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Le défi d’Alex Lapointe : Le Bordel Comédie Club 

par Alexandre Lapointe
Alex Lapointe au Bordel

La seule certitude que j’ai dans la vie c’est que j’ai besoin de faire rire les gens (ok, ça, et que ça prend de la mayo sur une poutine mettons). Dernièrement, ma volonté de me frayer un chemin dans le monde hasardeux de l’humour m’a mené à cette collaboration avec Z. J’ai la chance d’écrire sur un défi que je me lance à moi-même à réaliser en lien avec mon choix de carrière, disons-le, peu orthodoxe... (oui j’ai un bacc en comm, faut bien que ça serve un peu quand t’es plutôt serveur à temps plein dans un resto mondain). Mon tout premier texte pour Z portait sur mon premier open mic à vie dans un établissement prestigieux d’Hochelaga et ceci est mon donc deuxième article sur le site. 

Mercredi 15 mai 2019 : mon baptême du Bordel. 

Mon premier challenge personnel était de monter sur scène, n’importe laquelle, vraiment, pour présenter un numéro de 5 minutes sans perdre connaissance et sans saigner du nez (idéalement). Cette fois-ci, comme le niveau de difficulté se doit d’augmenter d’un défi à l’autre, j’ai décidé de m’imprégner encore plus dans l’univers de l’humour en performant dans un lieu un peu plus symbolique, voire mythique : Le Bordel Comédie Club. Un passage obligé. LE repère des comiques. Le berceau de l’humour au Québec. Le cercle des poètes disparus en quelque sorte (bref, t’as compris rendu là !).  

Après un mois de préparation, le jour J (J pour jokes évidemment) est finalement arrivé : mercredi 15 mai. 22h. J’avais fait aucune annonce publique, car je préfère que mes premières fois soient vécues incognito. Mon ami Jean-Daniel en a décidé autrement. À mon arrivée, il y avait une dizaine de mes amis attablés autour de pichets de bière au Pub Quartier Latin, qui se partage l’édifice avec le Bordel sur la rue Ontario à Montréal. Surprise ! Je lui avais pourtant demandé respectueusement de ne pas inviter personne. Je rencontre aussitôt Mélissa, la responsable du booking. Elle m’avise que c’est une soirée très achalandée et qu’il me faudra absolument respecter les 5 minutes de temps allouées sur scène. Le seul hic, c’est que lors de mes 243 répétitions devant le miroir sale de mon appartement, je suis jamais arrivé sous la barre des 5 minutes. Elle m’avertit bien que le DJ va couper le micro si je déborde de quelques secondes. Je ressens aucun stress à ce moment-là, pas du tout (lol). Je regarde le line-up des autres open-micers, et je n’en connais aucun. On est d’ailleurs tous dans le même coin gauche de la salle, prévu spécialement pour nous, à relire nerveusement nos notes. Je coupe des phrases ici et là dans mon texte pour gagner des secondes. J’ai peur que ça me mêle dans mon pacing et que j’aille un blanc. On est environ 8 apprentis. Un gars tient une guitare, un autre se lève pour aller aux toilettes à chaque 10 minutes, et le français à ma gauche refuse la bière que j’offre de lui couler en guise de complicité entre « nouveaux » humoristes. Sans aviser, Arnaud Soly et Phil Roy débarquent en surprise et passent juste avant moi. Ils cassent la baraque. Et du même coup mon estime personnelle (bin non !). 

Je suis finalement monté en 6e sur scène. Le public était en feu. Moi aussi. On dirait que les gens savent que c’est nos premières fois alors ils en donnent plus, comme par pitié/compassion. Ça et les quelques consommations alcoolisées qui devaient un peu contribuer à leurs rires, aidant grandement ma cause. Les spots m’aveuglaient complètement et je n’arrivais pas à voir mon groupe d’amis dans le fond de la salle, ce qui faisait pas mal mon affaire. Je voyais cependant toutes les dates Tinder/Bumble distinctement à quelques pieds devant moi avec leur joues rougies d’excitation et de fébrilité. Dès ma première phrase, la salle a explosé de rire. Ça m’a mis en confiance. Je faisais mon numéro sur l’herpès (oui, oui, t’a bien lu !). Je comptais la fois où je pensais l’avoir eu (je l’ai pu maintenant, mais bon, j’me garde une p’tite gêne et c’est une autre histoire que je me demande encore si j’dois vous la raconter ici ou pas ...). Je n’ai pas excédé mon temps, la lumière rouge s’est allumée et j’ai quitté sur un punch out plus ou moins réussi. Mes chums m’ont appris en sortant de scène que j’aurais dû laisser respirer mon gag final un peu plus longtemps, que je l’avais trop garoché. Comme pour m’en débarrasser. Mais c’est pas grave. Je suis en transe, je plane, j’apprends et l’adrénaline redescend et m’engourdit. Je prends ma pinte gratuite et je crois que c’était la bière que j’ai le plus savourée de toute ma vie. Je pourrai dire à mes petits enfants un jour que j’ai fait le Bordel devant 125 personnes et que j’ai pas perdu la face. 

