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Fantasia : Entrevue avec Simon Barrett pour le film V/H/S

Plusieurs productions cinématographiques ont utilisé la formule du « film trouvé » dans les dernières années, mais l’anthologie d’horreur V/H/S se démarque du lot, comme le démontre les réactions des spectateurs de Sundance à Fantasia. (Lire la critique de Gabrielle Scott pour connaître la réaction des spectateurs de Montréal) Suite à un appel énigmatique au beau milieu de la nuit provenant d’un numéro impossible à retracer, Ztélé a réussi à mettre la main sur une vieille enregistreuse à bobines recouverte d’une substance non identifiée dans un édifice en décrépitude, sur laquelle se trouvait cette entrevue avec le scénariste Simon Barrett.

 
Il y a plusieurs auteurs et réalisateurs derrière V/H/S. Comment avez-vous réuni cette équipe?
 
Simon Barrett : Principalement à travers les multiples amitiés de Brad Miska, rédacteur en chef de Bloody-disgusting.com. Brad, Adam Wingard et moi avons déjà collaboré sur A Horrible Way to Die. Il nous a aidé à obtenir le financement, et la réception a été positive, notamment à Fantasia l’an dernier. Comme ce film a bien marché, Brad s’est dit qu’il pourrait bien faire la même chose avec un projet personnel. Il voulait utiliser la formule du « film trouvé », même si plusieurs considèrent que le genre est surexploité… Il y a quand même un nombre limité de raisons pour lesquelles une personne se filmerait durant des événements horribles (rires)… Il n’était pas certain de vouloir mener le projet à terme lorsqu’il est venu me voir, mais j’ai immédiatement adoré son idée, à cause du regard nouveau. J’avais envie de participer à une bonne vieille anthologie de films d’horreur, même si on n’osait pas avouer en entrevue que c’en était une. Je suppose qu’on voulait conserver l’effet de surprise, mais maintenant que le film est sorti…
 
V/H/S
 
Y’a t’il eu beaucoup de concertation entre vous pour déterminer les six segments, ou est-ce que chacun a réalisé le sien séparément?
 
Simon Barrett : Chaque segment a été conçu différemment. Par exemple, Ti West savait exactement ce qu’il voulait faire, on lui a donné de l’argent et il est parti tourner avec Joe (Swanberg) et Sophia (Takal). D’autres réalisateurs, comme Glenn McQuaid, ont collaboré davantage avec Brad Miska. J’ai créé le segment qui relie tous les films de cette anthologie, et Adam Wingard s’est chargé de la réalisation. Le projet a pris forme à travers nos discussions communes. Certains ont eu une approche très collaborative, mais je dirais que David Bruckner, Ti West et Radio Silence savaient exactement ce qu’ils allaient produire en partant. 
 
V/H/S
 
Il y a eu plusieurs productions de type « film trouvé » dans les dernières années, mais même les gens qui se disent blasés par la formule semblent apprécier V/H/S. À quoi l’attribuez-vous?
 
Simon Barrett : Je ne suis pas du genre à puiser mon inspiration dans les films que j’admire, mais plutôt dans ceux qui me frustrent ou qui me déçoivent. Je pense que Brad et Adam fonctionnent aussi de cette façon. Si je regarde un long-métrage que je n’aime pas, je comprends ce qui n’a pas marché… Je suis assis dans la salle, et je me demande « Comment pourrais-je faire mieux? ». Et parfois, je sors du cinéma avec une idée assez complète dans ma tête pour un scénario. Ça m’a inspiré en fait, que la formule du « film trouvé » se soit un peu essoufflée. J’ai quand même apprécié plusieurs parutions récentes dans ce genre, comme la série espagnole Rec… Je n’ai pas détesté Paranormal Activity non plus…
 
Paranormal Activity n’est pas mauvais... 
 
Simon Barrett : Nous voulions utiliser cette approche, tout en se souciant des détails. À l’origine, on prévoyait tourner avec une vieille caméra VHS que je possède depuis l’âge de treize ans, et on devait utiliser du matériel analogue pour de larges portions du film afin d’obtenir le résultat le plus authentique. J’ai apprécié le premier et le troisième Paranormal Activity, mais je n’ai aucun problème à me moquer publiquement du second, principalement parce que ça avait l’air faux. On pouvait voir qu’ils se servaient de caméras professionnelles et de lentilles Panasonic, et qu’ils détérioraient la qualité de l’image par la suite pour lui donner un grain plus sale. Je suis persuadé que les studios ne se sentaient pas à l’aise de tourner une production de six millions de dollars sur des mini-DV, mais c’est pourtant ce qu’ils auraient dû faire. Ils sont heureusement revenus à la base avec le troisième volet. Si le premier film de la série a l’air vrai, c’est qu’il a vraiment été réalisé avec du matériel amateur.
 
V/H/S
 
Est-ce que ce style de réalisation vise à ancrer davantage une intrigue surnaturelle dans la réalité?
 
Simon Barrett : Le principe du « film trouvé » est intéressant, d’une part parce que ça rapproche un concept fantastique de la réalité, oui, mais aussi parce que ça donne une panoplie d’outils amusants au réalisateur. Ça permet de tricher, de titiller le spectateur en limitant ce qu’il voit. Et lorsqu’on est témoin d’événements terrifiants, c’est directement à travers les yeux du personnage en danger. On voulait que les gens aient l’impression de visionner une vidéocassette achetée dans une vente de garage, et qu’ils se disent : « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc?! ». Les grosses productions qui abordent ce genre de film n’osent pas tourner de façon amateur. On a réalisé de la manière la moins coûteuse, sur du matériel grand public, comme des débutants autant que possible, parce que c’est la seule manière de réaliser ce genre de film.
 
