moi sur la Citadelle, la gigantesque station spatiale qui sert de capitale à la civilisation galactique. 
 

Ce qui fonctionne bien

Mass Effect
 
Presque tout. D’abord, le scénario et les dialogues sont toujours aussi solides; à plusieurs reprises, j’ai hésité assez longuement avant de prendre une décision qui risquait de provoquer des conséquences graves - et même d’envoyer un personnage important à la mort. (Oui, des conséquences de ce type se sont vraiment matérialisées. À plusieurs reprises.) Les personnages secondaires de toutes espèces sont toujours aussi bien développés. Et contrairement à ce que l’on voit trop souvent dans des jeux de guerre apocalyptiques, les traumatismes du combat sont traités avec doigté et justesse. Chapeau.
 
 
Les mécanismes de combat sont impeccables. Les contrôles pour donner des ordres à ses acolytes ou pour utiliser des pouvoirs fonctionnent à merveille, la variété d’ennemis et de défenses à déjouer est très satisfaisante, les délais de chargement des pouvoirs et les munitions cachées dans les niveaux sont bien équilibrés... Et si on est un tantinet fatigué et qu’on veut simplement avancer l’histoire, on peut choisir un mode de combat facile où tous les ennemis tombent comme des mouches. Ce n’est pas tout à fait le bouton «passer le combat» qui a valu un déluge d’attaques personnelles inquiétantes à la pauvre designer qui l’avait suggéré il n’y a pas si longtemps, mais presque. Et oui, c’est une très bonne chose, parce que tout le monde ne va pas chercher la même expérience dans un jeu comme Mass Effect. (Sauter les combats dans Gears of War, ce serait bête parce qu’il ne resterait à peu près rien, mais dans Mass Effect, c’est justifiable.)
 
L’ambiance de la civilisation galactique, ses luttes de pouvoir, ses mystères, sont toujours aussi bien représentés. 
 
Et même le mini-jeu de recherche de ressources dans les systèmes solaires que l’on visite est réussi, puisqu’il n’est pas (trop) répétitif et qu’il y a toujours une certaine tension dans l’air à cause des super-ennemis qui peuvent se mettre à nous pourchasser si on exagère. Après les interminables séquences de radar orbital ou de pilotage de véhicule de surface incontrôlable des deux premiers jeux de la série, c’est tout un soulagement.
 

Ce qui ne fonctionne pas

Mass Effect 3
 
Sur PS3, la qualité des cinématiques va de «très bien» à «déplorable». Énormément de problèmes de rendu, ce qui est à la fois étonnant et pas très glorieux.
 
 
Le Normandy est beau, mais on perd un temps fou à marcher d’un endroit à l’autre. Le satané corridor entre la salle du conseil de guerre et celle de la navigation galactique, j’ai dû la franchir 200 fois. Et même si les petits dialogues entre membres de l’équipage aident à faire passer le temps, était-il nécessaire de nous immobiliser plusieurs secondes pour une sorte de décontamination à chaque fois?
 
Certains contrôles ne sont pas très au point non plus: aligner Shepard vers un point chaud pour interagir avec un ordinateur requiert parfois plusieurs essais parce que le moteur semble toujours compléter les boucles d’animation du personnage même quand on relâche les joysticks au milieu - et parfois, les quelques images supplémentaires donnent à Shepard le temps de passer tout droit. Agaçant.
 
Enfin, il n’y a pas vraiment moyen de choisir une quête active, d’obtenir des informations précises sur son progrès à chaque fois que l’on complète une étape, et d’ignorer les autres. Résultat: on se retrouve assez souvent dans des situations où l’on ne sait pas quoi faire pour accomplir la tâche que l’on a choisie et où l’on est bombardé d’autres choses à faire en même temps. Je me suis ennuyé de l’interface des quêtes de Skyrim...
 

Ce que je n'ai pas essayé

Mass effect
 
J’ai reçu une copie PS3 alors je n’ai pas testé les commandes vocales avec Kinect sur XBOX 360. Je n’ai pas non plus tenté d’importer une partie sauvegardée de Mass Effect 2 puisque j’avais joué celui-ci sur XBOX. Je me suis donc retrouvé avec un nouveau compagnon Krogan, Urdnot Wreav, plutôt que le Wrex ou le Grunt auxquels j’étais habitué, par exemple.
 
 

Et cette fameuse conclusion...

 
Je ne veux pas vendre de punches, mais la conclusion du jeu est loin d’avoir fait l’affaire de tout le monde. Tellement que certains joueurs ont lancé une campagne pour «forcer» BioWare à en produire une nouvelle.
 
Je considère que cette réaction est exagérée. Est-ce que la conclusion de Mass Effect 3 est ambigüe, voire confuse? Oui. Est-ce qu’elle implique des conséquences que l’on voit rarement dans un jeu vidéo, par exemple le sacrifice peut-être pas tout à fait récompensé par le résultat que l’on souhaitait? Oui. Est-ce qu’elle introduit des éléments qui ne semblent pas logiques compte tenu de tout ce qui a précédé? Sans doute. Mais n’oublions pas que Mass Effect est bâti sur les dilemmes éthiques et sur un scénario «pour adultes»... Et dans la vraie vie, il arrive parfois que l’on fasse tout ce qui est possible, qu’on le fasse parfaitement, et que l’Univers ne nous accorde quand même pas ce que l’on mérite. Choisir de terminer Mass Effect 3 sur une note mi-figue mi-raisin était donc une décision parfaitement justifiable d’un point de vue créatif.
 
Ceci dit, est-ce que j’aurais écrit la conclusion ainsi? Certainement pas!
 

En résumé

Mass Effect 3
 
Jusqu’à 5 minutes de la fin, Mass Effect 3 était un candidat très sérieux au titre de jeu de l’année. Une conclusion pas tout à fait à la hauteur des 100 heures de jeu précédentes (si l’on compte toute la série) le fera sans doute chuter de quelques rangs, mais je serais bien surpris s’il ne finissait pas 2012 dans mon Top 5.
 
Note: A.

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