Ma rencontre avec l’humoriste Mike Beaudoin 

En plus d’aller faire mon premier Bordel, je me suis dit que j’allais ajouter à mon défi en allant rencontrer l’humoriste Mike Beaudoin juste avant l’une de ses animations au Bordel. J’avais le goût d’en savoir plus sur le gars et son parcours atypique. J’aime les gens qui font les choses différemment, qui sont un peu à contre-courant et qui prennent des risques.

Mike est reconnu pour son petit côté un peu baveux et vulgaire, et que je le veuille ou non, je me catégorise un peu dans ce style-là aussi. Mike excelle dans l’art du crowd work, c’est-à-dire qu’il aime bien interagir avec le public, en se payant la gueule de certains spectateurs, toujours affectueusement bien sûr (quoi qu’il m’a raconté qu’il a déjà quitté une salle de bar par la sortie arrière parce que des gars l’attendaient pour lui casser la gueule après le spectacle). De son propre aveu, il me dit qu’il est arrivé à mieux maîtriser son côté baveux avec le temps. Au début, il était à la limite méchant et parfois même désagréable. Ensuite, il m’a dit que le meilleur commentaire qu’il avait reçu c’était qu’il était capable d’être taquin et de dire des choses « crues » au public que les autres humoristes ne pourraient pas se permettre nécessairement. 

Il m’a aussi donné quelques conseils et quelques anecdotes au passage pour que je comprenne mieux dans quoi je m’embarquais. Mike n’a pas fait l’École nationale de l’humour. Ça me rassure, car je compte faire le chemin des bars moi aussi. Selon Mike, l’avantage de l’École c’est surtout les contacts. Et il faut dire que toutes les agences sont là quand l’ENH présente son show de fin d’année après les 2 ans de formation. Lui, il vient tout juste d’être signé par ComediHa! après 13 ans de carrière en humour. 

Mike a pris deux pauses de 1 an chacune en 13 ans de métier. J’ai explosé de rire quand il m’a appris que durant ces deux breaks il avait vendu des balayeuses, été photographe immobilier et même fait de la vente pyramidale. Quand je disais que ce gars-là m’impressionnait, c’est exactement pour ça. Il a pris des pauses et s’est éloigné quelques instants simplement pour revenir plus fort. C’est un réel tour de force de quitter complètement la scène et de réussir son retour comme il l’a fait. 

J’ai aussi abordé avec lui le sujet travail/famille dans une carrière aussi instable et nocturne. Il a une fille de 10 ans et il a maintenant une blonde qui l’appuie à 110% dans tout ce qu’il fait. Ce qui n’a pas toujours été le cas, il me dit lui-même que c’est la première fois qu’il a une copine aussi supportrice. Ça me met en confiance, car moi-même j’ai l’impression que mes relations interpersonnelles et mon mode de vie commencent déjà à être affectés par mon choix de carrière. 

Le meilleur conseil que Mike m’a donné c’est de ne pas essayer de faire un nouveau numéro à chaque fois. Il est préférable de plancher sur le même number et de le rôder plusieurs fois jusqu’à ce qu’il rentre comme une tonne de briques. Je suis allé le voir en show mardi passé le 4 juin faire une heure de son matériel au Terminal sur Mont-Royal. C’était plein à craquer et Mike était dans une forme remarquable. Il prendra aussi part à Roast Battle à Québec qui se déroule du 7 au 18 août prochain. Il espère tomber en duel contre des gars comme Dave Morgan, Alex Roy, Dave Gaudet ou Preach par exemple. 

De mon côté, mon prochain défi sera probablement de participer à une soirée d’humour dans ma ville natale...Québec. Je sais que tous mes amis et ma famille me demandent depuis un moment maintenant de jouer devant eux, et ce sera l’occasion parfaite de le faire en gang, chez nous, dans mon patelin. Sans prétention, je pense remplir la salle deux fois plutôt qu’une, ce qui rend ce défi très particulier pour moi. Si j’ai plutôt fait mon baptême de l’humour à Montréal, là ce sera comme ma véritable « confirmation » à Québec. 

 


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