Est-il compliqué de raconter une histoire en une dizaine de minutes?
 
Simon Barrett : Non, c’est beaucoup plus facile. Le véritable défi dans un récit de type « film trouvé » est d’expliquer pourquoi un individu continue de filmer sous plusieurs angles, alors qu’il est pourchassé par un monstre… Sinon, cette formule se prête très bien au court-métrage d’une dizaine ou d’une quinzaine de minutes. Il faut seulement une idée originale, on l’explique brièvement, et c’est terminé. Avec un long-métrage, il faut soutenir le rythme, développer la trame narrative, faire évoluer les personnages… C’est tout un défi. Les deux histoires que j’ai signé pour V/H/S ne m’ont pris que quelques heures d’écriture chacune.
 
V/H/S
 
Diriez-vous qu’il est plus difficile de faire peur aux cinéphiles, maintenant que les gens sont davantage habitués aux images troublantes et violentes?
 
 
Simon Barrett : Je pense que la population en général est davantage consciente des trucs d’Hollywood aujourd’hui, et ça rend l’exercice effectivement plus complexe. C’est là qu’entre en jeu l’authenticité, et pas seulement au niveau technique. La forme « film trouvé » se prête bien à l’improvisation par exemple. C’est agréable pour un acteur de travailler avec des réalisateurs comme Ti West ou Joe Swanberg, des gens qui n’ont pas peur de laisser place à l’improvisation. Ça crée des scènes plus spontanées, et ça change des productions où chaque ligne de dialogue doit être approuvée au préalable. On dirait que la plupart des longs-métrages qui fonctionnent bien ces jours-ci offrent quelque chose de différent, ou d’énergique. C’est donc un véritable défi d’impressionner un adolescent de seize ans qui se vante sur Internet qu’aucun film d’horreur ne lui a jamais fait peur…
 
Il y a quelques semaines à Montréal, un tueur s’est filmé en train de décapiter un homme, et la vidéo s’est rendue sur Internet. Comment faire compétition à ça, en tant que réalisateur de film d’horreur?
 
Simon Barrett : Oui, tout à fait. Étrangement, je terminais un roman pour adolescents récemment, et l’éditeur s’inquiétait que mon récit soit trop violent. J’avais envie de lui répondre que n’importe quel jeune peut accéder à bien pire… Aujourd’hui, n’importe qui avec un accès Internet peut regarder des choses profondément dérangeantes (rires).  Je ne dis pas que c’est bon ou mauvais, je constate seulement qu’il faut en prendre acte dans notre art. En allant faire un tour sur des sites comme 4chan, on peut voir des gifs animés totalement horribles, que je suis personnellement incapable d’encaisser. Mais les jeunes font des blagues là-dessus, comme voulez-vous que leur faire peur ensuite? Ces adolescents n’auront pas peur en regardant The Exorcist ou Candyman, ni aucun des films qui m’ont marqué quand j’avais leur âge. 
 
V/H/S
 
Vous avez réussi tout de même à faire peur, puisqu’une personne s’est évanouie en pleine représentation?
 
Simon Barrett : Oui, une personne s’est évanouie lors de la projection à Sundance, mais les circonstances sont nébuleuses… C’est sûr que le film n’a pas aidé (rires), mais je ne suis pas persuadé qu’il n’aurait pas eu la même réaction en visionnant une comédie romantique. Il y avait d’autres facteurs : l’homme avait conduit près de dix heures pour se rendre au festival, et juste avant la projection, les organisateurs m’ont permis de calibrer le son, et je pense que j’ai forcé la dose. Le volume était si fort dans la salle que je sentais mes organes se déplacer à l’intérieur de mon corps. Je me disais que j’avais peut-être exagéré, lorsqu’un type s’est levé et a titubé vers la sortie avant de s’écrouler. Sa copine a vomi tout de suite après, mais c’était probablement dû au choc de voir son ami tomber au sol (rires).
 
Vous minimisez l’incident, mais un spectateur qui s’évanouit lors de la projection de son film d’horreur, ça doit représenter le plus grand accomplissement! En plus de faire de la publicité…
 
Simon Barrett : L’incident a définitivement attiré beaucoup d’attention sur le film. Certaines personnes nous ont accusées d’avoir organisé cette mise en scène, mais non, nous n’avons rien à voir là-dedans. Je pense seulement que Sundance est un festival assez exigeant physiquement, et je suis surpris que personne ne se soit évanoui durant Beasts of the Southern Wild, ou Tim and Eric’s Billion Dollar Movie (rires). Je pense que c’est une combinaison de caméra chaotique et de mixage sonore agressif qui donne la nausée aux spectateurs. Le segment de David Bruckner est particulièrement intense. Il y a un moment précis, après trente minutes, si les gens ont mal au cœur, ils vont vomir. C’est toujours à cet instant précis qu’on perd des spectateurs, ce que je trouve particulier, parce que c’est un segment assez léger (rires)
 
 
Nous sommes vraiment excités d’avoir découvert que le film pouvait affecter les gens de cette manière, et nous avons bien l’intention de continuer d’explorer cette voie. J’ai entendu Gaspar Noé lors de la présentation d’Irréversible qui parlait de la façon dont il travaillait le son pour rendre les spectateurs inconfortables et susciter la nausée. J’adore ce genre de truc! Je l’apprécie en tant que spectateur, et j’espère que je ne suis pas le seul (rires).